HAPPY NEW FILM : comment échapper au syndrome de la ringardisation du nouvel an au cinéma ?

D’abord une pratique observée chez les séries, le thème de la fin d’année apparaît parfois au cinéma, et particulièrement à la fin de Décembre. Si on ne compte plus les films sur Noël, la fête de fin d’année a subi un traitement nettement différent au cinéma. Pourquoi si peu de (bons) films se sont emparés de cette soirée ?

Attendons un moment avant d’attaquer les derniers toasts au foie gras et les restes de bûche glacée. Prenons du recul : si la télé nous abreuve de téléfilms sur Noël aux qualités plus que discutables, les films ayant pour thème la fête de la Saint-Sylvestre se font rares. Abus de champagne ou réelle volonté de nous priver de cette magnifique célébration, qui pour le coup est laïque ? Avant de monter sur nos chevaux cinéphiles, il faut tout de même noter l’évidence : Noël et la fête de la Saint-Sylvestre ne sont pas du tout les mêmes fêtes. La première est un rassemblement familial, qui fait ressortir les valeurs occidentales et chrétiennes que sont la famille, la réussite sociale, le pardon, la charité, etc. Le nouvel an, quant à lui, a une signification beaucoup plus floue. Mis à part la fête, peu de choses s’y attachent. On peut noter l’amitié, l’amour, la danse, la joie. Autre fait à noter : si les décorations de Noël n’ont de cesse de se multiplier et de varier, les décorations de fin d’année sont assez pauvres : la nouvelle année suffit de décor à elle-même (je sais que vous cherchez déjà la nouvelle contrepèterie qui ira avec 2017). Autre spécificité du nouvel an : les feux d’artifice, plus ou moins généreux selon les endroits.

Nous arrivons déjà avec un clair désavantage : la fête du nouvel an est moins cinématographique que Noël. Et nous disons cela en toute connaissance de cause, même avec l’apparition récente de films qui prennent littéralement le nom de cette fête : Happy New Year (Garry Marshall, 2011), New Year’s Day (Suri Krishnamma, 2001), New Year’s Day (Henry Jaglom, 1989), New Year’s Evil (Emmett Alston, 1980 ; très bon jeu de mots au passage), etc. Autant dire qu’on ne se foule pas. Pourquoi un tel désintérêt pour le nouvel an au cinéma ?

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Le nouvel an est en fait une information, un passage. D’un point de vue scénaristique, c’est assez maigre. Si cette fête permet tout (l’alcool et la fête aidant), tout devient très vite dépassé dans ces films, à partir du moment où l’année en cours de tournage ne peut pas être celle de l’année de sortie d’un film (élémentaire). C’est sur cet avantage que joue la période de Noël, où les simples indicateurs de temps peuvent être les corps, les relations. Autre fait dû à la période : nous acceptons de regarder des films de Noël jusqu’à 15 jours avant la date officielle (cf le mouvement des Ugly Christmas Sweaters), mais quand regardons-nous les films du nouvel an ? La veille ? Le lendemain ? La même question pourrait se poser pour cet article, que je choisis délibérément de publier 2 jours avant le nouvel an (mais que je pourrai facilement retweeter tous les ans #flemme).

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Il y a dans le nouvel an l’idée de l’instant, de l’éphémère et du ponctuel, un concept qui n’a pas l’air de correspondre à notre relation au cinéma : nous accumulons des films sur nos disques durs et dans nos DVDthèques, nous les regardons à l’envi, jusqu’à ce que mort s’en suive. La répétition ne sied pas au nouvel an. Quel dommage, quand on pense à quel point cette fête contient tous les éléments d’un drame palpitant !

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S’il y a très peu de films consacrés entièrement au nouvel an, il y a cependant de nombreuses scènes du nouvel an, et des très belles. Les classiques sont assez nombreux, surtout du côté des mélo et comédies romantiques. La sensibilité gauche de Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), la déclaration d’amour enflammé dans le cultissime Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1980)… Le nouvel an fait acte de déclencheur : parce que c’est une occasion spéciale, les langues se délient. Il y a une idée du « maintenant ou jamais » avec le nouvel an. De plus, la notion du couple est beaucoup plus mise en valeur avec cette fête qu’avec Noël.

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Le nouvel an a cependant eu une signification particulière avec le bug de l’an 2000. Longtemps fantasmé comme le montre ce formidable dossier de Thierry Noisette, ce passage au nouveau millénaire, qui n’a été finalement eu des impacts très réduits, a permis de développer des intrigues aussi vite passées de mode : Haute Voltige (Jon Amiel, 1999) et le très bien nommé Destruction Finale (Richard Pepin, 1999 ; traduction du titre US aussi délicat Terminal Countdown, qui était au départ Y2K)…

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Dernier point, et non des tels : le problème de l’absence de films du nouvel an tient tout simplement à un élément pratique : la pratique sociale veut que nous soyons tous en train de fêter la nouvelle année, avec beaucoup d’alcool, beaucoup d’amis, dans une débauche sans nom, que nous nous souvenions de cette soirée comme la meilleure au monde, où il s’est passé le meilleur et surtout ce qui arrivera dans l’année à venir. Et bien non. Revendiquons notre droit à célébrer le nouvel an avec des bons films et des nanars bien ratés.

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Quels films pour accueillir 2017, donc ? Du côté des plus belles scènes du nouvel an : il y a Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), qui oppose l’ivresse, la foule, la jeunesse avec le vide, la dépression. À revoir ne serait-ce que pour le jeu incroyablement décalé et touchant de Gloria Swanson. Il y a également le classique des classiques, La Ruée vers l’Or (Charlie Chaplin, 1925) éternel grand huit entre les rires et les larmes, avec Charlot qui attend son date pour le nouvel an. Dans une veine un peu moins légère et plus politisée, il y a Fruitvale Station (Ryan Coogler, 2013), qui retrace le parcours du jeune Oscar Grant, tué par erreur par un policier le 1er janvier 2009.

