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Valtari Film Experiment : Sigur Rós au cinéma

Dernière folie du groupe islandais pour leur ultime album : prendre rendez-vous avec le monde entier. Plus d’un an après le lancement d’un projet de courts, Valtari a été projeté ce dimanche 9 décembre 2012 en simultané sur les 7 continents.

«Si-grou-quoi ?», s’écrient les plus dubitatifs. Sigur Rós. En deux mots (prononcez «Si-gourre-Ross», en roulant les «R» et en louchant (facultatif) pour plus d’authenticité Islandaise). Essayons d’en dire plus de deux mots, pour les plus récalcitrants : rock alternatif, archet pour guitare électrique, voix de fausset sur envolées dissonantes, orchestre classique et cuivré… La musique de Sigur Rós est aussi expérimentale que puissante, libérée de tout calibrage radio ou d’émotion pré-définie. Le succès du groupe (basé principalement sur le bouche-à-oreille d’un public averti et l’aide de Thom Yorke, leader de Radiohead) a été aussi soudain qu’inattendu : leurs chansons sont en Islandais, voire en Vonlenska (dialecte inventé par le chanteur Jónsi). Sigur Rós a connu un succès alternatif quasi-international : certaines de leurs chansons ont été utilisées pour quelques bandes-sons de films.

Même les geysers ont le blues

Cependant, le succès a été difficile à gérer, même dans les sphères underground du show-business. Après 5 albums, le groupe bat de l’aile. Les projets du chanteur principal entravent l’ambiance générale. En 2009, une gigantesque tournée mondiale semble marquer la fin de l’ère Sigur Rós. Et pourtant, en Mars 2012, au détour d’une interview à Q magazine, le nouvel album Valtari est annoncé, doublé d’un projet artistique inédit. Le groupe a fait appel à une douzaine de réalisateurs pour réaliser des vidéos à partir d’une des 10 nouvelles chansons. Ils imposent deux conditions sine qua non : un budget de 5 000$ (ce qui est très peu, même pour un clip vidéo) par projet, et une totale liberté de création.

Valtari

Des fans assidus ont rendu l’événement mondial

L’engouement sur la toile a été sans précédents. Les fans se sont arrachés une édition limitée à 300 exemplaires de l’album doublé d’une couette fabriquée en 6 mois par une entreprise artisanale d’Islande (cocasse, mais véridique). Le projet cinématographique a été étendu à 16 courts métrages, dont deux qui ont été choisis suite à un concours via Talent House. Régulièrement depuis le 25 Mai, le groupe a révélé au compte-goutte ces 16 interprétations sur une chaîne Vimeo dédiée.

The Valtari Mystery Film Experiment sur grand écran

Afin de célébrer la sortie du dernier d’entre eux le 6 décembre, et en accord avec Cinema Purgatorio, le groupe a organisé une projection simultanée de ce film sur les sept continents, de l’Antarctique à l’Australie, en passant par Sheffield (Angleterre), Miami Beach (Californie) ou encore Jérusalem. Notons, au passage, que le seul lieu de projection en France était dans l’arrière-boutique de chez «Job le Quincaillier», à Queyssel (Côtes d’Armor). Les quelques heureux spectateurs ont également eu l’occasion de s’inscrire à un mystérieux système de tirage au sort pour obtenir un cadeau spécial de la part du groupe. Sachant qu’une personne par continent est choisie, c’est le seul moment où tu regrettes de ne pas vivre en Antarctique.

Énième gadget pour fan ou projection impressionnante ?

ValtariQuid de la projection, après tout, nous n’étions venus que pour ça. Comme tout grand film (qui dure tout de même 2h) fait à partir de petits, l’inégalité est omniprésente. L’écueil le plus significatif est celui de la contemplation. Certes, on ne comprend pas ce que gémit le chanteur sur de longues plages musicales. Pas besoin pour autant d’endormir le spectateur. Cependant, le soin apporté à l’image est magnifique. Aux gros plans très détaillés sur des animaux (ég anda de Ramin Barhani) répondent des paysages brouillés par une caméra endommagée (varúð d’Inga Birgisdóttir). Et les interprétations de parfaits inconnus (notamment dauðalogn de Ruslan Fedotow qui a été retenu par le public) tiennent autant la route que celles de Shia Labeouf (fjögur píanó d’Alma Har’el), Elle Fanning ou John Hawks (Leaning toward Solace de Flora Sigismondi). Et malgré toute la liberté dont les réalisateurs ont été doté, tous les courts se rapprochent autour du thème de la nature. Que ce soit la nature humaine ou le rapport de l’homme avec son environnement. Le voyage, bien que mouvementé, en vaut la peine.

