EXPO Niki de Saint-Phalle au Grand-Palais : Une nana en or

EXPO Niki de Saint-Phalle au Grand-Palais : Une nana en or

Sur la fontaine de l’entrée habituellement d’un style Beaux-Arts (comme le reste du Grand Palais) trône une magnifique sculpture colorée et ludique : L’arbre-serpents d’une certaine Catherine Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle, ou Niki. Coup d’oeil sur l’expo de la rentrée.

Une femme-artiste, dans tous les sens du terme. Engagée, révoltée, médiatisée… Aujourd’hui encore, Niki de Saint-Phalle est populaire. Pourtant, son message s’est beaucoup atténué. La première salle de l’exposition témoigne donc pour celle qui n’avait a priori rien à faire avec les arts. Fille de banquier de la haute société, Niki a suivi le chemin d’une nantie : mariage arrangé très jeune, mannequin pour quelques couvertures, femme au foyer. Deux événements semblent coïncider avec son inspiration : une violente dépression nerveuse, et la découverte du travail de Gaùdi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERADès son balbutiement d’artiste, Niki aborde ses thématiques de prédilection : l’euphorie colorée et la joie associées à un radicalisme idéologique et féministe. Elle ne se gêne pas d’ailleurs lorsqu’il s’agit de tacler les riches et les bien-pensants.

«C’est un malheur, mais la majorité des Français qui ont du fric vivent dans le passé. »

L’exposition retrace ensuite la folle histoire de Hon (en suédois ‘Elle’), une installation installée à peine trois mois au musée d’art moderne de Stockholm en 1966. Cette installation était le ventre d’une femme, dans laquelle on pénétrait par l’entre-jambe, et qui proposait différentes animations et mécanismes. Hasard sociologique, la natalité à Stockholm a augmenté l’année d’après…

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa salle qui suit est le point d’orgue de l’exposition, où les immenses nanas flottent, tournent, ou tout simplement nous toisent. On y découvre les dessins de Niki, sous la forme de nombreux pictogrammes insérés dans ses correspondances (les prémisses du clavier Emoji ?). Au-delà de leur créativité, il s’agit aussi des premières évocations du SIDA, ou des premières réflexions sur la gestion de la libido dans un couple.

«Vous considérez que les femmes devraient peindre des bouquets de fleurs ? Moi j’préfère faire des accouchements, parce que c’est mon problème, les bouquets de fleurs, ça ne l’est pas.»

Une partie moins connue de son oeuvre exposée ici aborde son histoire personnelle, notamment le viol de son père. La statue La promenade du dimanche est peut-être le témoin le plus marquant : un couple de vieux ratatinés dont l’homme possède une excroissance en forme d’araignée monstrueuse. Fait étrange : ce traumatisme a été relaté dans 3 livres écrits par l’artiste, qui se trouvent être en vente à la boutique de produits dérivés à la sortie de l’exposition.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEnfin, un fait pas si étrange que ça puisque, comme tout artiste de son temps, Niki de Saint-Phalle était bien consciente de son potentiel commercial. Son jardin des Tarots a d’ailleurs été financé en grande partie par la vente des produits dérivés et parfums. Niki a donc transformé son art en démultiplicateur d’art. D’où ses sessions de tirs très médiatisés qui ont perdu en matière de provocation ou de chamanisme. Entre deux tableaux, une chemise criblée de fléchettes appartenait en fait à un ancien amour.

Image de prévisualisation YouTube

La dernière salle, consacrée aux installations publiques, est assez frustrante. Les vidéos donnent envie de parcourir le monde entier à la recherche de ces aires de jeux, maisons ou fontaines. Et les quelques maquettes ne font qu’accentuer cette envie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJoyeuse et décomplexée, cette rétrospective révèle une personnalité entière, une femme vraiment touchante et inspirée, puisqu’autodidacte. Comptez un peu moins de 2h pour venir à bout de toutes les installations, mais pour un dépaysement total, n’oubliez pas d’aller voir la fontaine Stravinsky… à côté du centre Pompidou.

Crédits photos : Sébastien Dalloni avec l’aimable autorisation du Grand Palais

Site officiel de l’exposition ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *