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CINEMA : «Le Roi et l’Oiseau», le retour d’un chef-d’œuvre

Plus de trente ans après sa sortie, le projet de Paul Grimault et Jacques Prévert est à nouveau en salles obscures. Longtemps rejeté et raillé, aujourd’hui considéré comme culte, essayons l’autopsie d’un incontournable.

le_roi_et_l_oiseau_photo_3©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_S’il existait un mode d’emploi pour créer un film parfait, Le Roi et l’Oiseau ne serait guère un modèle. La version du conte d’Andersen par le poète et le dessinateur a subi de nombreuses modifications et dépourvues. Petite chronologie orientée sur la genèse de cet opus.

1947 : Paul Grimault, Jacques Prévert et le musicien Joseph Kosma entament leur première collaboration avec le court-métrage Le Petit Soldat, inspiré du Soldat de Plomb d’Andersen. Présenté aux festivals de Venise en 1948, ainsi qu’à Rio de Janeiro et Prague en 1950, il y remporte à chaque fois un prix. Forts de ce succès, les trois artistes voient plus grand : un long métrage.

1953 : Sortie au cinéma de La Bergère et le Ramoneur, projet de Grimault, Prévert modifié et atténué par les producteurs de l’époque. Les deux hommes rejettent tout lien avec cette œuvre.

le_roi_et_l_oiseau_photo_1_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_1979 : Après des années de bataille pour récupérer les bobines du film de 1953, Paul Grimault et Jacques Prévert, à l’époque très souffrant, réalisent le film correspondant à leurs attentes. Wojciech Kilar, compositeur Polonais, ajoute les musiques manquant à la précédente version mise en musique par Kosma. Le premier long métrage d’animation réalisé en France remporte le prix Louis-Delluc avant sa sortie en salles l’année suivante sous un nouveau titre pour éviter toute confusion : Le Roi et l’Oiseau.

2001 : Le film fait l’objet d’une restauration photochimique et numérique jusqu’à juillet 2003, pour une sortie en salles et en DVD la même année.

le_roi_et_l_oiseau_photo_2_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_Soixante années sépare 2013 de la première version édulcorée du Roi et de l’Oiseau, qui hante encore et toujours nos mémoires et nos écrans. D’un format plus petit que le 4:3, et sans prises de vues réelles, le film de Grimault a eu une influence considérable sur l’appréciation du dessin animé dans le paysage cinématographique.

Novateur pour l’époque, encore plein de mystères aujourd’hui, il conte la fuite de deux figures de peintures murales : un ramoneur et une bergère. Follement amoureux, le roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize ira jusqu’à détruire la ville basse de son royaume de Takicardie pour retrouver la jeune blonde, aidée par un étrange oiseau bavard.

affLes références abondent, et les films qui ont suivi ont amplement fait référence à cet opus. Les studios Ghibli ont d’ailleurs produit en 2008 une exposition au titre transparent : «Grimault-Takahata-Miyazaki». Cependant, le film se suffit à lui-même, ne serait-ce que par le choix étrange d’associer personnages aux traits appuyés, entre manga et Disney, et un environnement visuel minimaliste, réaliste, froid.

Seul bémol du projet, la sortie du film n’a pas fait l’objet d’une nouvelle restauration. Il s’agit donc de la même qualité d’image que pour celle du DVD. Depuis 2003, des techniques de restauration et de diffusion en haute définition n’ont cessé de s’améliorer, notamment avec les projecteurs numériques 4K. Le Roi et l’Oiseau aurait pu à juste titre bénéficier de la même cure de jouvence, quitte à demander de l’aide à ses fans comme l’a fait Les Demoiselles de Rochefort. Affaire à suivre donc, et à voir avant la prochaine fois, car une fois de plus, ce film démontre sa capacité à se moquer du temps.

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Crédits photos : Sophie Dulac Distribution

Unchained Django : Bloody western

Words: Sebastien Dalloni

Director: Quentin Tarantino
Cast : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo Dicaprio, Samuel L. Jackson
Running time: 165 mins
Certificate: 15

20366454Tarantino is back again with, as usual, a symphony of aesthetically bloody fight scenes, an orgy of funk soundtrack, and a gifted sense for punchy dialogues. After giving his own version of WWII with Inglorious Basterds in 2009, he has now chosen to interpret the Afro-American history, in his own typically unusual way, through the eyes of a black slave with a thirst for revenge.

