Archives pour la catégorie Critiques

Mobile Film Festival 2013 : Bref, mon smartphone fait son cinéma

Vous avez un téléphone, vous aimez le cinéma ? Ça tombe bien, BNP Paribas organise la huitième édition de concours de très courts métrages.

Mobile Film Festival 2013 : Bref, mon smartphone fait son cinéma

Il suffit d’1 minute pour devenir un réalisateur grâce au Film Mobile Festival. Seuls les films tournés avec des smartphones et dont la durée n’excède pas soixante secondes sont concernés.

Les candidatures sont recevables jusqu’au 5 janvier 2013 à cette adresse. Passé ce délai, une première sélection des internautes sera soumise au jury, composé cette année de Gad Elmaleh, Kyan Khojandi et des auteurs de la série Bref.

À la clé de ce concours, le lauréat se verra attribuer une bourse 15 000€ pour la réalisation de son premier véritable court-métrage, avec le soutien d’un producteur professionnel. Il y a également d’autres prix (scénario, interprétation des acteurs…) dont celui du public, qui peut attribuer jusqu’à 2 000€ en crowd-funding au réalisateur.

Pour vous inspirer, le site du Mobile Film Festival regorge de vidéos des gagnants des précédentes sélections, dont le dernier en date, le déjanté De Palier (Benjamin Busnel).

À voir aussi, des conseils et astuces de tournage «professionnel» avec un iPhone par la BBC. À vos téléphones !

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Crédit photo : Mobile Film Festival

Publié sur Radio VL.

Skyfall : Pourquoi le dernier James Bond n’est pas un film d’auteur

L’agent secret au service de sa majesté fête ses cinquante ans au cinéma. Contre toute attente, Sam Mendes, réalisateur à succès de films personnels (American Beauty, 1999), supervise ce 23ème opus.

007 doit sa longévité à quelques changements : sa transformation huée sous les traits de Daniel Craig a choqué autant qu’elle a séduit le public du reboot de Casino Royale (2006).  Avec l’arrivée de Mendes aux commandes, on aurait pu s’attendre à de grands changements de la légende. Peut-on parler pour autant d’un Bond-film d’auteur?

Au premier plan, une silhouette floue apparaît au fond d’un couloir éclairé. À mesure que l’homme s’approche, son pistolet en garde, ses yeux puis son corps tout entier nous permettent de l’identifier comme l’agent au smoking, avant qu’il s’engage dans une course-poursuite haletante.

Suite à une bavure du MI6, un disque dur contenant toutes les données confidentielles des agents secrets britanniques est tombé entre de mauvaises mains. Bond, en mission pour récupérer cet objet, se fait tirer dessus par sa coéquipière, et tombe inanimé dans l’eau. Au QG de Londres, M (Judi Dench) subit les attaques virales et terroristes du méchant (excellent Javier Bardem), qui lui voue une mystérieuse haine personnelle.

L’attente était palpable. Le public, impatient, a été préparé depuis la cérémonie des JO de Londres en Juillet dernier, et a subi un tapage médiatique sans précédent (entre Sony, Coca-Cola, Omega et Heineken, 007 est partout).

Sam Mendes l’a admis, il est un grand fan de James Bond. Plus précisément de la période des belles voitures pas trop discrètes, des accessoires tape-à-l’oeil pas trop technologiques, et des filles faciles pas trop innocentes. Mais il est également adepte des intrigues psychologisantes (Les Noces Rebelles (2008), pour n’en citer qu’un). James Bond n’a pas échappé à ce traitement : tué avant même le générique d’ouverture, l’agent entame une descente dans les ténèbres qui l’emmène jusqu’aux terres de son enfance, et interroge son rapport avec M, qui éclipse toutes les autres James Bond girls.

Peut-on cependant parler de film d’auteur ? En comparaison avec la trilogie Batman de Christopher Nolan ou le reboot de Spider-Man de Marc Webb sorti cet été, les deux «nouveaux» thèmes sont semblables : le rapport à l’enfance meurtrie et la peur d’un monde technologique en constant changement. De plus, Mendes ne déroge pas aux règles de la franchise : scènes d’action rythmées, humour britannique (qui avait manqué à Quantum of Solace en 2008), explosions en tout genre et le fameux gun-barrel (dont les enjeux sont très bien expliqués par la rédaction du Monde ici).

Mendes ne s’est donc permis de personnel que la séquence finale, dont la haute teneur symbolique est ridiculisée par Silva (Javier Bardem, méchant à humour grinçant aussi jubilatoire que dans No Country for Old Men (2007) des frères Coen). Irradié par les flammes de la demeure Bond, comme une référence à sa scène apocalyptique de Jarhead (2005), 007 tire un trait sur son passé et tire sans ciller sur ce qui est une parenthèse-hommage à lui-même. Un très bon reboot de blockbuster, donc.

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Crédit photo : Sony Pictures

Publié sur Radio VL.

On the road : Les bobos d’Amérique

Cinéaste du voyage, Walter Salles a concocté une sage adaptation de Kerouac, accompagné de deux acteurs ex-héros de teen-movies : Kristen Stewart (Twilight) et Garret Hedlund (Tron: Legacy). Berline sexy et racée ou vieux capot capricieux ? Gare aux dérapages.

routeSal Paradise ne veut plus de sa vie. Le groupe de jeunes artistes new-yorkais dont il fait partie ne l’attire plus. Il pense avoir perdu le goût de vivre, et surtout l’inspiration depuis la mort de son père, jusqu’à ce que son quotidien douillet soit bouleversé par l’arrivée en ville de Dean Moriarty, homme aux mille talents, et de sa sulfureuse compagne, Marylou. Intenable, le couple emmène l’écrivain sur la route, qui va progressivement se transformer en muse.

route2Ça devrait sentir bon les paysages désertiques de la route 66 et le jazz fiévreux des années de libération sexuelle. Tout est là, comme un carnet de route poussiéreux de Kerouac lui-même. Le tout-Hollywood a été convié à l’adaptation : Viggo Mortensen (Le Seigneur des anneaux) se cache dans le rôle d’un mystérieux Old Bull Lee, Kirsten Dunst (Spiderman) se ternit dans le rôle d’une Camille sérieuse et studieuse. Car il s’agit de la véritable lecture de Walter Salles : être dans la norme, c’est passé. Il suit donc une jeunesse de tous les excès, qu’ils soient sexuels, médicamenteux ou tout simplement de vitesse, et qui se confronte à la société de la norme. En conséquence, la fièvre sexuelle dont font preuve Moriarty et Marylou trouve un écho dans la soif de voyages de Paradise.

route3De tous ces paysages, un seul obsède l’auteur : Dean Moriarty. Il est tout le film, à la fois le modèle à suivre et l’électron libre à fuir. Il volerait presque la vedette à cette fameuse route, qui trimballe le héros-narrateur entre la chaleur étouffante du Mexique et les forêts enneigées de Denver. On pourrait juste regretter l’académisme de l’adaptation, qui ne retransmettrait pas tout à fait la véritable fièvre des années 1950, et la violence de ses rapports. Les personnages tentent de le changer en vain, Moriarty reste un supertramp, le premier vagabond des temps modernes, ou bobo. Un bobo aux pupilles dilatées.

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-Sur la route (On the Road), Walter Salles, 2012

-À voir : Exposition «Sur la route de Jack Kerouac : l’épopée de l’écrit à l’écran», du 16 mai au 19 août au musée des lettres et manuscrits (Paris 7e)

Crédits photos : MK2 Diffusion