Archives pour la catégorie Radio VL

EXPO Niki de Saint-Phalle au Grand-Palais : Une nana en or

Sur la fontaine de l’entrée habituellement d’un style Beaux-Arts (comme le reste du Grand Palais) trône une magnifique sculpture colorée et ludique : L’arbre-serpents d’une certaine Catherine Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle, ou Niki. Coup d’oeil sur l’expo de la rentrée.

Une femme-artiste, dans tous les sens du terme. Engagée, révoltée, médiatisée… Aujourd’hui encore, Niki de Saint-Phalle est populaire. Pourtant, son message s’est beaucoup atténué. La première salle de l’exposition témoigne donc pour celle qui n’avait a priori rien à faire avec les arts. Fille de banquier de la haute société, Niki a suivi le chemin d’une nantie : mariage arrangé très jeune, mannequin pour quelques couvertures, femme au foyer. Deux événements semblent coïncider avec son inspiration : une violente dépression nerveuse, et la découverte du travail de Gaùdi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERADès son balbutiement d’artiste, Niki aborde ses thématiques de prédilection : l’euphorie colorée et la joie associées à un radicalisme idéologique et féministe. Elle ne se gêne pas d’ailleurs lorsqu’il s’agit de tacler les riches et les bien-pensants.

«C’est un malheur, mais la majorité des Français qui ont du fric vivent dans le passé. »

L’exposition retrace ensuite la folle histoire de Hon (en suédois ‘Elle’), une installation installée à peine trois mois au musée d’art moderne de Stockholm en 1966. Cette installation était le ventre d’une femme, dans laquelle on pénétrait par l’entre-jambe, et qui proposait différentes animations et mécanismes. Hasard sociologique, la natalité à Stockholm a augmenté l’année d’après…

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa salle qui suit est le point d’orgue de l’exposition, où les immenses nanas flottent, tournent, ou tout simplement nous toisent. On y découvre les dessins de Niki, sous la forme de nombreux pictogrammes insérés dans ses correspondances (les prémisses du clavier Emoji ?). Au-delà de leur créativité, il s’agit aussi des premières évocations du SIDA, ou des premières réflexions sur la gestion de la libido dans un couple.

«Vous considérez que les femmes devraient peindre des bouquets de fleurs ? Moi j’préfère faire des accouchements, parce que c’est mon problème, les bouquets de fleurs, ça ne l’est pas.»

Une partie moins connue de son oeuvre exposée ici aborde son histoire personnelle, notamment le viol de son père. La statue La promenade du dimanche est peut-être le témoin le plus marquant : un couple de vieux ratatinés dont l’homme possède une excroissance en forme d’araignée monstrueuse. Fait étrange : ce traumatisme a été relaté dans 3 livres écrits par l’artiste, qui se trouvent être en vente à la boutique de produits dérivés à la sortie de l’exposition.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEnfin, un fait pas si étrange que ça puisque, comme tout artiste de son temps, Niki de Saint-Phalle était bien consciente de son potentiel commercial. Son jardin des Tarots a d’ailleurs été financé en grande partie par la vente des produits dérivés et parfums. Niki a donc transformé son art en démultiplicateur d’art. D’où ses sessions de tirs très médiatisés qui ont perdu en matière de provocation ou de chamanisme. Entre deux tableaux, une chemise criblée de fléchettes appartenait en fait à un ancien amour.

Image de prévisualisation YouTube

La dernière salle, consacrée aux installations publiques, est assez frustrante. Les vidéos donnent envie de parcourir le monde entier à la recherche de ces aires de jeux, maisons ou fontaines. Et les quelques maquettes ne font qu’accentuer cette envie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJoyeuse et décomplexée, cette rétrospective révèle une personnalité entière, une femme vraiment touchante et inspirée, puisqu’autodidacte. Comptez un peu moins de 2h pour venir à bout de toutes les installations, mais pour un dépaysement total, n’oubliez pas d’aller voir la fontaine Stravinsky… à côté du centre Pompidou.

Crédits photos : Sébastien Dalloni avec l’aimable autorisation du Grand Palais

Site officiel de l’exposition ici.

EXPO : PIXAR, 25 ans d’animation au musée Art Ludique

Pour son ouverture au grand public, des locaux flambants neufs accueillent une exposition concoctée par l’entreprise qui a révolutionné l’entertainment par ordinateur, mais ici, les machines sont au second plan. Osé.

Sully et Bob (Monstres Academy)16 Novembre : L’accueil est encore calme : deux assistantes déballent un grand rouleau de papier cadeau avant de le hisser sur un plan de travail réduit. Pendant qu’on raye mon nom de la liste, je perçois une très légère odeur de peinture fraîche. Le vestiaire ? Un petit placard derrière la caisse. Le calme avant la tempête…

Armé de mon mini flyer de présentation et d’un appareil photo, je m’arrête sur une citation, placardée sur un des murs : « Donner vie à un personnage est à la fois une source d’inspiration et de stimulation. L’animation, ce n’est pas seulement un moyen de mouvoir un personnage, mais d’émouvoir le public. » Catherine Hicks… Qui est donc Catherine Hicks ? Si l’introduction de l’exposition nous montrait la fameuse lampe croquée par John Lasseter en 1986, il devient difficile de trouver une quelconque hiérarchie entre les autres noms égrénés au fil du parcours.