Sigur Rós est en tournée aux Etats-Unis et en Europe pour 2013, et aurait déjà enregistré un nouvel album, totalement différent de l’introspectif et minimaliste Valtari, qui a été le plus difficile à aboutir. C’est un peu comme le volcan Eyjafjöll, il ne faut jamais le sous-estimer.

S’il ne fallait en choisir qu’un seul, voici Ekki múkk de Nick Abrahams, d’une beauté esthétique saisissante, et qui part d’un postulat plutôt innocent : un homme converse avec un escargot.

Crédits photos : Stig Nylgaard (Flickr) ; captures d’écran ; Tumblr officiel du groupe.

Retrouvez également le site officiel du Valtari Film Experiment

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West Side Story : une fougueuse interprétation pour chauffer l’hiver parisien

Jusqu’au 1er décembre 2013, le théâtre du Châtelet (1er) accueille la plus connue des comédies musicales, dans une mise en scène fidèle à l’originale. Rafraîchissant !

On ne présente plus West Side Story, l’adaptation à succès de Roméo et Juliette par les piliers de Broadway Bernstein, Sondheim et Laurents. Depuis 1957, les Sharks Portoricains et les Jets Blancs ne cessent de claquer leurs doigts en rythme dans les rues de Manhattan. Seulement, depuis la version filmée de 1961 (Jerome Robbins et Robert Wise), la pièce a fait l’objet de nombreuses interprétations, pas toujours très heureuses. De plus, le film a vieilli. Et les idoles de ce musical se sont cristallisés dans la caricature kitschy-mielleuse de Grease.

West Side Story«Je ne fais aucun compromis. Je ne me dis pas « Oh, il faudrait que ça ressemble au film. » Non, surtout pas, c’est une question de vie ou de mort, on y va.» Les propos du metteur en scène Joey McKneely traduisent le parti pris de cette version : reprendre le travail initial de Jerome Robbins pour lui rendre hommage et le dépoussiérer un bon coup.

Le rideau s’ouvre sur la grande scène du théâtre du Châtelet. Le plateau nu est encadré par deux structures métalliques, les fameux escaliers de service new-yorkais. Les teddys des Jets et les marcels colorés des Sharks sont toujours là. Le fond de l’écran affiche soit des images du New-York des années 1960, soit une simple couleur. Les vraies vedettes sont les acteurs qui sont également chanteurs et danseurs. Ils trépignent, s’agitent en rythme, et chantent juste (oui, juste et avec un orchestre en direct, c’est possible). Les tableaux s’enchaînent frénétiquement, transmettant la fièvre de la jeunesse américaine.

La direction d’acteurs rend parfaitement le côté violent et sexué de West Side Story, que la vieillesse a tendance à édulcorer. Elle révèle de véritable talents, tels que les interprètes des seconds rôles Riff, Anita ou encore Bernardo (respectivement Andy Jones, Yanira Marin et Pepe Menoz). On notera tout de même une réserve pour les premiers rôles, qui sont des chanteurs lyriques. Plutôt émouvantes pour les solos, les voix de Liam Tobin et Elena Sancho Pereg ont tendance à couvrir les subtiles harmonies des passages en choeur.

Mais ne serait-ce que pour entendre le côté dissonnant des portoricaines qui minaudent «America», ou pour s’extasier devant les chorégraphies enfin énergiques, ce classique mérite son titre, et vaut le détour.

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« West Side Story » : Jusqu’au 1er janvier 2013. Les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 20h, les samedis et dimanches à 15h et 20h. Théâtre du ChâtelWest Side Storyet ; 01 40 28 28 40.

Crédit photos : Nilz Boehme, théâtre du Châtelet

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Clark à la demande : «J’ai envie de dire fuck à Hollywood»

Pas de sortie en salle pour le dernier opus de Larry Clark, Marfa Girl, qui sera disponible à la demande mercredi sur son site personnel. Un pas de plus dans la provoc’ pour le roi de l’anticonformisme.