Si vous vous attendiez vraiment à une liste et que vous êtes déçus, ne partez pas trop vite : au lieu de voir si Ghostbusters II (Ivan Reitman, 1989) n’a pas été oublié par un énième article à clics, regardez plutôt la liste des meilleurs jeux d’alcool devant un film par GamesRadar. Ça peut être utile.

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Bonne année à tous, et laissez New Year’s Eve aux amateurs. Quitte à voir un mauvais film, regardez le Star Wars Holiday Special (Steve Binder & David Acomba, 1978). Carrie Fisher y chante dedans, apparemment (amour +10000) :

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Ginger Cat Power : la curieuse présence du chat roux dans le cinéma

Quand j’ai découvert avec joie les gifs célébrant la journée mondiale du chat il y a quelques jours, je me suis posé cette question, qui m’échaude depuis un certain temps : pourquoi le chat roux est omniprésent au cinéma ? D’où vient un tel engouement pour le chat roux ? Qu’a-t-il de plus par rapport au noir, blanc, gris, etc… Y a-t-il une symbolique du chat qui m’a échappé depuis mes années de cinématographie ? Un tour du côté d’Internet m’amène à une conclusion : le chat roux est présent, certes, mais sans explication concrète. Effet de mode ou choix réfléchi ? Où se cache la mafia des chats roux ?

Un chat commun

Faisons les comptes et tentons une hypothèse : le chat roux serait-il plus intelligent que les autres ? (Réaction immédiate de ma mère : « Donc tu es en train de dire que notre chat noir et blanc est idiot ?! » accompagné d’un regard accusateur…)

Au cinéma, il y a bon nombre de chats roux qui tiennent le rôle principal. Du côté de l’animation, O’Malley dans Les Aristochats (Wolfgang Reitherman, 1970) est le sauveur et le guide de Duchesse et ses enfants. En images réelles, le chat roux reçoit un traitement particulier. Ce qui frappe le plus, dans la liste énoncée par Eric Vernay pour Slate, c’est qu’il y a un rapport évident et particulier entre l’être humain et le chat roux. Dans Diamants sur canapé (Blake Edwards, 1961), le chat est le catalyseur d’un happy-ending sous la pluie. Le chat roux est un chat qu’on cherche, qu’on veut garder près de soi et auquel on parle, comme le Jones de Ripley dans Alien (Ridley Scott, 1979). Le chat roux est poursuivi par un chanteur folk dans Inside Llewyn Davis (Ethan & Joel Coen, 2013). Le chat roux est donc un personnage important.

Cas d’école retentissant : l’affaire Hunger Games, rapporté par Première. Dans le premier volet de l’adaptation cinématographique (réalisé par Gary Ross en 2012), le petit Buttercup qui appartient à la sœur de Katniss, est noir et blanc. Dans le deuxième (Embrasement, Francis Lawrence, 2013), il est devenu… roux. La raison : respecter la description du livre de Suzanne Collins (qui indiquait ‘couleur courge pourrie’ (ceci dit une courge très pourrie peut être noire)). Étrangement, ce chat ne présente aucun intérêt lors du premier film. Cependant, dans le troisième volet (La Révolte, partie 1, Francis Lawrence, 2014), il est sauvé in extremis par Katniss (et sous la pluie, encore une fois). Comme si sa robe avait donné de l’importance à son personnage. Coïncidence ?

L’article d’Eric Vernay arrive à la conclusion que le chat roux est plus présent à l’écran car cette race est très répandue aux Etats-Unis, ce qui permet aux dresseurs d’utiliser plusieurs chats pour les prises de vue, et parce qu’il est plus photogénique. Cette réponse n’est pas satisfaisante pour les détectives à moustaches que nous sommes. Pourquoi un chat serait-il plus photogénique en roux ? Je peux comprendre qu’un angora qui laisse traîner des touffes de poils sur le plateau de tournage n’enchante pas les scriptes. Mais que le chat roux soit aussi commun au point d’envahir bon nombre d’écrans, ça me paraît un peu gros, un peu fort de chat-fé.

Lassé de cette question sans réponse, je me suis tourné vers un art qui a donné ses lettres de noblesse au chat roux : la bande-dessinée. Outre-Atlantique, la grande mascotte des chats roux est bien évidemment Garfield (de Jim Davis). Paresseux, accroc aux lasagnes, mesquin. Il est l’incarnation même du chat/homme, comme si le comportement félin était expliqué par un caractère profondément misanthrope. Il y a également eu Heathcliff, le chat roux de George Gately qui a connu le succès en animation. En France, il s’appelait Isidore et il menait la bande des Entrechats dans les années 1990. Heathcliff/Isidore est débrouillard, malin, encore une fois. Cette vision du chat roux supérieur à l’homme dans le cinéma ne vient-elle pas de ces anti-héros de la bd ?

Au fil de mes recherches, je tombe finalement sur cet article de Michael Tedder pour Esquire. À la traditionnelle liste des meilleurs chats au cinéma, il ajoute un paragraphe sur la signification et la symbolique du chat. Je me rends donc compte d’une évidence : le chat roux donne en fait un indice sur le profil sociologique du personnage et sur la symbolique au film. Évidemment, c’était simple comme (chat-)chou.

Un chat-gavroche

Reprenons donc notre étude. Si le chat roux est très présent dans les films, c’est parce qu’il est l’incarnation du cadre de vie modeste. Sa présence est un rappel d’un désir de vie moyenne et calme. Ripley dans Alien aurait peut-être préféré rester sur Terre avec Jones. Le chat roux, témoin du couple de Gone Girl (David Fincher, 2014), n’est ici que pour rappeler leur fantasme de vie rangée et parfaite.