Les 25 ans de Pixar se concentrent sur les images et les croquis, affichés comme des œuvres d’art. Il peut s’agir de dessins préparatoires, qui sont parfois éloignés des designs choisis, de vignettes simples destinées à la construction des story-boards , ou bien de statuettes en résine, celles qui sont scannées pour être ensuite animées. En guise d’explication des rôles en animation, une tablette tactile contenant de nombreuses interviews tente de combler ce vide. Par contre, rien n’est dit sur le processus de fabrication du film, ou bien le fonctionnement des croquis par rapport aux statuettes (qui sont parfois attribuées à des artistes variés). Le mystère de fabrication des films Pixar reste entier, même après la visite.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« C’est un fonctionnement d’atelier de la Renaissance ! » argue Renaud Hamard, attaché-presse de l’exposition : « A l’époque, l’atelier d’un peintre contenait de nombreux apprentis, à tel point qu’il devient difficile d’établir certaines toiles comme étant de la main d’un maître, ou d’un de ses disciple. Ce qu’on oublie souvent en regardant un film Pixar, ce sont les tonnes et les tonnes de dessins qui ont été réalisés au préalable, et par de véritables artistes. »

Les stars sont donc les dessinateurs. Et le concept a bien vécu : en décembre 2005, le MoMA de NYC inaugura, pour les 20 ans de l’entreprise, l’embryon de cette exposition. Les nouveautés, ajoutées en 2011, sont des installations assez hallucinantes. Le premier est un zootrope de Toy Story (vidéo en fin d’article). On apprend cependant que l’installation est directement inspirée de celle du musée Ghibli à Tokyo. La seconde, Artscape, est une exploration des dessins présentés, et animés sur un écran immense, afin de donner l’illusion de l’animation.

Même si les images sont magnifiques, il subsiste une légère déception. De par son nom, le musée Art Ludique propose une exposition relativement conventionnelle, là où Pixar a souvent proposé des concepts novateurs. De plus, le travail sur les courts métrages, marque de fabrique des studios à la créativité débordante, est à peine souligné. « Je ne sais pas si vous l’avez vu », continue M. Hamard, « mais il y a un dessin que j’affectionne particulièrement dans cette expo, c’est un croquis au fusain d’un sous-marin pour Nemo, qui est d’une précision, d’une finesse remarquable, alors que la séquence dure une demi-minute ! »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPourquoi donc ne dure-t-il qu’une demi-minute ? Quel rôle joue ce croquis dans la décision finale de la séquence ? Autant de questions qui resteront sans réponse, maintenant que l’entreprise s’est institutionnalisée et mise au musée. Il manque soit un documentaire du type Waking Sleeping Beauty, soit une animation entre le Chat-Bus du musée Ghibli et une attraction Disney pour que le dépaysement soit total. Au final, de belles images avec effet fouillis et fond de tiroir dans un musée au concept prometteur, mais encore tâtonnant, et à la note salée.

On nous promet que le « Ludique » du terme du musée se rapporte plus à l’univers graphique des jeux vidéos. Après l’exposition Pixar, une collection permanente devrait prendre le relai avec des cycles éphémères sur les arts du jeu donc, mais pas forcément joueur avec le public ? À suivre.

Image de prévisualisation YouTube

Jusqu’au 2 Mars 2014 au musée Art Ludique, 34, quai d’Austerlitz, 75013 Paris. Entrée 14€, 11€ tarif réduit, 8,5€ tarif enfant, ouvert du lundi au vendredi de 11h à 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h), samedi et dimanche de 10h à 20h.

Crédits photos : Sébastien Dalloni, avec l’aimable autorisation du Musée Art Ludique.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»

En cette période de vacances scolaires, le cinéma est à l’honneur, notamment avec la déferlante Gravity et la sortie de Thor 2 demain. N’oublions pas tout de même que cette semaine, le film du mois à ne pas manquer sous aucun prétexte est Snowpiercer de Bong Joon-Ho. La preuve par 10.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»10. PARCE QUE BONG JOON-HU

Ce nom ne résonne peut-être pas dans vos oreilles, mais Bong Joon-Ho est considéré comme un réalisateur Coréen influent. Son style se définit par une recherche esthétique très appuyée, mais également par des sursauts comiques dans tous ses films. Dans The Host (2006), qui est un film d’horreur traitant de l’invasion d’un monstre, le film est traité à travers la réaction d’une famille lorsque la benjamine est enlevée. Les changements de registres à l’intérieur de ce film sont très nombreux, notamment dans la scène d’apparition du monstre. Dans Snowpiercer, il utilise ces deux atouts pour les appliquer à cette histoire de révolte à l’intérieur du train de la fin du monde, dont les passages comiques ne manquent pas, sans entacher l’évolution.

