Twilight 5, grand vainqueur des RAZZIE® 2013

Chaque année, les Oscars récompensent les meilleurs performances cinématographiques de l’année. Qu’en est-il des plus mauvaises ? Les Golden Raspberry Awards s’en sont occupés.

razzieLes derniers seront les premiers

En réponse aux larmes de joies et aux défilés de mode sur les tapis rouges, John Wilson décide en 1980 de changer cette tendance. Pourquoi ne pas récompenser les plus nuls ? Après tout, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui arrivent à faire le plus d’entrées.

Le palmarès du 23 Février 2013 est cependant largement dominé par Twilight: Breaking Dawn Deuxième Partie, qui totalise 7 récompenses : la plus mauvaise suite ou rip-off, les plus mauvais réalisateur, actrice principale, acteur secondaire, groupe d’acteurs mais également le plus mauvais couple pour Taylor Lautner et Mackenzie Foy. La récompense du plus mauvais acteur a été remporté par Adam Sandler dans Jack et Jill. Rihanna a même été promue pour sa première apparition dans Battleship.

Les Razzies, «la récompense la plus écologique au monde»

large_logoÉtrangement, peu d’acteurs ont assisté à la 33ème édition des Razzies, ou ont rêvé de gagner une de ces récompenses en forme de framboise dorée. Le fruit fait référence à l’expression ‘to blow a raspberry’ (littéralement «exploser une framboise»), qui n’a pas d’équivalent Français mais qualifie ce geste universel de dérision qui consiste à tirer la langue tout en soufflant dessous. Ne bénéficiant pas de présence médiatique, John Wilson en a souvent conclu avec humour  que ces récompenses étaient les plus vertes et les plus égalitaires.

La célébrité des Golden Raspberry s’est maintenue grâce à la culture du mauvais genre chez les cinéphiles underground (le scrutin est participatif). En 2005, elle a connu un pic avec Halle Berry : l’actrice venait de jouer dans Catwoman, et a obtenu le Razzie de la plus mauvaise actrice. Avec beaucoup d’humour, elle a assisté à la cérémonie et a même prononcé un discours. Plus récemment, David Eigenberg, qui joue Steve dans Sex & the City, s’est mis en scène lorsque la suite au cinéma a reçu plusieurs prix en 2011. La webculture du LOL promet de belles années aux Razzies.

Retrouvez le palmarès complet, les archives et les modalités d’inscription pour devenir un membre du jury sur le site officiel des Golden Raspberry Awards (en anglais)

Crédit photos : RAZZIE®, Summit Entertainment

Week-end Royal : Bill Murray perd de son aura tragicomique

WEEKEND ROYAL_Affiche Que fait donc le chasseur de fantômes des années 1980 dans cette fiction historique sur le président Roosevelt ? La Dépression ne fait pas seulement partie de la trame.

L’affiche attire le regard : Bill Murray de retour, qui plus est en tête d’affiche de ce qui semble être vaguement une suite d’un des opus de Wes Anderson. Roger Michell, le réalisateur à qui l’on doit Notting Hill, promettait de bons moments romantiques et des seconds rôles comiques et efficaces. Le résultat ramollit plus qu’autre chose.

À la tête d’un pays en pleine crise, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt (Bill Murray) n’a qu’un seul désir : se retirer dans sa maison de campagne d’Hyde Park (NY) pour y trouver le repos. En 1939, il reçoit la visite du couple royal d’Angleterre le roi Georges VI et la reine Élisabeth, qui ne s’étaient jusqu’alors jamais déplacés en territoire Yankee. Il entretient parallèlement une relation ambiguë et intime avec sa cousine éloignée, Margaret Suckley (Laura Linney) dite Daisy.

Le projet initial, écrit par le dramaturge Américain Richard Nelson, est né de la volonté de prendre le point de vue de Daisy face à ces événements diplomatiques. En lisant ses lettres et journaux intimes, en la rencontrant même, l’écrivain aboutit à une fiction historique, car elle suggère une relation plus qu’affective avec le président qui n’a jamais été prouvée. Nelson a également attendu le réalisateur qu’il avait choisi pour adapter sa pièce. L’objectif était donc atteint d’avance, ou presque.