Par extension, le chat roux est débrouillard et a un petit côté gavroche. Le cas ultime : le dessin-animé Oliver et Compagnie (George Scribner, 1988), qui suit les aventures d’un petit chat roux abandonné dans les rues de New-York, récupéré par une bande de chiens errants. Et je ne le cite pas seulement parce qu’il fait partie des films que je regardais en boucle il y a 10 ans.

Le profil sociologique du chat roux se dessine peu à peu. Le chat roux est populaire, roublard lorsqu’il est en solo, signe d’amour simple dans un couple ou une famille. On peut maintenant y opposer facilement d’autres espèces. Le chat blanc et touffu est le signe de l’aristocratie (sans aucun doute, Duchesse dans Les Aristochats). Par extension, ce signe de supériorité est parfois traduit par de la flemme (Snowbell dans Stuart Little de Rob Minkoff en 1999). Les siamois/angoras, quant à eux sont plutôt utilisés pour leur côté féminin très à la mode dans les années 1990. L’évidence est Sassy, petite chatte qui fait partie de L’Incroyable Voyage (Duwayne Dunham, 1993). Il y a bien sûr les siamois de La Belle et le Clochard (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, 1955), mais également, du côté de la comédie grotesque, le chat très propre de Mon Beau-Père et moi (Jay Roach, 2000), déjà cité par la très riche vidéo de Blow-Up.

Enfin, on peut associer le chat noir et blanc avec l’enfance, l’innocence. C’est le Figaro ingénu de Pinocchio (Hamilton Luske & Ben Sharpsteen, 1940) quand il a peur du poisson. C’est Kadzookey, le chat fluffy d’Ashley (Elizabeth Moss), signe d’une relation qui reste dans un rapport enfantin avec l’insupportable Philip (incarné par le génial Jason Schwartzman) dans Listen Up Philip d’Alex Ross Perry (2014).

Concernant le chat noir, inutile de préciser qu’une autre enquête serait nécessaire pour démêler tous ses champs d’interprétation.

Le chat roux n’est donc pas plus intelligent, il n’est qu’une extension sauvage et poilue des sentiments du personnage. Dommage pour moi, je ne pourrai pas crâner devant devant ma mère et lui prouver que le chat familial est bête.

Le meilleur exemple, comme l’a dit Blow-Up, reste encore Breakfast at Tiffany’s. Ce chat sans nom, sans objectif est l’alter ego de Holly Golightly. Et ce n’est pas pour rien qu’on décrit souvent Audrey Hepburn comme un chat (voire un chat noir dans Sabrina, mais c’est une autre histoire). À noter cependant que la fin du film est inventée de toutes pièces. En effet, dans la nouvelle de Truman Capote, Holly ne retrouve pas son chat, qu’elle a chassé dans un accès de colère dans les rues de Chinatown. D’ailleurs, dans la version originale, le chat n’est pas décrit comme un ‘orange tabby’, l’appellation commune de ce type de chat, mais plutôt comme ‘red and fluffy’. Un chat rouge et touffu. Une vision encore plus poétique de la femme-chat, qui donnerait presque envie d’aller traîner dans un cinéma à chats.

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Source : Tumblr, Garfield Wiki, Wiffle Gif

BANDE DE FILLES, PARTY GIRL, MANGE TES MORTS : Au bout du cinéma réalité ?

La tendance du cinéma en 2014 ? De très gros plans, une tendance aux univers visuels prononcés, mais surtout, une réelle volonté de confronter des inconnus à la sublimation du grand écran. Un néo-réalisme ?

En toute ironie, Jean-Luc Godard a déclaré au Monde en Juin dernier : «Le cinéma, c’est un oubli de la réalité.»

bandedefilles1Où en sommes-nous dans cet oubli de la réalité ? Concentrons-nous sur trois films : Mange tes Morts de Jean-Charles Hue, Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis et Bande de Filles de Céline Sciamma.

Outre le fait d’avoir été sélectionnés au festival de Cannes 2014, ces trois films semblent avoir franchi une limite. Il sont bien au-delà du documentaire choc ou de l’histoire inspirée de faits réels.

Un dernier point commun entre ces trois films : ils résultent tous d’un travail de plusieurs années. Jean-Charles Hue avait intégré la communauté yéniche avant de réaliser La BM du Seigneur (sorti en 2008). Le trio Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis avait travaillé sur Forbach, court-métrage inspiré (déjà) de l’histoire de la mère de Samuel Theis. Quant à Céline Sciamma, sa filmographie brasse des thèmes analogues (la jeunesse, les minorités sexuelles) qui se retrouvent tous dans Bande de Filles.

Mis à part ces deux similitudes, rien d’autre. Comment peut-on arriver à des résultats si différents en partant du même matériau ? C’est ici qu’intervient le travail artistique, décortiqué en trois séquences.

partygirlPARTY GIRL : LA FÊTE

En sortie avec ses enfants et petits-enfants, Angélique s’adonne aux plaisirs de la sortie dominicale. Bonbons, bières coulent à flots tandis que les montgolfières s’envolent. En fin de journée, il ne reste plus qu’elle et son futur mari. Lui, fatigué par la journée, veut rentrer ; elle, excitée par la nuit, est partie pour faire la fête jusqu’à pas d’heure. Le conflit se rapproche dangereusement du couple.

Mais pourquoi dangereusement, d’ailleurs ? Après 1h de film, on se sent étrangement proche d’Angélique. Sa routine semble totalement éloignée de nous. Pourtant, son refus de se conformer à la société et de baisser ses attentes nous galvanise, nous révolte. Et lorsqu’on la voit amorcer une dispute, on ne peut que penser «Ce n’est pas de sa faute.»

Comment un tel revirement est-il arrivé ? Parce que la caméra ne lâche pas son personnage principal. En très gros plan, Angélique se montre sous toutes les coutures, avec ses breloques trop nombreuses et son tempérament trop naïf. Le film, construit sur son énergie, surprend beaucoup, mais est incroyablement touchant.