9. PARCE QUE LE TRANSPERCENEIGE EST UNE BANDE-DESSINÉE FRANÇAISE

La légende raconte que Bong Joon-Ho est tombé sur cette BD par hasard dans une boutique spécialisée dans le SF, avant même de réaliser The Host. Comme tout projet cinématographique, l’entreprise a été longue et semée d’embûches. Mais l’association internationale a permis d’élargir le casting à différentes nationalités. Lors de l’avant-première de l’Étrange Festival, Jean-Marc Rochette, le créateur de la BD avait encore du mal à réaliser ce qu’avait produit cette BD créée à son petit bureau il y a trente ans. Le Transperceneige a été publié dans la revue (À Suivre) entre 1982 et 1983. Le scénario de Jacques Lob et les images de Jean-Marc Rochette a été récompensé en 1985 par un prix au festival d’Angoulême et une publication chez Casterman. Deux suites ont même été créées : L’Arpenteur (1999) et La Traversée (2000), sur un scénario de Benjamin Legrand en remplacement de Lob décédé.

8. PARCE QUE C’EST UN FILM DE TRAIN

Les films qui parlent d’un train existent et sont déjà très nombreux. La nouveauté réside dans son format : du fait qu’il s’agit d’une révolution, nous suivons le parcours des passagers du fond et leur évolution au wagon suivant. Le format du train donne ainsi le format au film, qui est un enchaînement jusqu’à la locomotive. La forme du film a ainsi la forme du transport. Qui plus est, la réalisation est assez rythmée pour donner du souffle à cette évolution linéaire du récit, car les personnages n’évoluent pas de la même manière. La maestra du film tient aussi dans ce non recours, aussi bien au retour en arrière qu’à l’histoire en-dehors du train.

7. PARCE QUE L’UNIVERS VISUEL EST MAGNIFIQUE

Et pourtant, on pensait en avoir soupé des films post-apocalyptiques sombres qui racontent la survie d’un groupuscule face à un envahisseur totalitaire. Bong Joon-Ho s’appuie sur la comparaison facile entre les passagers de troisième et de première classe pour donner des univers visuels complètement différents d’un wagon à l’autre. Ici une sombre morgue aux coffres luisants, là un aquarium chamarré. Le plus beau reste encore ces plans sur les étendues de neige qui entourent le train à perte de vue.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»6. PARCE QUE LE CASTING EST INTERNATIONAL ET DE QUALITÉ

Nous l’avons déjà cité plus haut, mais le casting international est également un casting d’acteurs célèbres sans être des stars qui cacheraient le train. On retrouve quand même Jamie Bell (Billy Elliot), Octavia Spencer (La Couleur des sentiments), James Hurt (Elephant Man) et Tilda Swinton (We Need to talk about Kevin). Si nous n’avions aucun doute sur la qualité de leurs jeux, ils permettent au rôle principal habitué aux grosses productions de s’élever.

5. PARCE QUE JUSQU’ICI C’EST LE MEILLEUR RÔLE DE CHRIS EVANS

On le connaît plus pour Captain America, un rôle à l’envergure assez réduite, mais qui a permis de le faire entrer dans la série Avengers. Le deuxième opus des aventures de son personnage est d’ailleurs en post-production. Entre ce rôle et celui de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques, la musculature d’Evans a plus été mise à contribution que son panel de jeu dans sa carrière. Et pourtant, dans Snowpiercer, Evans est brun, garde ses vêtements, mais il s’en sort. N’en déplaise au producteurs de la franchise Marvel.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»4. PARCE QU’IL ÉVOQUE DES THÈMES INTENSES SANS ÊTRE EXPLICITES

Marre des nanars sanglants avec grand renfort d’hémoglobine ou de plans sur découpes réelles de membres ? Ici, certes, le sujet implique des combats. Et pourtant, les scènes sont filmées avec assez de subtilité pour suggérer les coups sans tomber dans l’effusion de sang. En s’inspirant des chorégraphies de combats des films asiatiques, le film propose également des gestes simplifiés, qui permettent de comprendre l’évolution du combat sans user de ralentis appuyés. Le train lui-même donne ses contraintes à la confrontation : lorsqu’il traverse un long tunnel, il oblige les rebelles à se battre à l’aveugle contre les militaires et leurs lunettes à infrarouges.

3. PARCE QU’IL EST PORTEUR D’UN MESSAGE FAUSSEMENT SIMPLISTE

Les gros mots pourraient fuser facilement : lutte des classes, vision contestataire de l’ordre établi, corruption de l’élite gouvernante… Oui, Le Transperceneige aborde ces sujets. Pourtant, le message final qui s’en dégage n’est pas forcément totalement engagé dans ce sens. Plus que de donner des réponses arrêtées, ce film met en perspective deux visions du monde et les interrogent. Sommes-nous voués à survivre ou à vivre ensemble ? En nous montrant la voie sans la prendre pour nous, Snowpiercer donne une profondeur inattendue au film d’action.