Tout ça pour quoi ? Pour un ensemble général bien mou. Bill Murray, privé de l’usage de ses jambes, a perdu de son charme tragicomique. Ses mimiques parasitent sa volonté d’incarner le président des États-Unis. La trame refuse de tomber dans la comédie lourde et assumée lorsque le couple royal est accueilli, soit, mais elle ne s’engage dans aucune ouverture possible (l’handicap du président et du roi ? l’étiquette Anglaise face à la culture Américaine ? la fidélité amoureuse ?).

Le tout reste très superficiel, à commencer par le personnage d’Eleanor Roosevelt. Elle était certes au courant des aventures de son mari, mais organisait-elle l’emploi du temps des amantes ? Le point de vue même de l’héroïne n’est guère engagé. À ce désintéressement général, la gestion des plans ne parvient pas à raviver une once d’intérêt. À apprécier peut-être mieux dans la chaleur et le dilettantisme d’un canapé-télé.

http://www.dailymotion.com/video/xwx5jk

Crédit photos : Diaphana Distribution

Les Misérables : La chansonnette sonne faux / A miserable and grandiose adaptation

Si les Français peuvent avoir le recul nécessaire pour comprendre mon désarroi, comme vous avez pu le lire sur Radio VL, il m’a été difficile d’expliquer aux Anglais pourquoi cette adaptation ne mérite pas autant de succès qu’elle suscite (4 BAFTAs, et une dizaine de nominations aux Oscars). J’ai jugé donc utile de traduire mon article, en Anglais à gauche, en Français à droite.

If most of the French people understand me when I say how disappointed I am concerning this ridiculous adaptation, English people usually do not. As the Oscars are coming up, I translated my article in order to make them understand their mistake. Consequently, the left side is in English, the right side is in French.

Vive la France ?

The original French book is more famous in France than the musical in Broadway : it is a literary reference. Yet, we have been waiting for the planned confrontation. We knew that someday a Yankee version of Les Misérables would appear in our Gaul theatres. For the best, and especially for the worst.

Let me get this clear: if I had to gather my favourite authors under my own private French Pantheon, Victor Hugo would not be one of them. However, he has been an essential artist of the French culture. Its presence is effective in the Parisian Panthéon. Although I would not die for him, I can not forget the Hugo-mania that drove the young defenders of the Republic to shave their fringe in order to have a forehead as big as the Poet’s. He wanted his audience to call him like this, as he pretended he subscribed to God’s RSS feed.

As a matter of fact, I went to the theatre full of doubts as I remembered Tom Hooper’s King’s Speech, which was nice but not that awesome. As I came into the dark room, partly motivated by the Oscar nominations, I realised that the only memories I had of a Victor Hugo’s musical was from The Hunchback of Notre-Dame, which has been successful fifteen years ago in France.

Monument littéraire français, phénomène culturel à Broadway, il fallait s’attendre un jour ou l’autre à ce que Les Misérables version Yankees envahisse nos écrans gaulois. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire.

Mettons les choses au clair : Victor Hugo ne fait pas partie de mon Panthéon d’auteurs. Force est de constater, cependant, son rôle primordial dans le paysage culturel Français. Sa présence est d’ailleurs effective dans le susdit-Panthéon. Force est de constater également la Hugo-mania, qui poussaient les jeunes défenseurs de la République à se raser la frange pour avoir un aussi grand front que le Poète. Vous savez, celui qui était abonné au fil RSS de Dieu.

C’est non sans méfiance que je me suis décidé à visionner la version de Tom Hooper, responsable du gentil mais pas fou Discours d’un roi. J’arrive dans la salle sombre, poussé par les nominations aux Oscars, mes vagues souvenirs de comédies musicales étant occupés par les plaintes de Garou pour une Esméralda-pop-queen.

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BAFTA 2013 : la cérémonie, « Argo », classe ou pas classe ?

Le Royal Opera House (Londres) a accueilli ce dimanche soir la remise des prix des Césars à la sauce gravy. Sélection des meilleures interventions et des pires blagues cyniques.