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mangetesmortsMANGE TES MORTS : LA VOITURE

La scène-clé de ce thriller de bric et de broc est la course-poursuite en voiture. Exit les critères classiques (prouesses techniques, acrobaties en voiture, frôlement de rétroviseurs), ici, tout est silencieux, mouvant, maladroit, dangereux.

Ici les coups, on les évite, parce qu’on risque sa peau si on est touché. Après 15 ans de prison, Fred est perdu dans sa propre région. À cours d’essence, il s’infiltre dans un parking de soirée pour que son frère adoptif vole quelques litres de gazole. L’opération tourne au fiasco lorsqu’un des vigiles sort son pistolet.

Scène de panique la nuit. L’idée est simple et efficace. La nuit, tout peut arriver : on peut télescoper sa voiture contre une autre, oublier un ami dans la précipitation, faire les mauvais choix… Et la tension est bien plus palpable ici que dans un film d’action chorégraphié.

Malgré tout, le réalisateur n’appuie pas sur ce côté du film dont l’histoire suffit à tenir en haleine. Il se concentre plutôt sur la beauté plastique de la nuit. La poussière que laisse traîner la voiture lorsqu’elle sort du garage. Un bout du pare-brise resté accroché à la voiture scintille de mille feux comme un diamant brut. Les phares des voitures créent un éclairage rythmé sur les visages.

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bandedefillesBANDE DE FILLES : LA MUSIQUE

S’il n’y avait qu’une séquence à retenir de ce film, ce serait évidemment Diamonds de Rihanna. Mieux vaut en dire le moins possible pour conserver la surprise du spectateur. On peut cependant ajouter qu’encore une fois, Céline Sciamma apporte une touche de bleu à la plupart de ses plans, en écho à ses deux précédents films. Elle ne porte jamais de jugement sur ses personnages, qui ont des défauts et des qualités, voire qui se moquent elles-mêmes de leurs propres stéréotypes de filles de banlieue.

Mieux encore, chacune d’elle est sublimée à l’écran. D’un point de vue technique, jamais une peau noire n’avait été aussi bien filmée (le travail sur le grain de peau est magnifique).  Céline Sciamma continue sa réflexion sur le film d’apprentissage en passant par l’amitié, l’amour, la sexualité, mais avec une pudeur et une modestie qui évite de nombreux écueils, notamment la confrontation de la bande de filles avec d’autres groupes.

Cette séquence de Diamonds est insouciante, énergique, jamais fausse. Et si la forme du film évolue du tout au tout, la référence à ce moment précis revient plusieurs fois, comme un rappel de ce qu’elles sont : des diamants dans le ciel.

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UN CINÉMA-RÉALITÉ ?
partygirl1Donc, le terme cinéma-réalité est-il vraiment approprié ? Nous sommes clairement dans une autre sphère. L’effet de réalisme vient du traitement des personnages, volontairement anticonformistes, volontairement antipathiques, et totalement attachants.

La construction de l’image et de l’alliance musique sont autant d’éléments mis sur un pied d’égalité avec le déroulé de l’histoire. Peut-on donc parler de néo-réalisme Français ? Pas vraiment non plus.

Il faut donc forger un nouveau gros mot, à mi-chemin entre abolition des conventions cinématographiques et sublimation d’elles-mêmes. Une réponse semble être tout appropriée : cinéma-réalisme.

Crédits photos : Pyramide Films, Capricci

EXPO Niki de Saint-Phalle au Grand-Palais : Une nana en or

Sur la fontaine de l’entrée habituellement d’un style Beaux-Arts (comme le reste du Grand Palais) trône une magnifique sculpture colorée et ludique : L’arbre-serpents d’une certaine Catherine Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle, ou Niki. Coup d’oeil sur l’expo de la rentrée.

Une femme-artiste, dans tous les sens du terme. Engagée, révoltée, médiatisée… Aujourd’hui encore, Niki de Saint-Phalle est populaire. Pourtant, son message s’est beaucoup atténué. La première salle de l’exposition témoigne donc pour celle qui n’avait a priori rien à faire avec les arts. Fille de banquier de la haute société, Niki a suivi le chemin d’une nantie : mariage arrangé très jeune, mannequin pour quelques couvertures, femme au foyer. Deux événements semblent coïncider avec son inspiration : une violente dépression nerveuse, et la découverte du travail de Gaùdi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERADès son balbutiement d’artiste, Niki aborde ses thématiques de prédilection : l’euphorie colorée et la joie associées à un radicalisme idéologique et féministe. Elle ne se gêne pas d’ailleurs lorsqu’il s’agit de tacler les riches et les bien-pensants.

«C’est un malheur, mais la majorité des Français qui ont du fric vivent dans le passé. »

L’exposition retrace ensuite la folle histoire de Hon (en suédois ‘Elle’), une installation installée à peine trois mois au musée d’art moderne de Stockholm en 1966. Cette installation était le ventre d’une femme, dans laquelle on pénétrait par l’entre-jambe, et qui proposait différentes animations et mécanismes. Hasard sociologique, la natalité à Stockholm a augmenté l’année d’après…

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa salle qui suit est le point d’orgue de l’exposition, où les immenses nanas flottent, tournent, ou tout simplement nous toisent. On y découvre les dessins de Niki, sous la forme de nombreux pictogrammes insérés dans ses correspondances (les prémisses du clavier Emoji ?). Au-delà de leur créativité, il s’agit aussi des premières évocations du SIDA, ou des premières réflexions sur la gestion de la libido dans un couple.

«Vous considérez que les femmes devraient peindre des bouquets de fleurs ? Moi j’préfère faire des accouchements, parce que c’est mon problème, les bouquets de fleurs, ça ne l’est pas.»