2. PARCE QUE LA 3D AURAIT ÉTÉ DE TROP

C’est bien rare de penser ainsi ? Pas tant que ça. La 3D a été utilisée ces-derniers temps avec seulement pour effet… la profondeur. Avec des lunettes lourdes, embuées, qui ne fonctionnent pas tout le temps, on s’en passerait bien. Snowpiercer n’est pas en 3D, tant mieux, car s’il l’avait été, elle n’aurait pas été mise à contribution comme elle l’est dans Gravity.

1. PARCE QUE LA BANDE-ANNONCE DONNERAIT PRESQUE ENVIE DE LE REVOIR

Image de prévisualisation YouTube

Crédits photos : Wildside

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai-faux blockbuster ?

Suite des aventures de Katniss et Peeta, pour lesquelles la machine commerciale hollywoodienne a été mise en branle. Le tout pour un message plutôt… anti-capitaliste.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?Autre cas de succès de librairie qui passe à l’écran, Hunger Games tente de s’imposer comme franchise cinématographique. Au risque d’être très (voire trop) fidèle, et afin de se réserver pour les suites à venir (sans surprise, le troisième volet sortira en deux parties en 2014 et 2015), ce deuxième épisode s’appuie un peu trop sur l’originalité du premier avant de décoller aux 3/4 du film. Et contre toute attente, son discours sur la société de consommation est assez engagé.

Conformément à la tradition, Katniss et Peeta, les vainqueurs des 74ème Hunger Games ou Jeux de l’Expiation, se soumettent à une tournée de gala dans les 12 districts de Panem, et feignent de s’aimer. Katniss tait ainsi sa relation avec Gale à contre-cœur. Où qu’ils passent, le peuple les associe à un espoir révolutionnaire, ce qui accentue la répression de la milice. Pour calmer ces émeutes, le président de Panem annonce une édition spéciale des Jeux réservée aux anciens vainqueurs, dans l’espoir de se débarrasser de ‘la fille en feu’.

Bien peu d’éléments ont changé entre les deux épisodes : mêmes acteurs, mêmes styles vestimentaires, même triangle amoureux. Mais ce n’est plus Gary Ross, le réalisateur à l’origine de l’univers en noir et blanc et en couleurs de Pleasantville (1998), mais Francis Lawrence qui est aux commandes de cet opus. Il a réalisé entre autres le clip Bad Romance de Lady Gaga (2009), qui fait partie des 10 vidéos les plus vues sur YouTube. Là où Ross avait préféré donner une couleur ambrée à sa photographie, l’Embrasement de Lawrence est plus bleuté et froid, plus conventionnel. Cet écho Twilightesque enlève un peu à l’intérêt de l’opposition entre monde rural et la Capitale qui fonctionnait dans le premier opus. Ici, on suppose qu’il fallait accentuer les styles néo-baroques des nantis face aux haillons des pauvres districts. Le choix n’est pas révolutionnaire, en soi.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?La lumière du film est cependant faite sur l’actrice qui incarne Katniss Everdeen à l’écran, et qui emprunte son nom de famille au réalisateur (mais avec aucun lien de parenté) : Jennifer Lawrence. En effet, depuis son oscarisation pour Happiness Therapy (2012), la jeune héroïne envahit totalement l’écran, quitte à l’occuper un peu trop. Dans le premier épisode, la dureté de Katniss était moins dissonante, car elle contre-balançait avec une certaine diplomatie maladroite de Peeta (Josh Hutcherson). L’héroïsme de la grande brune face au petit blond s’exprimait alors par un mutisme singulier (celui-là même qui lui a permis de décrocher l’Oscar face à Bradley Cooper, blond lui aussi). Ici, la jeune continue de se morfondre, tout en se trouvant un don pour la comédie et l’anticonformisme. L’auto-caricature n’est pas loin.

Et pourtant, quand on pense savoir d’avance l’issue de ce 75ème Jeu d’Expiation, on y découvre non plus une lutte animale, mais des alliances, des stratagèmes, entre coups de bluff et lutte contre un système qui rappelle étrangement Hollywood. Plus précisément ses méthodes de sélection et de rentabilité. La fidélité au texte (l’adaptation en scénario a été assurée par l’auteur Suzanne Collins elle-même) aura au moins l’intérêt de proposer une réflexion sur l’économie du cinéma et ses déboires. Car au fond, la dernière image de cet Embrasement, le cliff-hanger qui vous fera peut-être languir pendant un an, ce n’est qu’un seul visage, qu’un seul regard de braise. Il n’est pas inconnu, comme celui qui clôt Matrix Reloaded (2003), mais il présage le même danger.

Image de prévisualisation YouTube

Crédits photos : Metropolitan Filmexport

CINEMA : «Malavita», la mafia de Besson est bon-enfant

Adapté du best-seller de Tonino Benacquista, le dernier film de Luc Besson se repose sur son casting de rêve pour faire fonctionner tout le comique de cet anti-thriller pas vraiment inoubliable, mais pas déplaisant non plus.