The EE British Academy Film Awards in 2013Comme tout bon résumé de cérémonie, un article spécial BAFTA se doit de donner la liste exhaustive des lauréats. Mais dans une période où un clic nous fait apercevoir de façon officielle et fournie les gagnants, nous préférons nous demander : que penser de ces récompenses ? Ben Affleck et son Argo ont coiffé au poteau L’Odyssée de Pi et Lincoln pour les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Ces deux favoris sont pourtant les mieux placés pour les Oscars. Un bruit de fond répandrait déjà la rumeur d’un changement de dernière minute en faveur de l’ex-Daredevil, heureux de trouver une consécration à son passage «au second acte». Tout innocent, il considère son premier acte d’acteur achevé.

Les préférés du Royaume-Uni, Les Misérables, ont remporté de nombreux prix techniques (dont les outrageusement grandiloquents décors dont nous reparlerons ultérieurement) et le meilleur second rôle pour Anne Hathaway, assurant le culte de la Grande-Bretagne pour le musical. Emmanuelle Riva a créé la surprise avec son prix de meilleure actrice pour Amour, ce qui la met en bonne voie pour le Kodak Theatre. Daniel Day-Lewis a reçu en toute logique le prix du meilleur rôle pour sa performance dans Lincoln. Sugar Man a quant à lui remporté le prix du meilleur documentaire. Enfin, grand absent des récompenses malgré les nominations, Zero Dark Thirty rentre bredouille.

Mais que seraient les BAFTA sans l’humour à l’Anglaise ? Exclusivement diffusée sur BBC1, nous avons choisi et classé quelques interventions croustillantes de la cérémonie selon le code du fameux Classe-Pas Classe. Enjoy.

PAS CLASSE
The EE British Academy Film Awards in 20131. Stephen Fry, le maître de cérémonie, égrène les noms des célébrités s’étant déplacées pour l’événement, dont Helena Bonham Carter. Il lance la fausse rumeur qu’elle aurait apparemment bu pour s’imprégner de son personnage lors du tournage des Misérables. Choquée, l’épouse de Tim Burton  prend un air à mi-chemin entre l’incompréhension et le mépris, ce à quoi Fry répond : «Excusez-moi, je rigole, je voulais dire qu’elle était bourrée tout le temps !»

2. Billy Connolly arrive sur scène pour remettre le BAFTA de la meilleure première création, le visage figé dans un flegme typique : «Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux de venir ici pour offrir (regarde la forme du prix) un masque mortuaire posé sur un bâton.»

mirren3. Helen Mirren, nommée dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle pour Hitchcock, a présenté son nouveau look : ses cheveux teints en rose bonbon. Les tabloïds Anglais travaillent déjà leur point beauté, visiblement plus intéressés par l’état du tapis rouge Londonien sous la pluie que du palmarès.

4. Tout ému de sa récompense en tant que meilleur acteur dans un second rôle dans Django Unchained, Christoph Waltz dédie la fin de son discours au réalisateur Quentin Tarantino : «Je voudrais remercier Quentin pour sa confiance qui a toujours été totale envers mon travail…(échange de regards) espèce de diable !»

5. Les premiers mots du réalisateur du feuilleton The Imposter Bart Layton pour son BAFTA de la meilleure première création : «Oh mon dieu, j’y crois pas ! D’abord, j’ai eu la chance de faire pipi à côté de Samuel L. Jackson et maintenant ça !»

6. Alan Parker, lauréat d’un BAFTA d’honneur, évoque sa carrière : «Je me disais, mais qu’est-ce que je pourrais bien dire comme discours si je gagnais un prix ? Et puis, dix années ont passé…»

The EE British Academy Film Awards in 20137. En guise de clôture de la cérémonie, Stephen Fry adresse aux téléspectateurs un : «Keep shooting your shorts» qui peut avoir une double signification : soit «n’arrêtez pas de réaliser des courts-métrages», soit «continue de trouer ton slip». Après avoir prononcé ceci, Fry détache un moment les yeux de son prompteur pour commenter «Ça risque d’être compris bizarrement».

CLASSE
1. Anne Hathaway, pour le BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle, qui lui a été remis par George Clooney : «Je suis tellement émue que je viens seulement de prendre George Clooney dans mes bras, ce qui est relativement stupide.»