Une partie moins connue de son oeuvre exposée ici aborde son histoire personnelle, notamment le viol de son père. La statue La promenade du dimanche est peut-être le témoin le plus marquant : un couple de vieux ratatinés dont l’homme possède une excroissance en forme d’araignée monstrueuse. Fait étrange : ce traumatisme a été relaté dans 3 livres écrits par l’artiste, qui se trouvent être en vente à la boutique de produits dérivés à la sortie de l’exposition.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEnfin, un fait pas si étrange que ça puisque, comme tout artiste de son temps, Niki de Saint-Phalle était bien consciente de son potentiel commercial. Son jardin des Tarots a d’ailleurs été financé en grande partie par la vente des produits dérivés et parfums. Niki a donc transformé son art en démultiplicateur d’art. D’où ses sessions de tirs très médiatisés qui ont perdu en matière de provocation ou de chamanisme. Entre deux tableaux, une chemise criblée de fléchettes appartenait en fait à un ancien amour.

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La dernière salle, consacrée aux installations publiques, est assez frustrante. Les vidéos donnent envie de parcourir le monde entier à la recherche de ces aires de jeux, maisons ou fontaines. Et les quelques maquettes ne font qu’accentuer cette envie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJoyeuse et décomplexée, cette rétrospective révèle une personnalité entière, une femme vraiment touchante et inspirée, puisqu’autodidacte. Comptez un peu moins de 2h pour venir à bout de toutes les installations, mais pour un dépaysement total, n’oubliez pas d’aller voir la fontaine Stravinsky… à côté du centre Pompidou.

Crédits photos : Sébastien Dalloni avec l’aimable autorisation du Grand Palais

Site officiel de l’exposition ici.

Un Américain dans le musical : Broadway selon Clint Eastwood – «Jersey Boys»

La recette est, semble-t-il, inratable : prenez une pièce à succès, ajoutez-y un réalisateur et/ou un acteur connu, et le tour est joué. Ce n’est pourtant pas le cas de Jersey Boys, biopic sur la carrière de Frankie Valli and the Four Seasons. Mauvais choix de calendrier ou film trop personnel ? Analysons.

JerseyBoys4«Who loves you, pretty baby ? Who’s gonna help you through the night ?» Le nom n’évoque rien, les titres des chansons encore moins, et pourtant, les mélodies de Frankie Valli & the Four Seasons sont programmées à chaque mariage, ou bar-mitzvah. La comédie musicale autour de ce groupe à la carrière fulgurante ravit nos confrères Anglophones depuis bientôt dix ans. Cependant, nous sommes loin des success stories à l’américaine : ces Jersey boys sortis d’une bourgade contrôlée par la mafia, ont enchaîné les histoires louches. Cette déconstruction du genre, propre à Clint Eastwood mais ici déconcertante, l’aurait-elle desservi dans ce cas ?

Comme l’indique Jean-Michel Frodon, Jersey Boys est un film ‘en mineur’. L’intérêt du film est hors-champ, au-delà des mises en scène et des difficultés à gérer la célébrité. Les séquences interminables de chant avec chorégraphies spectaculaires et costumes chamarrés sont limitées. Eastwood appuie en fait sur la Chance qu’il faut forcer pour être connu. Vous voulez créer un tube ? Payez un présentateur radio pour qu’il matraque ses auditeurs avec un titre.

Eastwood détourne l’enjeu de la comédie musicale à l’écran, qui est de raviver les souvenirs de la performance sur scène en mieux, au profit d’une fresque historique. Eastwood décrit une époque où les acteurs devaient chanter et danser pour pouvoir percer. Pour recréer cette ambiance, les rôles principaux sont tenus par les véritables chanteurs du spectacle de Broadway, à l’exception de Vincent Piazza (Tommy deVito).

JERSEY BOYSCe choix de distribution, assez rare, permet également de poser la question du passage du théâtre au cinéma. Comme l’indique John Lloyd Young (Frankie Valli) : «sur scène, les spectateurs ne voient pas lorsque je ferme les yeux». Leur rapport à la caméra est sensiblement différent. DeVito harangue l’objectif en véritable Italien hyperactif, tandis que Valli, Gaudio (Erich Bergen) et Massi (Michael Lomenda) respectent le texte écrit et les indications de jeu qui leur sont données. Cette question du jeu correspond également à une époque où le rapport à la caméra est totalement chamboulé. Les prises de parole des différents protagonistes face caméra rappellent une liberté et une distanciation très Européenne.

Le problème de Jersey Boys serait donc d’être vendu comme un simple film musical, alors qu’il est bien plus, ou bien trop. De par son accumulation de genres et de procédés, le spectateur se perd dans les méandres du show-business, tout comme les quatre garçons dans la bourrasque. Pourtant les écueils de la star héros déchu sont évités. Ce film s’attache en fait à analyser la traversée du désert au lieu de l’élider.

Au détour d’un plan sur une chambre, une télévision laisse apparaître Eastwood himself, à l’époque où ses feuilletons cartonnaient. Cet étrange caméo narcissique semble nous indiquer vers quel hors-champ ce film veut aller : la dématérialisation. En effet, Eastwood le réalisateur expérimente sans cesse son art, mais son visage est devenu un symbole des années 1960. Tout comme Frankie Valli et ses confrères, dont les mélodies sont reprises à l’infini. Eux ne sont que des fantômes, grossièrement maquillés pour être vieillis à la fin du film, des ectoplasmes éclipsés par leurs propres oeuvres.

Un exemple, pour n’en prendre qu’un : l’omniprésence de «Can’t take my eyes off you» en musique (Gloria Gaynor, Muse…) et au cinéma :

Crédits photos : Warner Bros

EXPO : PIXAR, 25 ans d’animation au musée Art Ludique

Pour son ouverture au grand public, des locaux flambants neufs accueillent une exposition concoctée par l’entreprise qui a révolutionné l’entertainment par ordinateur, mais ici, les machines sont au second plan. Osé.