«Combien vaut un homme ? Quel est le prix d’une vie humaine ? Savoir ce qu’on vaut, c’est comme connaître le jour de sa mort. Je vaux vingt millions de dollars. C’est énorme. Et bien moins que ce que je croyais. Je suis peut-être un des hommes les plus chers du monde. Valoir aussi cher et vivre une vie aussi merdique que la mienne, c’est le comble de la misère.»

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonLe ton se veut comique et impertinent, car l’histoire n’est pas toute rose : Giovanni est un ancien mafieux de la Little Italy. Depuis qu’il a balancé tous ses amis, le FBI l’a mis sous protection et sous surveillance rapprochée. Balloté en Europe avec sa famille, il se cache sous le nom de Fred Blake, et débarque dans une bourgade normande : Cholong-sur-Avre.

Sur RTL, Benacquista s’est étonné de la fidélité du réalisateur, ce n’est pourtant pas bien difficile. Il n’en fallait pas plus pour que le Besson des films d’actions explosifs se régale, et ici, il semble être dans son élément. Les relations entre Américano-Italiens névrosés et Français moyens font des étincelles : Maggie (Michelle Pfeiffer), innocente, demande à l’épicier du coin, dans un français approximatif mais attendrissant, s’ils ont du beurre de cacahuète. Devant le rejet violent du commerçant et du regard noir des autres clientes, Maggie finit ses courses avec dignité, et quitte le bâtiment… Juste avant que la bouteille de gaz qu’elle a volontairement ouverte n’explose. Le rythme de cette adaptation prend une accélération à la moitié du film, qui se transforme en course-poursuite improbable, et en une destruction massive, apothéose de ce qui pourrait être une fan-fiction du Parrain avec un budget colossal.

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonMalgré tout, Malavita reste une adaptation, et paradoxalement, son plus grand défaut réside dans le choix de ses acteurs. En effet, Fred/Giovanni est un pauvre type. Un mafieux qui balance tous ses amis n’a pas la même carrure qu’un Don Corleone. Or, Robert De Niro a déjà un lourd passé avec les films de mafia. Le voir gesticuler et grimacer ne nous enlève que difficilement son historique de la tête. Tout comme Michelle Pfeiffer semble être plus crédible en femme fatale qu’en mamma protectrice et cuisinière à l’italienne. Le maître mot est plutôt la rigolade, la survie, mais aussi les combats sanglants. À la manière d’un jeu vidéo, ce film aborde la mort comme une passade et une technique d’accès au calme aussi efficace qu’une séance de yoga.

Mais Besson joue avec son casting. Particulièrement avec ses têtes d’affiche :Tommy Lee Jones (qui interprète le rôle de l’agent Stansfield). En guise d’apothéose, Stansfield et Fred se retrouvent à une séance d’un club-cinéma qui change au dernier moment sa programmation pour projeter… Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese. Si l’instant est déjà comique dans le livre, il n’est que plus délectable sur grand écran, car De Niro y tient le rôle principal (et celui d’un wannabe mafieux Américano-Italien).

Même les enfants de la famille Warren (John D’Leo) et Belle (Dianna Agron) participent au détournement, les deux avec des comportements légèrement névrotiques en milieu scolaire français moyen. Ne serait-ce que pour la critique de la France chauvine, cette comédie noire vaut son pesant de pop-corn, avant de se plonger dans la suite, Malavita encore, en espérant qu’elle soit plus subtile que cette version dynamitée de Besson.

Image de prévisualisation YouTube

Crédits photos : EuropaCorp

POTTER WORLD : J. K. Rowling scénariste pour la Warner

Deux ans après la diffusion du dernier épisode des aventures d’Harry Potter sur grand écran (Harry Potter et les reliques de la mort, Partie 2), Warner Bros vient d’annoncer la mise en chantier d’une nouvelle série, écrite par J. K. Rowling, et qui se déroulera dans le même monde enchanteur.

Amis Moldus, que la Bièraubeurre coule à flots !

05.wir.skyrock.netLa Pottermania a encore quelques beaux jours devant elle. Kevin Tsujihara, PDG de Warner Bros, vient peut-être d’illuminer le quotidien de ces aficionados, à peine sortis du marathon Harry Potter au Grand Rex le week-end dernier.

La bonne nouvelle, donc, c’est l’annonce d’un nouveau projet qui aura pour décor le monde de la sorcellerie qu’a connu Harry. Cette série est cependant basée sur des manuels d’école, le premier étant Les Animaux Fantastiques. Pour ceux qui s’en souviennent, il s’agit de petits ouvrages, un rouge et un vert (sur le Quidditch à travers les âges), assez peu épais, mais qui donnaient plus d’informations sur le monde d’Harry Potter et son histoire.

La sortie de tels ouvrages en 2001 avait été en fait le fruit d’une association avec une action caritative au Royaume-Uni. Mais à vrai dire, le véritable intérêt de ces ouvrages se résumait aux tags qui les ornaient. En effet, en véritables élèves peu respectueux du matériel, Harry, Ron et Hermione se sont amusés à écrire des petits mots sur les deux ouvrages, rendant le texte sec et didactique assez amusant.