Larry Clark

En ce lundi 19 novembre 2012, la vita est loin d’être dolce à Rome. Le festival international du film vient de dévoiler son palmarès. Contre toute attente, le Marc-Aurèle du meilleur film a été attribué à Marfa Girl, qui ne sortira pas en salles, comme l’a confirmé Clark lors de sa conférence de presse (avancez à 24’45 pour entendre LA phrase qui a choqué les festivaliers).

Marfa Girl se déroule à Marfa, Texas, petite ville de 1800 habitants à 50km de la frontière mexicaine. Les adolescents ont un couvre-feu à 11h et subissent toujours des châtiments corporels à l’école. Parmi eux, Adam, métisse de 16 ans, essaie juste de se démerder («just trying to figure shit out», extrait du synopsis officiel) entre sa mère Mary obsédée par sa collection d’oiseaux et sa voisine Anna, 23 ans, jeune mère libidineuse. Il expérimente le sexe, les drogues, le rock and roll, l’art, la violence et le racisme.

Ken Park

Coup de publicité ou entreprise artistique ? Clark n’est pas un habitué des sentiers battus de la création cinématographique : la plupart de ses films abordent l’émoi sexuel, les expérimentations adolescentes, avec des acteurs non professionnels, mais surtout, de manière très explicite. Sa réputation est quasiment construite sur son penchant provocant : Ken Park (2002), le plus acclamé par la critique de sa filmo, a été classé en France «interdit aux moins de 18 ans», alors que ce n’est pas (seulement) un film pornographique. En octobre 2010, une rétrospective de son œuvre organisée par le musée d’art moderne de Paris a subi le même type de censure.

Larry Clark est évidemment contre ces blocages. S’il filme l’adolescence, c’est pour un public adolescent. Ce n’est certainement pas pour le présenter à des quadras. L’outil d’Internet reste donc le moyen le plus simple pour atteindre sa cible. À compter de mardi 20 novembre minuit, et ce pendant 24h, Marfa Girl sera disponible sur le site officiel de Larry Clarke, avec sous-titres français ou italiens en option pour la modique somme de 5,99$ (environ 4,5€).

La nouveauté excitante présente tout de même un danger : ce film n’aura aucune visibilité, voire crédibilité en tant qu’objet cinématographique classique. De plus, les frais seront reversés directement à Clark, qui se détourne du système de financement des producteurs une bonne fois pour toutes, d’où son cinglant « fuck you ». Moins cher qu’une place de cinéma, Marfa Girl saura-t-il séduire enfin cette tranche d’âge des moins de 20 ans connectés ? Pas sûr qu’il supplante l’abonnement premium à PornHub.

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Crédits photos : TIZIANA FABI/AFP/Getty Images ; Morgan Jenkins ; RDM Shopping

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Obama 2012 : Merci Hollywood ?

Au matin du 7 novembre 2012, heure parisienne, la nouvelle est tombée : Barack Obama est réélu pour quatre ans à la Maison Blanche. Merci qui ? Ses électeurs ou ses donateurs-acteurs ?

Les scrutins étaient très serrés, tellement serrés que le président se voit obliger de travailler avec son adversaire. Près de la moitié des sénateurs fraîchement élus sont républicains. Quel lien peut-on créer entre la politique à l’américaine et le cinéma à l’hollywoodienne ? Bien plus qu’un bal-musette.

Le soutien des mondains

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Sarah Jessica Parker soutient Obama
Sarah Jessica Parker soutient Obama

La sphère hollywoodienne est engagée politiquement, tout comme le démontre son état : la Californie affiche un taux de participation à l’élection présidentielle de 100%. Pour les célébrités, soutenir un candidat permet de rassembler un quota de fans autour d’un parti. C’est ce qu’a fait George Clooney pour Obama ou Clint Eastwood pour Romney. Cependant, comme Hollywood Reporter et USA Today l’ont rapporté, ce qui intéresse dans la course à la présidentielle, c’est l’argent. Exemple concret : Sarah Jessica Parker a reçu à dîner le couple présidentiel et toute autre célébrité prête à débourser 40,000$ pour demander à Michelle de lui passer le sel. À Hollywood, ce qui compte beaucoup plus que l’argent, ce sont surtout les mondanités. Du côté des dépenses de campagne, les estimations dépasseraient les 500 millions de dollars pour chaque candidat (à ce jour, Pirates des Caraïbes 3, le film le plus cher du monde a coûté ‘seulement’ 300 millions de dollars).