Sully et Bob (Monstres Academy)16 Novembre : L’accueil est encore calme : deux assistantes déballent un grand rouleau de papier cadeau avant de le hisser sur un plan de travail réduit. Pendant qu’on raye mon nom de la liste, je perçois une très légère odeur de peinture fraîche. Le vestiaire ? Un petit placard derrière la caisse. Le calme avant la tempête…

Armé de mon mini flyer de présentation et d’un appareil photo, je m’arrête sur une citation, placardée sur un des murs : « Donner vie à un personnage est à la fois une source d’inspiration et de stimulation. L’animation, ce n’est pas seulement un moyen de mouvoir un personnage, mais d’émouvoir le public. » Catherine Hicks… Qui est donc Catherine Hicks ? Si l’introduction de l’exposition nous montrait la fameuse lampe croquée par John Lasseter en 1986, il devient difficile de trouver une quelconque hiérarchie entre les autres noms égrénés au fil du parcours.

Les 25 ans de Pixar se concentrent sur les images et les croquis, affichés comme des œuvres d’art. Il peut s’agir de dessins préparatoires, qui sont parfois éloignés des designs choisis, de vignettes simples destinées à la construction des story-boards , ou bien de statuettes en résine, celles qui sont scannées pour être ensuite animées. En guise d’explication des rôles en animation, une tablette tactile contenant de nombreuses interviews tente de combler ce vide. Par contre, rien n’est dit sur le processus de fabrication du film, ou bien le fonctionnement des croquis par rapport aux statuettes (qui sont parfois attribuées à des artistes variés). Le mystère de fabrication des films Pixar reste entier, même après la visite.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« C’est un fonctionnement d’atelier de la Renaissance ! » argue Renaud Hamard, attaché-presse de l’exposition : « A l’époque, l’atelier d’un peintre contenait de nombreux apprentis, à tel point qu’il devient difficile d’établir certaines toiles comme étant de la main d’un maître, ou d’un de ses disciple. Ce qu’on oublie souvent en regardant un film Pixar, ce sont les tonnes et les tonnes de dessins qui ont été réalisés au préalable, et par de véritables artistes. »

Les stars sont donc les dessinateurs. Et le concept a bien vécu : en décembre 2005, le MoMA de NYC inaugura, pour les 20 ans de l’entreprise, l’embryon de cette exposition. Les nouveautés, ajoutées en 2011, sont des installations assez hallucinantes. Le premier est un zootrope de Toy Story (vidéo en fin d’article). On apprend cependant que l’installation est directement inspirée de celle du musée Ghibli à Tokyo. La seconde, Artscape, est une exploration des dessins présentés, et animés sur un écran immense, afin de donner l’illusion de l’animation.

Même si les images sont magnifiques, il subsiste une légère déception. De par son nom, le musée Art Ludique propose une exposition relativement conventionnelle, là où Pixar a souvent proposé des concepts novateurs. De plus, le travail sur les courts métrages, marque de fabrique des studios à la créativité débordante, est à peine souligné. « Je ne sais pas si vous l’avez vu », continue M. Hamard, « mais il y a un dessin que j’affectionne particulièrement dans cette expo, c’est un croquis au fusain d’un sous-marin pour Nemo, qui est d’une précision, d’une finesse remarquable, alors que la séquence dure une demi-minute ! »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPourquoi donc ne dure-t-il qu’une demi-minute ? Quel rôle joue ce croquis dans la décision finale de la séquence ? Autant de questions qui resteront sans réponse, maintenant que l’entreprise s’est institutionnalisée et mise au musée. Il manque soit un documentaire du type Waking Sleeping Beauty, soit une animation entre le Chat-Bus du musée Ghibli et une attraction Disney pour que le dépaysement soit total. Au final, de belles images avec effet fouillis et fond de tiroir dans un musée au concept prometteur, mais encore tâtonnant, et à la note salée.

On nous promet que le « Ludique » du terme du musée se rapporte plus à l’univers graphique des jeux vidéos. Après l’exposition Pixar, une collection permanente devrait prendre le relai avec des cycles éphémères sur les arts du jeu donc, mais pas forcément joueur avec le public ? À suivre.

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Jusqu’au 2 Mars 2014 au musée Art Ludique, 34, quai d’Austerlitz, 75013 Paris. Entrée 14€, 11€ tarif réduit, 8,5€ tarif enfant, ouvert du lundi au vendredi de 11h à 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h), samedi et dimanche de 10h à 20h.

Crédits photos : Sébastien Dalloni, avec l’aimable autorisation du Musée Art Ludique.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»

En cette période de vacances scolaires, le cinéma est à l’honneur, notamment avec la déferlante Gravity et la sortie de Thor 2 demain. N’oublions pas tout de même que cette semaine, le film du mois à ne pas manquer sous aucun prétexte est Snowpiercer de Bong Joon-Ho. La preuve par 10.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»10. PARCE QUE BONG JOON-HU

Ce nom ne résonne peut-être pas dans vos oreilles, mais Bong Joon-Ho est considéré comme un réalisateur Coréen influent. Son style se définit par une recherche esthétique très appuyée, mais également par des sursauts comiques dans tous ses films. Dans The Host (2006), qui est un film d’horreur traitant de l’invasion d’un monstre, le film est traité à travers la réaction d’une famille lorsque la benjamine est enlevée. Les changements de registres à l’intérieur de ce film sont très nombreux, notamment dans la scène d’apparition du monstre. Dans Snowpiercer, il utilise ces deux atouts pour les appliquer à cette histoire de révolte à l’intérieur du train de la fin du monde, dont les passages comiques ne manquent pas, sans entacher l’évolution.

9. PARCE QUE LE TRANSPERCENEIGE EST UNE BANDE-DESSINÉE FRANÇAISE

La légende raconte que Bong Joon-Ho est tombé sur cette BD par hasard dans une boutique spécialisée dans le SF, avant même de réaliser The Host. Comme tout projet cinématographique, l’entreprise a été longue et semée d’embûches. Mais l’association internationale a permis d’élargir le casting à différentes nationalités. Lors de l’avant-première de l’Étrange Festival, Jean-Marc Rochette, le créateur de la BD avait encore du mal à réaliser ce qu’avait produit cette BD créée à son petit bureau il y a trente ans. Le Transperceneige a été publié dans la revue (À Suivre) entre 1982 et 1983. Le scénario de Jacques Lob et les images de Jean-Marc Rochette a été récompensé en 1985 par un prix au festival d’Angoulême et une publication chez Casterman. Deux suites ont même été créées : L’Arpenteur (1999) et La Traversée (2000), sur un scénario de Benjamin Legrand en remplacement de Lob décédé.