06.wir.skyrock.netJ. K. Rowling confirme cependant qu’il s’agira bien d’une histoire concentrée non pas sur Harry, mais sur l’auteur fictif, Newt Scamander :

Bien que Les Animaux Fantastiques se déroule au sein de la communauté internationale des sorcières et sorciers dans laquelle j’ai été heureuse pendant dix-sept années, il ne s’agira ni d’un prequel, ni d’une suite à la série Harry Potter, mais une extension de ce monde enchanteur. Les lois et mœurs de cette société magique et secrète ne surprendront pas ceux qui ont lu ou vu Harry Potter, mais l’histoire de Newt commencera à New-York, dix-sept ans avant la naissance de Harry.

L’empire Harry Potter avait été estimé en 2011, avant donc la sortie en DVD du dernier opus et l’ouverture du Potter Tours à proximité de Londres, à près de 21 milliards de dollars. Une version en jeux-vidéo est également en chantier, tandis qu’un projet d’adaptation d’Une place à prendre à la télévision prendrait forme. À croire que J. K. Rowling manie le sort de l’Expelliarmus comme personne.

Crédits photos : The UK Premiere of ‘Harry Potter And The Deathly Hallows: Part 2’ – PacificCoastNews.com ; Visuels éditions Gallimard – HP666.skyrock.com

Source : Warner Bros. Partners With J.K. Rowling on ‘Harry Potter’-Inspired Film Series, The Hollywood Reporter (lien)

CINÉMA : L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Jeunet à rallonge

Pour son nouveau pot-pourri, Jean-Pierre Jeunet a exhumé ses albums d’enfance. Si les péripéties de T. S. et sa bouille émeuvent, elles cachent difficilement d’énormes lacunes scénaristiques.

Quatre ans après Micmacs à tire-larigot, ode à la médiocrité occulté par les grimaces de Dany Boon juste après son succès Ch’ti, Jean-Pierre Jeunet a choisi d’adapter un livre pour enfants, mettant en scène un bien curieux personnage : le jeune T. S. Spivet, et ses talents d’analyste scientifique.

Au beau milieu du Montana, le quotidien de T.S. n’est pas comme celui des autres garçons de son âge : sa grande passion, ce sont les analyses scientifiques. Il passe ses journées à étudier tout ce qui entoure le ranch familial. Comme toujours, sa sœur Gracie, en pleine crise ado-artistique, le méprise. Sa mère (Dr. Clair), spécialiste dans l’étude d’insectes l’encourage, tandis que son frère et son père s’occupent des chèvres et autres, en véritables cow-boys. Un jour, T.S. reçoit un appel : l’institut Smithsonian, académie scientifique de Washington D.C., lui annonce qu’il est le lauréat de leur prix grâce à son projet de machine à mouvement perpétuel…

2013-08-27_16-43-37_TS_SPIVET_TeaserPoster_FrenchL’erreur la plus visible de ce conte tient dans cet unique coup de téléphone. En véritable amoureux de l’image, Jeunet prend le temps d’installer ses plans. Pas de monochromie ici comme dans Amélie Poulain, les couleurs sont chaleureuses, comme dorées et figées sur papier glacé. Le caractère hautement scientifique de T.S. nous est présenté par accident, au détour d’une unique scène d’école, lorsque ce-dernier exhibe fièrement un de ses articles publiés dans la revue Discovery.

Les questions affluent : pourquoi décide-t-il de cacher ce prix à sa famille ? Pourquoi choisit-il de se déclarer orphelin ? Pourquoi décide-t-il de fuguer pour traverser les Etats-Unis ? L’amoncellement de ce type de réflexion nous pousse donc à nous éloigner de cette histoire surréaliste, aux belles promesses, mais totalement illogique.

Le style de Jeunet est toujours là : le rythme des séquences, le goût pour les mêmes têtes (Dominique Pinon) et noms (le chien s’appelle Tapioca, comme les Tapioca de Delicatessen, ou sa boîte de production : Tapioca Films), la créativité des plans, l’illustration comique du cheminement de la pensée des personnages… L’outil de la 3D semble pourtant l’avoir freiné : l’image n’est pas distordue ou hachée, comme elle l’a été dans Amélie Poulain. Ces quelques éléments rassureraient presque, d’autant que l’acteur principal est attendrissant.

Mais le choix de l’histoire laisse à désirer : le format de road-trip à la Into the Wild a été associé à un univers d’album des années 1960. Le patriarche de la maisonnée est tout droit sorti d’un western, de par son physique, son salon-museum rempli d’animaux empaillés et son mutisme. De plus, lorsqu’il s’avachit dans son canapé avec son whisky, c’est pour regarder… un western en noir et blanc.

"The Selected Works of T.S.Spivet" Day 42 Photo: Jan Thijs 2012Les bons sentiments affluent, comme l’étude de ce fleuve dont le barrage ne tient pas, la critique est plutôt molle. Jean-Pierre Jeunet a voulu se faire plaisir, donner des images à ses rêves d’enfant, de célébrité peut-être ; il aborde légèrement les revers du succès (l’exposition médiatique, la solitude) avant de choisir le rail de la fin heureuse. Malheureusement, la virtuosité qu’il a déployé pour filmer l’horreur extraterrestre ou la normalité banale devient stéréotypée lorsqu’il veut célébrer une prodigieuse extravagance. Une impasse scénaristique ou un petit exercice de style d’un grand réalisateur ?

