Percy Jackson : La mer des monstres, crise d’ado-dieu

Suite des aventures du demi-Dieu aux Etats-Unis, sans les caméos de célébrités ni la fantaisie guillerette de Chris Columbus. En pleine crise existentielle, Percy se voit confronté à une menace titanesque.

Percy-Jackson-Sea-of-Monsters-Affiche-USA-1Suite au sacrifice de Thalia, la fille de Zeus a été transformée en arbre par son père pour protéger le camp des Sangs-Mêlés. Moins fort que Clarisse, délaissé par son père Poséïdon, Percy désespère. L’arrivée de son demi-frère cyclope et empoté Tyson ne l’arrange pas. Empoisonnée par Luke, ennemi juré de Percy et fils d’Hermès, la barrière laisse passer un taureau de Colchide sur le campus pendant un concours. Une oracle de grenier annonce au héros son combat à venir contre Cronos. Luke et Percy se lancent donc à la poursuite de la toison d’Or, le premier pour redonner vie au chaos, le second pour réparer la barrière magique.

Percy-Jackson-La-mer-des-monstres-Photo-Alexandra-Daddario-les-soeurs-GréesLa série fut un très gros succès au sein de la littérature jeunesse. L’auteur Rick Riordan continue d’ailleurs son travail basé sur le principe de mélange de la mythologie à la trivialité du monde Américain avec Les Héros de l’Olympe. Plusieurs célébrités (Uma Thurman, Pierce Brosnan, Sean Bean) avaient fait leur apparition dans le premier opus. Dans le deuxième, la lumière est faite sur les jeunes héros (Logan Lerman en tête) et leur quête. Cette fois, le réalisateur s’attarde moins sur les situations saugrenues, du type le dieu Hermès à la tête d’une entreprise d’envoi de colis, mais il choisit d’en tirer à chaque fois un élément comique pour émailler le récit. Ces petites touches arrivent à faire oublier le mécanisme assez lourd de la trame et sa tendance à se répéter. En restant plus près du récit original, Freudenthal respecte une évolution logique, basé sur une prophétie déchiffrée avec le déroulement de la trame. Il laisse cependant l’histoire totalement ouverte. Là où Chris Columbus avait soigneusement fermé son récit, une grande incohérence nous frappe aux yeux : Luke, le traître du premier épisode, a eu accès au campus des Sangs-Mêlés au début du second. Un peu plus remonté qu’Harry Potter, Percy Jackson expérimente les tourments de l’adolescence et le manque de confiance en soi. Les sentiments sont justes, même s’il est difficile de conceptualiser la parenté divine. Les thèmes de la fraternité et de l’entraide débordent sur nos lunettes 3D, et valident l’ambiance de grand spectacle familial sans hémoglobine. Si les effets spéciaux sont assez soignés dans l’ensemble, la conception déstructurée de Cronos laisse dubitatif. Mais qu’importe, le troisième épisode sera meilleur.

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Crédits photos : 20th Century Fox

CINEMA : « Landes », terres électrifiées

Pour son premier long métrage, François Xavier Vives centre son histoire sur sa contrée d’origine, et plus précisément sur une de ses aïeules des années 1920 et son combat pour l’électricité dans une société peu avancée. Pari risqué mais tenu.

landes_afficheUn grésillement, et la lumière fut. Éclairés par une vieille ampoule, les traits d’un homme endormi apparaissent peu à peu, dans ce qui semble être un couffin mortuaire. Derrière son voile de soie, Liéna (Marie Gillain), essaie tant bien que mal de porter le trop grand costume du propriétaire austère, elle qui rêve de longues avenues éclairées et de jazz à l’Américaine.

Liéna Duprat, jeune veuve, décide de reprendre la gestion des métayers qui travaillent sur les huit hectares de son domaine des Landes suite au décès de son mari. Aidée par son régisseur Iban, elle tente d’achever son projet d’électrification des fermes tandis que la grève des gemmeurs éclate.