8. PARCE QUE C’EST UN FILM DE TRAIN

Les films qui parlent d’un train existent et sont déjà très nombreux. La nouveauté réside dans son format : du fait qu’il s’agit d’une révolution, nous suivons le parcours des passagers du fond et leur évolution au wagon suivant. Le format du train donne ainsi le format au film, qui est un enchaînement jusqu’à la locomotive. La forme du film a ainsi la forme du transport. Qui plus est, la réalisation est assez rythmée pour donner du souffle à cette évolution linéaire du récit, car les personnages n’évoluent pas de la même manière. La maestra du film tient aussi dans ce non recours, aussi bien au retour en arrière qu’à l’histoire en-dehors du train.

7. PARCE QUE L’UNIVERS VISUEL EST MAGNIFIQUE

Et pourtant, on pensait en avoir soupé des films post-apocalyptiques sombres qui racontent la survie d’un groupuscule face à un envahisseur totalitaire. Bong Joon-Ho s’appuie sur la comparaison facile entre les passagers de troisième et de première classe pour donner des univers visuels complètement différents d’un wagon à l’autre. Ici une sombre morgue aux coffres luisants, là un aquarium chamarré. Le plus beau reste encore ces plans sur les étendues de neige qui entourent le train à perte de vue.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»6. PARCE QUE LE CASTING EST INTERNATIONAL ET DE QUALITÉ

Nous l’avons déjà cité plus haut, mais le casting international est également un casting d’acteurs célèbres sans être des stars qui cacheraient le train. On retrouve quand même Jamie Bell (Billy Elliot), Octavia Spencer (La Couleur des sentiments), James Hurt (Elephant Man) et Tilda Swinton (We Need to talk about Kevin). Si nous n’avions aucun doute sur la qualité de leurs jeux, ils permettent au rôle principal habitué aux grosses productions de s’élever.

5. PARCE QUE JUSQU’ICI C’EST LE MEILLEUR RÔLE DE CHRIS EVANS

On le connaît plus pour Captain America, un rôle à l’envergure assez réduite, mais qui a permis de le faire entrer dans la série Avengers. Le deuxième opus des aventures de son personnage est d’ailleurs en post-production. Entre ce rôle et celui de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques, la musculature d’Evans a plus été mise à contribution que son panel de jeu dans sa carrière. Et pourtant, dans Snowpiercer, Evans est brun, garde ses vêtements, mais il s’en sort. N’en déplaise au producteurs de la franchise Marvel.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»4. PARCE QU’IL ÉVOQUE DES THÈMES INTENSES SANS ÊTRE EXPLICITES

Marre des nanars sanglants avec grand renfort d’hémoglobine ou de plans sur découpes réelles de membres ? Ici, certes, le sujet implique des combats. Et pourtant, les scènes sont filmées avec assez de subtilité pour suggérer les coups sans tomber dans l’effusion de sang. En s’inspirant des chorégraphies de combats des films asiatiques, le film propose également des gestes simplifiés, qui permettent de comprendre l’évolution du combat sans user de ralentis appuyés. Le train lui-même donne ses contraintes à la confrontation : lorsqu’il traverse un long tunnel, il oblige les rebelles à se battre à l’aveugle contre les militaires et leurs lunettes à infrarouges.

3. PARCE QU’IL EST PORTEUR D’UN MESSAGE FAUSSEMENT SIMPLISTE

Les gros mots pourraient fuser facilement : lutte des classes, vision contestataire de l’ordre établi, corruption de l’élite gouvernante… Oui, Le Transperceneige aborde ces sujets. Pourtant, le message final qui s’en dégage n’est pas forcément totalement engagé dans ce sens. Plus que de donner des réponses arrêtées, ce film met en perspective deux visions du monde et les interrogent. Sommes-nous voués à survivre ou à vivre ensemble ? En nous montrant la voie sans la prendre pour nous, Snowpiercer donne une profondeur inattendue au film d’action.

2. PARCE QUE LA 3D AURAIT ÉTÉ DE TROP

C’est bien rare de penser ainsi ? Pas tant que ça. La 3D a été utilisée ces-derniers temps avec seulement pour effet… la profondeur. Avec des lunettes lourdes, embuées, qui ne fonctionnent pas tout le temps, on s’en passerait bien. Snowpiercer n’est pas en 3D, tant mieux, car s’il l’avait été, elle n’aurait pas été mise à contribution comme elle l’est dans Gravity.

1. PARCE QUE LA BANDE-ANNONCE DONNERAIT PRESQUE ENVIE DE LE REVOIR

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Crédits photos : Wildside

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai-faux blockbuster ?

Suite des aventures de Katniss et Peeta, pour lesquelles la machine commerciale hollywoodienne a été mise en branle. Le tout pour un message plutôt… anti-capitaliste.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?Autre cas de succès de librairie qui passe à l’écran, Hunger Games tente de s’imposer comme franchise cinématographique. Au risque d’être très (voire trop) fidèle, et afin de se réserver pour les suites à venir (sans surprise, le troisième volet sortira en deux parties en 2014 et 2015), ce deuxième épisode s’appuie un peu trop sur l’originalité du premier avant de décoller aux 3/4 du film. Et contre toute attente, son discours sur la société de consommation est assez engagé.