2. Stephen Fry sur Lincoln : «J’ai été très touché de voir que j’avais été moi-même invité à participer à la réalisation du dernier Spielberg. Après relecture de mon mail, il s’est avéré que j’étais plutôt invité à m’inscrire à LinkedIn.»

3. Daniel Day Lewis, pour le BAFTA du meilleur acteur : «Pendant 50 ans, j’ai cru entendre à chaque fois que je me levais de n’importe quel siège une bande-son d’applaudissements.»

The EE British Academy Film Awards in 20134. Samuel L. Jackson, venu remettre le BAFTA du meilleur film : «On vous a dit que la moitié d’Hollywood était là ce soir. Et c’est vrai : ils étaient tous dans le même vol que moi ! J’ai cru qu’on allait tourner un remake de Des Serpents dans l’avion

5. Ang Lee monte sur scène lire le discours de Claudio Miranda, directeur de la photographie de son film L’Odyssée de Pi, qui a remporté le BAFTA mais n’est pas présent à la cérémonie : «La première partie parle généralement de son travail avec moi et de combien je suis un bon réalisateur, je vais donc sauter ce passage…»

6. Et parce qu’il n’y a pas plus classe que d’arriver à faire pleurer d’émotion lorsqu’on est pas sur scène, le prix des plus belles larmes revient à Jennifer Garner, Lisa Heslov (épouse du producteur Grant Heslov) pour Argo, et Bradley Cooper pour Happiness Therapy.

Crédits photos : PA Images, BAFTA Images (via FlickR)

Hitchcock, « Psychose » et un couteau à beurre

Adapté d’un essai de Stephen Rebello inédit en France, le biopic du maître du suspense parle de tout, sauf peut-être de Hitchcock lui-même.

HitchcockÀ la manière d’un clown, Anthony Hopkins semble se délecter à singer la démarche et la corpulence d’Alfred Hitchcock, qu’il avait lui-même choisi d’utiliser comme marque de fabrique, intervenant en costume-cravate dans ses propres feuilletons télévisés. Fallait-il pour autant transformer cette biographie historique en comédie romantique bien molle ?

Le succès public et critique de La Mort aux Trousses (1959) a conforté Hitchcock dans sa capacité à séduire son audience. Cependant, à court d’idées excitantes, Hitch’ tente de se renouveler, d’innover, pas facile quand on a 60 ans, 44 films et une piscine à son actif. Entouré de sa femme Alma Deville (excellente Helen Mirren) et de son assistante Peggy Robertson (Toni Collette, toujours impeccable), il construit néanmoins un projet risqué à partir d’un fait divers mieux connu sous le nom du livre qui a choqué l’Amérique : Psychose.

Avant toute chose, si vous n’avez pas encore vu Psychose, des éléments dans cet article risqueraient de ruiner son intrigue, je vous invite à voir ce film avant d’aller plus loin dans ma lecture. La déception aurait pu être grande : au lieu de décortiquer le chef-d’oeuvre de Hitchcock et d’analyser le génie du réalisateur, nous avons droit à une crise de couple sur fond de tournage difficile. La fameuse scène de la douche n’est même pas sujette à des questions esthétiques : elle est utilisée pour exprimer la jalousie du pauvre petit Alfred. Anthony Hopkins s’amuse, Helen Mirren rayonne, Scarlett Johansson fait monter le taux de natalité, rien de nouveau sous le Soleil d’Hollywood. Sacha Gervasi a essayé sans grande conviction la carte du réalisateur névrosé : Hitchcock est hanté par le tueur à l’origine du fait divers. Cependant, comme la figure fantomatique qu’il incarne à l’écran, ce tueur ne fait que traverser son esprit sans effleurer un tant soit peu le scénario bien pauvre. Certes, l’intrigue fait une part belle à deux figures féminines qui ont travaillé sans relâche avec Hitchcock dans l’ombre, dont sa propre femme. Pourquoi, à ce moment-là, ne pas avoir appelé le film Alma ?