La reconstitution historique est soignée, le rendu des tissus méticuleux. Habitué aux documentaires et courts métrages, Vives a hérité des premiers une caméra nette, et des deuxièmes une capacité à faire parler l’image. Le choix des Landes lui donne l’avantage de filmer une terre qu’il aime, et qu’il connaît. À la manière de Jane Campion, il transforme ces paysages en peintures romantiques. Une banale promenade entre sable et forêt devient le point névralgique du récit, avec ses personnages atypiques (la source, la dune) et puissants.

Bien que d’époque et peut-être un peu suranné, Landes pose la question de la nouveauté : l’avant-gardisme est-il synonyme de pragmatisme ? À travers l’histoire d’une arrière grand-tante, Vives fait résonner l’Histoire à nos oreilles. Ici des bribes de mondialisation, là un embryon de syndicalisme, le monde industrialisé n’en est encore qu’à son commencement, mais il a les mêmes revendications.

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Balancée entre le conservatisme des propriétaires et la précarité de ses fermiers, Marie Gillain compose un personnage tout en finesse, aussi maladroit que théâtral, mais très attachant. Si Miou-Miou et Jalil Lespert se laissent quelque peu enfermer dans leurs rôles-types, l’énergie principale est omniprésente et contagieuse, voire électrique. Un film français sans électricité statique.

Crédits photos : Sophie Dulac

CINEMA : «Monstres Academy», un prequel classique

Sans prendre vraiment de risques, Sully et Bob Razowski reviennent sur grand écran. La suite fait marche arrière, et éloigne nos héros monstrueux de la scolarité parfaite.

DOM_FRANCEQui eût cru que derrière le duo de choc Sullivan/Razowski se cachait un passé douloureux et cahoteux ? Habitués aux suites poussives chez Disney et revigorantes chez Pixar, le pari de faire parler un monde dont les codes ont changé à la fin du premier opus posaient quelques sérieux problèmes chronologiques. À moitié déçus de ne voir que le genèse du mythe, on se console avec peut-être l’idée que les semestres seront faciles à valider.

Émerveillé par une visite à Monstres Cie, le petit Bob n’a plus qu’une idée en tête : devenir une Terreur. Avec un grand T, car la terreur avec un petit T, ce n’est pas vraiment le cas de Bob. Travailleur, studieux, il intègre la prestigieuse université des Monstres, quitte à créer des jalousies auprès de ses camarades de classe. Parmi eux, James Sullivan, fils d’une très célèbre Terreur, mais élève très paresseux.

Commencer par le début lorsqu’on a déjà trouvé une solution alternative à la peur d’enfant, étrange. C’est sûrement avec cette idée en tête que nous lisons cette petite parodie du monde universitaire Américain. En version anglophone, le titre est transparent : Monsters University. À tel point que certains universitaires se sont demandés pourquoi Disney/Pixar refusaient aux Français ce terme, pour le remplacer par le beaucoup plus anglicisé «Academy».

Si tous les codes des clubs et intrigues entre étudiants sont respectés, la retransmission du monde universitaire est beaucoup plus réaliste, bizarrement. Plutôt qu’un lieu d’apprentissage théorique et massif, la fac révèle aussi sa tendance au formatage. Ce-dernier donne très rarement lieu à un aboutissement parfait dans le monde du travail, chose respectée ici, même pour le futur meilleur duo de la ville.

Pour relancer l’énergie de la trame, sans l’entreprise et ses employés atypiques, l’histoire se concentre sur un club en marge : les Oozma Kappa, engagés dans un concours de terreur organisés par les élèves de l’université, et chapeauté par la doyenne du campus. Encore une fois, l’improbabilité d’une telle opposition dessine les traits de l’association de nos deux héros, jusque là ennemis jurés.