Conformément à la tradition, Katniss et Peeta, les vainqueurs des 74ème Hunger Games ou Jeux de l’Expiation, se soumettent à une tournée de gala dans les 12 districts de Panem, et feignent de s’aimer. Katniss tait ainsi sa relation avec Gale à contre-cœur. Où qu’ils passent, le peuple les associe à un espoir révolutionnaire, ce qui accentue la répression de la milice. Pour calmer ces émeutes, le président de Panem annonce une édition spéciale des Jeux réservée aux anciens vainqueurs, dans l’espoir de se débarrasser de ‘la fille en feu’.

Bien peu d’éléments ont changé entre les deux épisodes : mêmes acteurs, mêmes styles vestimentaires, même triangle amoureux. Mais ce n’est plus Gary Ross, le réalisateur à l’origine de l’univers en noir et blanc et en couleurs de Pleasantville (1998), mais Francis Lawrence qui est aux commandes de cet opus. Il a réalisé entre autres le clip Bad Romance de Lady Gaga (2009), qui fait partie des 10 vidéos les plus vues sur YouTube. Là où Ross avait préféré donner une couleur ambrée à sa photographie, l’Embrasement de Lawrence est plus bleuté et froid, plus conventionnel. Cet écho Twilightesque enlève un peu à l’intérêt de l’opposition entre monde rural et la Capitale qui fonctionnait dans le premier opus. Ici, on suppose qu’il fallait accentuer les styles néo-baroques des nantis face aux haillons des pauvres districts. Le choix n’est pas révolutionnaire, en soi.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?La lumière du film est cependant faite sur l’actrice qui incarne Katniss Everdeen à l’écran, et qui emprunte son nom de famille au réalisateur (mais avec aucun lien de parenté) : Jennifer Lawrence. En effet, depuis son oscarisation pour Happiness Therapy (2012), la jeune héroïne envahit totalement l’écran, quitte à l’occuper un peu trop. Dans le premier épisode, la dureté de Katniss était moins dissonante, car elle contre-balançait avec une certaine diplomatie maladroite de Peeta (Josh Hutcherson). L’héroïsme de la grande brune face au petit blond s’exprimait alors par un mutisme singulier (celui-là même qui lui a permis de décrocher l’Oscar face à Bradley Cooper, blond lui aussi). Ici, la jeune continue de se morfondre, tout en se trouvant un don pour la comédie et l’anticonformisme. L’auto-caricature n’est pas loin.

Et pourtant, quand on pense savoir d’avance l’issue de ce 75ème Jeu d’Expiation, on y découvre non plus une lutte animale, mais des alliances, des stratagèmes, entre coups de bluff et lutte contre un système qui rappelle étrangement Hollywood. Plus précisément ses méthodes de sélection et de rentabilité. La fidélité au texte (l’adaptation en scénario a été assurée par l’auteur Suzanne Collins elle-même) aura au moins l’intérêt de proposer une réflexion sur l’économie du cinéma et ses déboires. Car au fond, la dernière image de cet Embrasement, le cliff-hanger qui vous fera peut-être languir pendant un an, ce n’est qu’un seul visage, qu’un seul regard de braise. Il n’est pas inconnu, comme celui qui clôt Matrix Reloaded (2003), mais il présage le même danger.

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Crédits photos : Metropolitan Filmexport

Macadam Baby, le provincial poissard

Tribulations d’un jeune provincial amoureux dans un Paris stéréotypé. Malgré ses personnages attachants, ce film cache difficilement ses erreurs scénaristiques, et son manque de rythme, que le format du court-métrage aurait peut-être mieux desservis.

macadamThomas est un jeune étudiant en philosophie qui habite avec ses parents dans le Nord-Pas-de-Calais. Il part seul à Paris avec un manuscrit, Gnothi Seauton, et l’espoir de le faire publier chez un éditeur et ami de son père. À un bar, il sympathise avec Julie, dont il tombe amoureux. Celle-ci s’enfuie et vole son argent dans son dos. Thomas retrouve son frère Grégoire avec difficulté : ce-dernier avait ignoré ses appels et ses messages. Il accepte de lui faire une place là où il habite, chez la grand-mère de son ami Jérémy, avec Marco, un autre ami. Comme Jérémy ramène une fille différente par nuit, il se retrouve un soir avec Julie, à la surprise de Thomas.

Pour son premier long métrage, Patrick Bossard a choisi une histoire prétendument inspirée de faits réels. Pourtant, la première impression qui s’en dégage semble bien loin de la réalité. Ne serait-ce que Thomas, le jeune héros étudiant de philosophie, qui débarque à Paris plein d’illusions. Les clichés sur le provincial qui ne connaît pas la cruauté de la capitale ne sont pas épargnés, tout comme ceux du jeune écrivain qui ignore le fonctionnement des maisons d’éditions. Le plus énorme réside encore dans le comportement de son frère et ses amis, qui vivent de plans foireux et comptent leurs salaires en centimes, mais n’hésitent pas à tout plaquer pour rassembler une somme faramineuse pour une jeune fille qu’ils ne connaissent que très peu.

macadam-babyySi l’ensemble se veut réaliste, tout sonne faux. La gestion des personnages secondaires, qui aurait pu apporter une respiration comique par rapport à l’histoire principale assez sombre, a elle aussi été négligée. Quand Grégoire, Jérémy et Marco se déguisent en pères Noël en pleine rue pour proposer des photos, ils ne prennent pas le temps de croire à leur canular : les trois courent presque après les passants pour leur demander une pièce, portent leurs barbes blanches à moitié avant d’être embarqués par la police. Ce film révèle ses effets avant même de les utiliser, comme une caméra cachée qui aurait un cadreur à découvert. De ce fait, l’évolution de Thomas n’est ni attendrissante, ni révoltante. De plus, lors de l’épilogue, elle n’a pas l’air d’avoir changé, puisque Thomas ne pense qu’à retrouver Julie. Un film réel, peut-être, mais très peu réaliste.

Crédits photos : Kanibal Films Distribution

Cyberfolio de Sébastien Dalloni