Scarlett Johansson, Anthony Hopkins et Helen Mirren dans "Hitchcock" de Sacha Gervasi

Malgré cette romance parfois poussive, d’où vient pourtant ce charme qui nous fait rester : des clins d’oeil de Jessica Biel ou de ce qu’appellerait Allociné des croustillants secrets de tournage ? Rien de très académique ou meta-cinématographique ressort de ce divertissement. L’histoire aurait très bien pu être appliquée à un autre réalisateur, sans provoquer peut-être le même engouement. Non, inexplicablement, un simple aperçu des coulisses de création sur une mélodie entraînante de Danny Elfman (compositeur attitré de Tim Burton et du générique de Desperate Housewives) aura suffi à faire illusion. Assez malicieusement, le génie de la suggestion dans Psychose est appliqué à sa version biopic. Plus qu’une histoire vraie avec des tripes, Hitchcock se la joue fine. Enfin, façon de parler. Au mieux, vous aurez envie de revoir l’original. Au pire, vous croirez que Scarlett Johansson y joue dedans.

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Crédit photos : Twentieth Century Fox

Blancanieves : Une Blanche-Neige torero

Lauréat de 4 Gaudis (Césars catalans) hier soir dont celui du meilleur film en langue catalane, favori des prochain Goyas (Césars espagnols), le dernier film de Pablo Berger interroge autant qu’il séduit. Qu’a-t-elle donc en plus, cette relecture hispanisante en noir et blanc et muette d’un conte maintes fois adapté?

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Là-bas, dans le noir, un orchestre se prépare à jouer un nouvel opéra. Un immense rideau rouge, seul élément coloré du film s’ouvre lentement sur le conte de Berger, qui reprend méthodiquement les codes du film muet des années 1920.

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À Séville, un toréador célèbre perd l’usage de ses membres lors d’une corrida. Sa femme Carmen donne naissance à leur fille le jour même, avant de mourir en couches. Élevée par sa grand-mère jusqu’à sa mort, la petite Carmen, recueillie puis exploitée par sa marâtre Encarna, se retrouve sans mémoire dans une troupe ambulante de nains toréadors alors qu’on tentait de l’assassiner. Devant sa beauté, les nains décident de la nommer Blancanieves.

Est-il besoin de rappeler la trame originale ? Bien que Disney l’ait quelques peu édulcorée (la Reine demande au chasseur le foie et les poumons de Blanche-Neige, pas son cœur), elle reste fidèle. Le grand écart de départ semblait pourtant osé : transposer un conte allemand sur la beauté d’une jeune femme dans le monde espagnol de la tauromachie. Étrangement, le mélange fait merveille. En effet, dans la culture espagnole, le rapport à la mort est très différent du nôtre. Non sans vouloir faire de généralités, en Espagne, un mort peut être considéré comme l’égal d’un être vivant. C’est donc avec logique que les rythmes du flamenco font aussi bien danser Blanche-Neige chez elle que face à un taureau.

Loin du HD 3D grand-angle, le noir et blanc en 4/3 de Berger est très léché, les contrastes et grains de peau sont d’une beauté envoûtante. Après The Artist, on pencherait à penser que c’est un effet de mode. On peut effectivement travailler une belle image en couleurs. Cependant, si l’on s’attarde sur les premières lignes de la version des frères Grimm, n’oublions pas que Blanche-Neige a été nommée ainsi car elle était «aussi blanche que la neige, avec des joues rouges comme du sang et des cheveux noirs comme l’ébène». Berger reste donc dans son thème.

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Mieux que les nains-toreros ou le personnage vénéneux de la belle-mère, Berger a trouvé son originalité dans sa surconsommation de contes. Blancanieves subit bien d’autres sorts que la Blanche-Neige de Disney, comme une petite Cendrillon elle est réduite à l’état de servante dans la maison de son propre père. Le dénouement de ce film, sorte de Belle aux bois dormant chez les Freaks, lui permet de transformer son exercice de style en contre-conte, bien devant les adaptations hollywoodiennes de 2012. S’il faut attendre assez longtemps pour découvrir un changement dans la trame, le charme visuel opère dès les premières secondes, comme un mouvement gracieux de muleta. Olé !

Crédits photos : Rezo Films / Arcadia Motion Pictures