Depuis son soutien de la grève des scénaristes en 2008, Obama a toujours ménagé le monde de la culture, comme le précise Le Nouvel Observateur. Son appui considérable se ressent également sur le paysage cinématographique : le premier mandat d’Obama a inspiré l’union (The Avengers, Joss Whedon, 2012), l’ouverture, l’apaisement des tensions (Avatar, James Cameron, 2009) ; loin de la violence gratuite (Elephant, Van Sant, 2003) et des documentaires coup-de-poing à la Fahrenheit 9/11 (Michael Moore, 2004) sous Bush. S’il n’a pas eu de carrière d’acteur, contrairement à Reagan, Obama reste conscient de la part de mise en scène qu’induit son rôle. Son surnom de « no-drama Obama » démontre son succès auprès de son public électeur mais également international (rares sont les Français qui n’ont pas approuvé sa réélection).

Hollywood, toujours un coup d’avance ?

Le mécénat à l’envers pose donc une question assez intéressante, puisque les acteurs ne sont plus en position de recherche de capitaux, ils doivent trouver le candidat qui pourrait remporter les élections à coup sûr (afin de rendre leurs investissements rentables, CQFD).  Il s’agit donc ni plus ni moins d’un pari. Pourtant, Hollywood semble avoir une longueur d’avance sur les pronostics. Si l’on s’attarde sur les présidents américains made in Hollywood, quatre d’entre eux sont noirs. Nous épargnons The Man (1972, Joseph Sargent) et Président par accident (de et avec Chris Rock, 2003), qui évoquent la possibilité d’un président noir par chance. Morgan Freeman incarne le premier président élu dans Deep Impact (1997, Mimi Leder), plus de 10 ans avant l’élection de Barack Obama.

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

Que peut-on espérer pour 2016 ? La question ne paraît pas si surréaliste si nous nous intéressons au cas d’Elizabeth Warren. Cette sénatrice démocrate de 63 ans vient de remporter le poste du Massachusetts tenu pendant près de cinquante ans par Ted Kennedy (décédé en 2009). Fait plus important : si aucune actrice n’a eu l’occasion d’incarner la présidente des Etats-Unis à Hollywood, Warren a reçu le soutien de Ben Affleck, Matt Damon, John Krasinski, Jennifer Garner, Reese Witherspoon, Zach Braff et Tobey Maguire. Sur le petit écran, Commander in chief existe depuis 2006. La révolution en jupe serait-elle déjà en marche sur le tapis rouge ?

Source : Huffington Post

Crédits photos : Barack Obama et George Clooney, NewsPictures ; Elizabeth Warren, capture d’écran du site http://elizabethwarren.com ; Sarah Jessica Parker : Abaca

Publicité et cinéma : l’épineux débat des «Paradis Artificiels»

Mercredi 31 octobre 2012, le film indépendant de Marcos Prado devait sortir dans 15 salles françaises. 12 d’entre elles ont annulé leur projection devant le non-respect de la chronologie des médias.

http://www.dailymotion.com/video/xtpkcv

Qu’a pu bien faire ce film libertin et électro-dub pour être retiré des salles de projection ? Ce n’est pas son sujet licencieux qui a été puni, mais la politique de communication de son distributeur : deux jours avant sa sortie officielle, Les Paradis Artificiels était diffusé gratuitement sur la chaîne Damned de Dailymotion, pour attirer son public underground et connecté.

Que les choses soient claires : le cinéma indépendant n’a jamais été florissant. Il n’a jamais présenté un chiffre d’affaire monstrueusement lucratif. Cependant, il arrivait à survivre. Le cas des Paradis Artificiels semble sonner l’alarme d’une période révolue. L’écart se creuse entre producteurs de majors et indépendants.

Au-delà des considérations financières, ce fait-divers éclabousse la grande question de la chronologie des médias. Qu’est-ce que la chronologie des médias ? Instauré par le Conseil National Cinématographique (CNC pour les intimes), il s’agit d’une règle qui régit l’ordre et les délais de diffusion d’une œuvre cinématographique. Ceci explique pourquoi, entre autres, vous devez attendre Noël avant d’acheter fébrilement l’édition Blu-ray-couscous-collector de La Vérité si je Mens 5, si le destin veut qu’il sorte en septembre.