In 1858, black slave Django (Jamie Foxx) meets the head-hunter Dr King Shultz (Christoph Waltz), who frees him from the shackles of slavery, in exchange for his partnership. He longs, though, to find and win back his wife, Broomhilda von Shaft (Kerry Washington). Her ‘owner’ is Calvin Candie (Leonardo Dicaprio), brutal master of the Candyland plantation in Mississippi.

django-unchained-critique-L-MEigCqWhat a joy it was to rediscover, in this film, all that we have found so exciting in Tarantino’s previous films! His reputation allows him to now stretch every single scene, with some of the most absurd lines ever, for our viewing pleasure. All of his actors seem to enjoy playing dirty evil parts, and Dicaprio for one, has never looked so hilarious, after spending years taking the role of the ‘good guy’. Christoph Waltz is definitely the star of the film, delivering a performance with subtle comedy, as an aristocratic head-hunter.

Beyond any cathartic issue, Django Unchained presents features of an outdated film genre. In fact, this film is a remake of classic Spaghetti Western movie, Django, released in 1966 and directed by Sergio Corbucci. The aim of the spaghetti at that time was only to have an excuse to shoot violence. The purpose has now changed to an extent, and the director does not hesitate to stress the undertones of Afro-American history, adding lots of N-words in the dialogues. He tried, though, to show the absurdity of the black issue with Stephen, the senior house slave played by Samuel L. Jackson, who is, ironically, the most racist character of the film.

As ever, Tarantino plays with the genres and is now making references to his own filmography, with Jamie Foxx’s silence mimicking that of Uma Thurman in Kill Bill. No surprises there then, from the director who has often appeared in his own films. And so, Django Unchained is at least a good way to use theatres for their Americanised purpose: having fun while eating popcorn, and of course, knowing that after all, this is just a bloody illusion.

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Rédigé pour SHU Life Magazine avec l’aide d’Erika Harris.

On the road : Les bobos d’Amérique

Cinéaste du voyage, Walter Salles a concocté une sage adaptation de Kerouac, accompagné de deux acteurs ex-héros de teen-movies : Kristen Stewart (Twilight) et Garret Hedlund (Tron: Legacy). Berline sexy et racée ou vieux capot capricieux ? Gare aux dérapages.

routeSal Paradise ne veut plus de sa vie. Le groupe de jeunes artistes new-yorkais dont il fait partie ne l’attire plus. Il pense avoir perdu le goût de vivre, et surtout l’inspiration depuis la mort de son père, jusqu’à ce que son quotidien douillet soit bouleversé par l’arrivée en ville de Dean Moriarty, homme aux mille talents, et de sa sulfureuse compagne, Marylou. Intenable, le couple emmène l’écrivain sur la route, qui va progressivement se transformer en muse.

route2Ça devrait sentir bon les paysages désertiques de la route 66 et le jazz fiévreux des années de libération sexuelle. Tout est là, comme un carnet de route poussiéreux de Kerouac lui-même. Le tout-Hollywood a été convié à l’adaptation : Viggo Mortensen (Le Seigneur des anneaux) se cache dans le rôle d’un mystérieux Old Bull Lee, Kirsten Dunst (Spiderman) se ternit dans le rôle d’une Camille sérieuse et studieuse. Car il s’agit de la véritable lecture de Walter Salles : être dans la norme, c’est passé. Il suit donc une jeunesse de tous les excès, qu’ils soient sexuels, médicamenteux ou tout simplement de vitesse, et qui se confronte à la société de la norme. En conséquence, la fièvre sexuelle dont font preuve Moriarty et Marylou trouve un écho dans la soif de voyages de Paradise.

route3De tous ces paysages, un seul obsède l’auteur : Dean Moriarty. Il est tout le film, à la fois le modèle à suivre et l’électron libre à fuir. Il volerait presque la vedette à cette fameuse route, qui trimballe le héros-narrateur entre la chaleur étouffante du Mexique et les forêts enneigées de Denver. On pourrait juste regretter l’académisme de l’adaptation, qui ne retransmettrait pas tout à fait la véritable fièvre des années 1950, et la violence de ses rapports. Les personnages tentent de le changer en vain, Moriarty reste un supertramp, le premier vagabond des temps modernes, ou bobo. Un bobo aux pupilles dilatées.

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-Sur la route (On the Road), Walter Salles, 2012

-À voir : Exposition «Sur la route de Jack Kerouac : l’épopée de l’écrit à l’écran», du 16 mai au 19 août au musée des lettres et manuscrits (Paris 7e)

Crédits photos : MK2 Diffusion