Pour échapper au contrôle du train de marchandises qu’il emprunte, T.S. se cache dans un camping-car témoin, et pose à côté des mannequins en papier, attablés devant des steaks en plastique. Ce miroir inversé de La Cité des enfants perdus est lumineux, chaleureux, mais est-ce un confort véritable ou faussé ? Secoué par la situation, T.S. vomit dans l’évier du camping-car une fois seul, avant de se rendre compte que l’eau ne fonctionne pas. Illusion du cont(r)e-plaqué qui évoque Arthur et les Minimoys ou Dorothy et Toto, l’étincelle en moins.

Image de prévisualisation YouTube

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet (2013, France-Canada).
Scénario : Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après le roman éponyme de Reif Larsen.
Avec : Helena Bonham Carter, Judy Davis, Callum Keith Rennie, Kyle Catlett, Niamh Wilson.
Durée : 1h45
Sortie en salles et en 3D le 16 Octobre 2013

Crédit photos : Gaumont Presse

CINEMA : « Landes », terres électrifiées

Pour son premier long métrage, François Xavier Vives centre son histoire sur sa contrée d’origine, et plus précisément sur une de ses aïeules des années 1920 et son combat pour l’électricité dans une société peu avancée. Pari risqué mais tenu.

landes_afficheUn grésillement, et la lumière fut. Éclairés par une vieille ampoule, les traits d’un homme endormi apparaissent peu à peu, dans ce qui semble être un couffin mortuaire. Derrière son voile de soie, Liéna (Marie Gillain), essaie tant bien que mal de porter le trop grand costume du propriétaire austère, elle qui rêve de longues avenues éclairées et de jazz à l’Américaine.

Liéna Duprat, jeune veuve, décide de reprendre la gestion des métayers qui travaillent sur les huit hectares de son domaine des Landes suite au décès de son mari. Aidée par son régisseur Iban, elle tente d’achever son projet d’électrification des fermes tandis que la grève des gemmeurs éclate.

La reconstitution historique est soignée, le rendu des tissus méticuleux. Habitué aux documentaires et courts métrages, Vives a hérité des premiers une caméra nette, et des deuxièmes une capacité à faire parler l’image. Le choix des Landes lui donne l’avantage de filmer une terre qu’il aime, et qu’il connaît. À la manière de Jane Campion, il transforme ces paysages en peintures romantiques. Une banale promenade entre sable et forêt devient le point névralgique du récit, avec ses personnages atypiques (la source, la dune) et puissants.

Bien que d’époque et peut-être un peu suranné, Landes pose la question de la nouveauté : l’avant-gardisme est-il synonyme de pragmatisme ? À travers l’histoire d’une arrière grand-tante, Vives fait résonner l’Histoire à nos oreilles. Ici des bribes de mondialisation, là un embryon de syndicalisme, le monde industrialisé n’en est encore qu’à son commencement, mais il a les mêmes revendications.

Image de prévisualisation YouTube

Balancée entre le conservatisme des propriétaires et la précarité de ses fermiers, Marie Gillain compose un personnage tout en finesse, aussi maladroit que théâtral, mais très attachant. Si Miou-Miou et Jalil Lespert se laissent quelque peu enfermer dans leurs rôles-types, l’énergie principale est omniprésente et contagieuse, voire électrique. Un film français sans électricité statique.

Crédits photos : Sophie Dulac

CINEMA : «Monstres Academy», un prequel classique

Sans prendre vraiment de risques, Sully et Bob Razowski reviennent sur grand écran. La suite fait marche arrière, et éloigne nos héros monstrueux de la scolarité parfaite.

DOM_FRANCEQui eût cru que derrière le duo de choc Sullivan/Razowski se cachait un passé douloureux et cahoteux ? Habitués aux suites poussives chez Disney et revigorantes chez Pixar, le pari de faire parler un monde dont les codes ont changé à la fin du premier opus posaient quelques sérieux problèmes chronologiques. À moitié déçus de ne voir que le genèse du mythe, on se console avec peut-être l’idée que les semestres seront faciles à valider.

Émerveillé par une visite à Monstres Cie, le petit Bob n’a plus qu’une idée en tête : devenir une Terreur. Avec un grand T, car la terreur avec un petit T, ce n’est pas vraiment le cas de Bob. Travailleur, studieux, il intègre la prestigieuse université des Monstres, quitte à créer des jalousies auprès de ses camarades de classe. Parmi eux, James Sullivan, fils d’une très célèbre Terreur, mais élève très paresseux.

Commencer par le début lorsqu’on a déjà trouvé une solution alternative à la peur d’enfant, étrange. C’est sûrement avec cette idée en tête que nous lisons cette petite parodie du monde universitaire Américain. En version anglophone, le titre est transparent : Monsters University. À tel point que certains universitaires se sont demandés pourquoi Disney/Pixar refusaient aux Français ce terme, pour le remplacer par le beaucoup plus anglicisé «Academy».