À l’époque, cette règle devait assurer l’exclusivité des salles de cinéma face à la télévision, fraîchement arrivée dans les foyers français. Aujourd’hui, avec Internet et le téléchargement illégal qui ne faiblit pas, elle paraît obsolète. Preuve est que ce texte n’a pas pu être réformé en 2009, faute d’accord entre les parties.

Affiche-les-paradis-artificielsQue doit-on faire, donc, du modèle français ? L’intention initiale de sauver les projectionnistes est louable, mais quel intérêt y a-t-il à bloquer tout système de publicité ? Si Dailymotion assume ce coup publicitaire pour Les Paradis Artificiels et Nuit #1 (diffusé mardi 5 novembre de 18h à 6h), il n’est pas le seul.

Par exemple, Christophe Honoré a contourné cette règle avec La Belle Personne. Sorti en salles le 17 septembre 2008, il a été diffusé intégralement sur Arte le 12 septembre. Arte France Cinéma, coproducteur de l’adaptation de La Princesse de Clèves, a profité du fait que ce projet était au départ un téléfilm pour l’ajouter à sa grille de programmes et servir sa communication.

Les majors ont également trouvé la faille de ce système avec l’exploitation du placement de produit. À la base, il s’agissait seulement d’équiper les personnages principaux d’une certaine marque, avec ou sans compensation de cette-dernière. Ce type de publicité a beaucoup profité à Apple, entre autres. Aujourd’hui, non seulement James Bond siffle des Heineken à longueur de journée dans Skyfall, mais il est également la star du spot publicitaire de la bière. Les publicités passent à travers les mailles du filet de la censure, et réussissent à attirer le public dans les salles et les supermarchés.

Reste que les attachés de presse s’arrachent les cheveux pour respecter une exception française qui a besoin de se connecter à nouveau avec le monde culturel, un peu trop foisonnant et beaucoup trop rapide. En attendant, Nuit #1 a réuni pour l’instant 92 participants sur son événement Facebook. Côté politique, Pierre Lescure, ex-président de Canal +, a été chargé du dossier de la chronologie des médias avec plusieurs autres dont… le dossier HADOPI. Bon courage, Pierre.

Matière à réflexion :
Le texte original de la chronologie des médias (site officiel du gouvernement français)
Le communiqué du diffuseur Damned, suite au retrait des Paradis Artificiels

Crédit photo : Damned Diffusion

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Looper : Bruce Willis dans un abîme temporel en papier mâché

Film punchy et rythmé sur le voyage temporel, Looper veut se donner des airs de référence cinématographique. N’est pas philosophe qui veut.

En période de vacances, Looper est attendu au tournant comme la grosse machine à succès de la Toussaint. Joseph Gordon-Levitt, déjà aperçu dans Inception (Christopher Nolan, 2010), donne la réplique à Bruce Willis, icône de la fin des années 1980 huileuses (la série Die Hard), acteur habitué aux films pop-corn (Armageddon, Michael Bay, 1998) et d’anticipation (Le Cinquième Élément, Luc Besson, 1997). Malgré toute sa bonne volonté esthétique et narrative, la mayonnaise ne prend pas. Ou plutôt, la mayoonnaise.

Joe est un junkie du futur. Pas par choix, mais par nécessité : dans le Kansas City de 2044, mieux vaut être un ‘Looper’ qu’un raté. Un Looper (de l’anglais loop, la boucle), c’est un tueur à gages 2.0. En 2074, le voyage temporel existe, mais a été interdit aussitôt. La pègre l’utilise pour se débarrasser des indésirables, envoyés 30 ans plus tôt et exécutés par les loopers sans distinction de leur identité. Une rumeur de fermeture des boucles s’amplifie : les loopers deviennent-ils les bourreaux d’eux-mêmes ?

Selon Rian Johnson, le futur est sale. Il oscille entre nouveauté technologique et garde-robe poussiéreuse. Le monde est désabusé, sa dépression est semblable à celle des Fils de l’Homme (Alfonson Cuaron, 2006). Les rêves de ces hommes du futur paraissent pourtant contemporains : le héros veut s’installer en France, on lui conseille la Chine.