MONSTERS UNIVERSITYMais pourquoi donc avoir choisi l’université pour ces monstres, doudous géants pour la petite Boo dans le premier opus ? Devant l’impasse de l’adaptation, les auteurs seraient-ils allé trop loin ? Pour Toy Story 3, le passage à la vie adulte était symbolisé par la séparation d’Andy avec ses jouets préférés avant son entrée en université. Ici, les monstres apprennent à devenir… des monstres.

Malgré la grosse difficulté initiale, le déroulement ne manque pas de rythme, ni de vitalité. Pour s’être éloigné du parcours parfait ou Star Academy-que de nos compères, il marque quelques points. Les références au premier film sont également bien trouvées, et contribuent à entretenir la magie des premiers instants. Mais tout de même, il manque une belle, que dis-je, une monstrueuse prise de risque pour que les grands enfants aient eux aussi des étoiles au coin des yeux.

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Crédits photos : Disney France

CINEMA : « World War Z », Zombie-Pitt-*insérez terme viril*

C’est l’heure du sauvetage du monde entier par LE héros/fantasme de la gent féminine : Brad Pitt (de préférence avec une gueule cassée pour faire authentique). Usé, cet énième film apocalyptique se détache par quelques sursauts de lucidité comique.

World-War-Z-Affiche-FranceQuand un récit de fin du monde se veut le plus réaliste possible, il pose deux questions : comment en est-on arrivé là et y a-t-il un remède ? Les variations sur les réponses ont donné plusieurs opus, dont quelques uns qui ont joué la carte fantasy à fond (Prémonitions, Proyas) ou ont pris un malin plaisir à décortiquer la structure de la pandémie (Contagion, Soderbergh). La meilleure solution reste le type Je suis une Légende (Francis Lawrence), qui commence par la deuxième question afin d’occulter la première. Marc Forster a fait un choix simple : il ne répondra à aucun de ces questionnements.

Gerry Lane (Brad Pitt) a quitté son poste de l’ONU afin de se consacrer à sa famille. Un jour d’embouteillage matinal à Philadelphie, un événement vient chambouler sa routine : une attaque de zombies. Événement isolé ou crise mondiale ? L’ancien casque bleu n’a pour l’instant qu’une seule idée en tête : survivre.

Comment diable donner de la crédibilité à des zombies ? Devenus ringards depuis un bon moment, ils étaient devenus le ressort comique de Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer). L’héroïne de Warm Bodies (Jonathan Levine) a même tenté de les soigner avec le sexe. C’est dire si l’on a tout vu. Et pourtant… Visuellement, WWZ ressemble à un jeu vidéo. Avec une caméra à l’épaule placée au plus prêt des acteurs, elle donne un effet d’immersion assez appréciable pour le spectateur. Elle perd cependant de son dynamisme lors des scènes d’action, assez bruyantes et floues. À moins que ce ne soit un effet de réalisation, mais il ne met pas en valeur l’effet 3D.

World-War-Z-1Les images qui frappent, ce sont ces amas de zombies qui se déversent comme des torrents sur les foules, les hélicoptères, au-dessus des murs… Une sorte de monstre multi-céphale avec but commun, conscient qu’une bonne partie de ses participants finissent en charniers. Une tour de Babel inversée ?

La course-poursuite contre la maladie trouve quelques respirations avec des moqueries implicites envers les zombies : tous se déplacent d’une manière assez grotesques. L’un d’eux claquent ses dents pour exprimer son excitation. Une autre se frotte le visage contre les vitres. Autant d’éléments risibles qui viendraient presque nous faire oublier que très peu de sang est présent dans ce film, malgré les tirs et coups de pied-de-biche à répétition. Le zombie serait-il devenu une figure de divertissement classique ?

Chef d’œuvre ou pas, Brad Pitt en star combiné au dernier jour de la Fête du Cinéma a permis à WWZ de prendre la tête des démarrages de 14h à Paris, avec une moyenne de 310 entrées par copies. La série B n’est donc vraiment plus B.

