bright Star

Une étoile est morte ! Cosmique Keats.

bright StarBright Star!, Jane Campion (2009)

«Que ne suis-je, comme toi, immuable»

John Keats au sommet de son art et aux portes de la Mort, étoile filante de 25 ans qui a connu l’amour avec sa voisine la couturière Fanny Browne. Plongée dans le Londres du XIXème siècle avec finesse et sensibilité.

Jane Campion la néo-zélandaise semble avoir manqué son époque, puisqu’elle filme avec attention chaque séquence de son film comme un tableau romantique, une vie figée comme une peinture ? Campion s’attache au soin de l’infime, de ce qui est aujourd’hui considéré comme une perte de temps. Le filme s’ouvre sur un très gros plan, un suivi du long et délicat travail de la couturière. Keats se veut papillon pour vivre en 3 jours d’été tout le bonheur de cinquante longues années. Puissance de l’amour et économie des relations tactiles. Campion équilibre les liens amoureux qui peuvent exister sous l’époque victorienne, mais qui nous paraissent artificiels et infimes. La poésie qui se dégage des plans révèle pourtant toute l’expression de l’émoi. Keats languit sur son canapé, dans l’attente d’une inspiration. Browne se démène, travaille jour et nuit au prix de sa propre santé pour finir des ouvrages, pour affiner un style vestimentaire bien à elle. Rien ne semblait les rapprocher et pourtant.
Elle se débat dans les moeurs strictes de la ville, il s’enferme toute la journée aux côtés de sa Muse. Coup du destin cependant, sa muse prend les traits d’une femme du monde. Lui est sombre, orphelin marqué par la mort de son frère. Keats a tout du poète maudit : il ne danse pas, ne peut se payer qu’une seule redingote et espérer un mariage avantageux pour se sortir de la misère. L’amour qu’il éprouve lui redonne goût à cette vie qu’il semblait négliger. Fanny est plus sensible à l’infime, au vent qui souffle les mèches rebelles de devant son visage, à la beauté éphémère du papillon, à la fragilité de son être. La puissance de ses sentiments est opposée à la correspondance atypique des deux amants, faite de bouts de papiers pliés souhaitant simplement Good Night. Keats refuse de se laisser aller au cliché du romantisme. Pas de mort miséreuse à la Chatterton, ou de suicide sanglant dans la lignée des baroques Roméo et Juliette. Keats fuit Londres pour son hiver rude, mais le voyage seul jusqu’à Rome suffit à l’affaiblir plus qu’il ne l’était. L’amant s’éteint dans la tiédeur italienne du soir vêtu de son éternel et unique vêtement pastel, l’amante se retrouve à marcher seule dans la neige, vêtue de noir.
Campion réussit à retrouver cette sensibilité aujourd’hui incarnée par les manuscrits poussiéreux de la poésie romantique. Champ de fleurs sauvages, jeux d’enfant devant un étang, chaque séquence est un tableau soigné qu’un spectateur devrait apprécier avec la sensibilité d’un homme pas de ce siècle, mais de celui où la qualité suppléait la quantité.

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