Si tous les codes des clubs et intrigues entre étudiants sont respectés, la retransmission du monde universitaire est beaucoup plus réaliste, bizarrement. Plutôt qu’un lieu d’apprentissage théorique et massif, la fac révèle aussi sa tendance au formatage. Ce-dernier donne très rarement lieu à un aboutissement parfait dans le monde du travail, chose respectée ici, même pour le futur meilleur duo de la ville.

Pour relancer l’énergie de la trame, sans l’entreprise et ses employés atypiques, l’histoire se concentre sur un club en marge : les Oozma Kappa, engagés dans un concours de terreur organisés par les élèves de l’université, et chapeauté par la doyenne du campus. Encore une fois, l’improbabilité d’une telle opposition dessine les traits de l’association de nos deux héros, jusque là ennemis jurés.

MONSTERS UNIVERSITYMais pourquoi donc avoir choisi l’université pour ces monstres, doudous géants pour la petite Boo dans le premier opus ? Devant l’impasse de l’adaptation, les auteurs seraient-ils allé trop loin ? Pour Toy Story 3, le passage à la vie adulte était symbolisé par la séparation d’Andy avec ses jouets préférés avant son entrée en université. Ici, les monstres apprennent à devenir… des monstres.

Malgré la grosse difficulté initiale, le déroulement ne manque pas de rythme, ni de vitalité. Pour s’être éloigné du parcours parfait ou Star Academy-que de nos compères, il marque quelques points. Les références au premier film sont également bien trouvées, et contribuent à entretenir la magie des premiers instants. Mais tout de même, il manque une belle, que dis-je, une monstrueuse prise de risque pour que les grands enfants aient eux aussi des étoiles au coin des yeux.

Image de prévisualisation YouTube

Crédits photos : Disney France

CINEMA : « World War Z », Zombie-Pitt-*insérez terme viril*

C’est l’heure du sauvetage du monde entier par LE héros/fantasme de la gent féminine : Brad Pitt (de préférence avec une gueule cassée pour faire authentique). Usé, cet énième film apocalyptique se détache par quelques sursauts de lucidité comique.

World-War-Z-Affiche-FranceQuand un récit de fin du monde se veut le plus réaliste possible, il pose deux questions : comment en est-on arrivé là et y a-t-il un remède ? Les variations sur les réponses ont donné plusieurs opus, dont quelques uns qui ont joué la carte fantasy à fond (Prémonitions, Proyas) ou ont pris un malin plaisir à décortiquer la structure de la pandémie (Contagion, Soderbergh). La meilleure solution reste le type Je suis une Légende (Francis Lawrence), qui commence par la deuxième question afin d’occulter la première. Marc Forster a fait un choix simple : il ne répondra à aucun de ces questionnements.

Gerry Lane (Brad Pitt) a quitté son poste de l’ONU afin de se consacrer à sa famille. Un jour d’embouteillage matinal à Philadelphie, un événement vient chambouler sa routine : une attaque de zombies. Événement isolé ou crise mondiale ? L’ancien casque bleu n’a pour l’instant qu’une seule idée en tête : survivre.

Comment diable donner de la crédibilité à des zombies ? Devenus ringards depuis un bon moment, ils étaient devenus le ressort comique de Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer). L’héroïne de Warm Bodies (Jonathan Levine) a même tenté de les soigner avec le sexe. C’est dire si l’on a tout vu. Et pourtant… Visuellement, WWZ ressemble à un jeu vidéo. Avec une caméra à l’épaule placée au plus prêt des acteurs, elle donne un effet d’immersion assez appréciable pour le spectateur. Elle perd cependant de son dynamisme lors des scènes d’action, assez bruyantes et floues. À moins que ce ne soit un effet de réalisation, mais il ne met pas en valeur l’effet 3D.

World-War-Z-1Les images qui frappent, ce sont ces amas de zombies qui se déversent comme des torrents sur les foules, les hélicoptères, au-dessus des murs… Une sorte de monstre multi-céphale avec but commun, conscient qu’une bonne partie de ses participants finissent en charniers. Une tour de Babel inversée ?

La course-poursuite contre la maladie trouve quelques respirations avec des moqueries implicites envers les zombies : tous se déplacent d’une manière assez grotesques. L’un d’eux claquent ses dents pour exprimer son excitation. Une autre se frotte le visage contre les vitres. Autant d’éléments risibles qui viendraient presque nous faire oublier que très peu de sang est présent dans ce film, malgré les tirs et coups de pied-de-biche à répétition. Le zombie serait-il devenu une figure de divertissement classique ?

Chef d’œuvre ou pas, Brad Pitt en star combiné au dernier jour de la Fête du Cinéma a permis à WWZ de prendre la tête des démarrages de 14h à Paris, avec une moyenne de 310 entrées par copies. La série B n’est donc vraiment plus B.

Image de prévisualisation YouTube

Crédits photos : Paramount Pictures