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Crédits photos : Paramount Pictures

CINEMA : «Le Roi et l’Oiseau», le retour d’un chef-d’œuvre

Plus de trente ans après sa sortie, le projet de Paul Grimault et Jacques Prévert est à nouveau en salles obscures. Longtemps rejeté et raillé, aujourd’hui considéré comme culte, essayons l’autopsie d’un incontournable.

le_roi_et_l_oiseau_photo_3©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_S’il existait un mode d’emploi pour créer un film parfait, Le Roi et l’Oiseau ne serait guère un modèle. La version du conte d’Andersen par le poète et le dessinateur a subi de nombreuses modifications et dépourvues. Petite chronologie orientée sur la genèse de cet opus.

1947 : Paul Grimault, Jacques Prévert et le musicien Joseph Kosma entament leur première collaboration avec le court-métrage Le Petit Soldat, inspiré du Soldat de Plomb d’Andersen. Présenté aux festivals de Venise en 1948, ainsi qu’à Rio de Janeiro et Prague en 1950, il y remporte à chaque fois un prix. Forts de ce succès, les trois artistes voient plus grand : un long métrage.

1953 : Sortie au cinéma de La Bergère et le Ramoneur, projet de Grimault, Prévert modifié et atténué par les producteurs de l’époque. Les deux hommes rejettent tout lien avec cette œuvre.

le_roi_et_l_oiseau_photo_1_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_1979 : Après des années de bataille pour récupérer les bobines du film de 1953, Paul Grimault et Jacques Prévert, à l’époque très souffrant, réalisent le film correspondant à leurs attentes. Wojciech Kilar, compositeur Polonais, ajoute les musiques manquant à la précédente version mise en musique par Kosma. Le premier long métrage d’animation réalisé en France remporte le prix Louis-Delluc avant sa sortie en salles l’année suivante sous un nouveau titre pour éviter toute confusion : Le Roi et l’Oiseau.

2001 : Le film fait l’objet d’une restauration photochimique et numérique jusqu’à juillet 2003, pour une sortie en salles et en DVD la même année.

le_roi_et_l_oiseau_photo_2_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_Soixante années sépare 2013 de la première version édulcorée du Roi et de l’Oiseau, qui hante encore et toujours nos mémoires et nos écrans. D’un format plus petit que le 4:3, et sans prises de vues réelles, le film de Grimault a eu une influence considérable sur l’appréciation du dessin animé dans le paysage cinématographique.

Novateur pour l’époque, encore plein de mystères aujourd’hui, il conte la fuite de deux figures de peintures murales : un ramoneur et une bergère. Follement amoureux, le roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize ira jusqu’à détruire la ville basse de son royaume de Takicardie pour retrouver la jeune blonde, aidée par un étrange oiseau bavard.

affLes références abondent, et les films qui ont suivi ont amplement fait référence à cet opus. Les studios Ghibli ont d’ailleurs produit en 2008 une exposition au titre transparent : «Grimault-Takahata-Miyazaki». Cependant, le film se suffit à lui-même, ne serait-ce que par le choix étrange d’associer personnages aux traits appuyés, entre manga et Disney, et un environnement visuel minimaliste, réaliste, froid.

Seul bémol du projet, la sortie du film n’a pas fait l’objet d’une nouvelle restauration. Il s’agit donc de la même qualité d’image que pour celle du DVD. Depuis 2003, des techniques de restauration et de diffusion en haute définition n’ont cessé de s’améliorer, notamment avec les projecteurs numériques 4K. Le Roi et l’Oiseau aurait pu à juste titre bénéficier de la même cure de jouvence, quitte à demander de l’aide à ses fans comme l’a fait Les Demoiselles de Rochefort. Affaire à suivre donc, et à voir avant la prochaine fois, car une fois de plus, ce film démontre sa capacité à se moquer du temps.

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Crédits photos : Sophie Dulac Distribution