Comme toute intrigue temporelle, difficile d’expliquer les différentes lignes narratives du film sans révéler le nœud central. Elle gagne cependant en complexité à mesure que le film s’enroule sur lui-même. A-t-il rêvé cette séquence ? Est-ce prémonitoire ? L’arrivé du garçon aux pouvoirs mystérieux, qui serait à l’origine des exécutions par voyage temporel dynamise les enjeux autant qu’elle suscite de nombreuses questions. Le film se veut pourtant ouvert, et laisse les enchevêtrements théoriques aux forums des nerds.

looper-posterDans la poursuite de Joe contre lui-même vieilli de trente ans, les références littéraires et cinématographiques s’accumulent. Thomas Sotinel, journaliste au Monde, a évoqué dans sa critique des références esthétiques évidentes au Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939). Par exemple, le jeune garçon et sa mère (Emily Blunt) vit au beau milieu d’un champ de blé au Kansas, le pays de Dorothy. En réalité, toute oeuvre qui a évoqué les complexités morales et éthiques du voyage temporel est citée. Cartographier ces références semble aussi abyssal et obsolète que le dénouement du film. Pas par paresse académique, mais surtout parce que Looper n’arrive pas à s’en démarquer.

Johnson joue d’ailleurs à ce jeu d’inter-référencialité autant avec le spectateur que ses personnages : le Joe vieilli de trente ans est lié à son autre par l’accumulation de souvenirs, qui peuvent changer sa perception et son apparence physique. Il semble se perdre à son propre jeu et lâcher son intrigue comme une machine infernale.

Le seul véritable héros serait donc Bruce Willis, qui revient encore une fois sauver l’humanité. Gordon-Levitt a changé son apparence physique pour ressembler trait pour trait à l’icône des années 1990. Après des années de loyaux services hollywoodiens, l’acteur, aujourd’hui vieux, vient encore hanter les intrigues apocalyptiques. Looper agit comme un passage de relai à la nouvelle génération bankable. Willis est chauve, poilu, barraqué. Gordon-Levitt est chevelu, imberbe et mince. Nouvelle époque, nouvelles références.

En matière de voyage temporel, on conseille plutôt de revoir L’Armée des 12 singes de Terry Gilliam (1995), ou si on en a soupé de Bruce Willis en ce jour d’Halloween, Donnie Darko de Richard Kelly (2001), qui fait une meilleure utilisation des traits de lumière.

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Crédit photo : SND

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Un nouvel espoir : Disney annonce le rachat de LucasFilm Ltd.

George Lucas et Bob Iger (président de Disney Company) viennent d’annoncer leur union, le tout pour un montant de 4,05 milliards de dollars. À la clé de cette association, un septième épisode de Star Wars serait en préparation pour 2015.

L’annonce a été faite à 16h30 aujourd’hui, c’est-à-dire il y a une heure, et les réactions grinçantes sur Twitter sont déjà très nombreuses. Au-delà du montant mirobolant de la transaction, quels intérêts peuvent tirer les deux entreprises de cette association ?

disney-starwars-yodaLe fait que Disney acquiert LucasFilm n’est pas totalement inattendu : en témoigne Pixar, ex-LucasFilm Computer Division qui a été vendue en 1986 à Steve Jobs, avant d’être rachetée par Disney. Les deux entreprises s’étaient d’ailleurs associées pour créer en 1987 l’attraction Star Tours, toujours présente à Disneyland Paris. Elles ont également toutes les deux un sens inné du produit dérivé.

Cette affiliation risque pourtant d’être bénéfique aux deux entreprises. Si l’activité de Pixar est florissante (Rebelle de Mark Andrews & Brenda Chapman sorti cet été), Disney souffre de l’insuccès de deux énormes tent-poles (ou blockbusters avec budget à 9 chiffres) sortis cette année : John Carter d’Andrew Stanton et Battleship de Peter Berg. De plus, LucasFilm n’a pas entretenu la Star Wars mania depuis Clone Wars (2008), qui était en images de synthèse. Le succès de Star Wars Episode 1 en 3D (2012) a cependant confirmé la présence des fans.

C’est donc pour rassurer les George Lucas addicts que Disney a annoncé la poursuite des projets LucasFilm. Indiana Jones serait donc lancé pour une cinquième aventure. L’épisode 7 de Star Wars est, quant à lui, déjà prévu en salles pour 2015. Une idée du titre ?

Retrouvez le communiqué de presse de Disney (en anglais).

[Edit] Disney ne manque pas d’humour pour commenter sa nouvelle acquisition, comme le démontre ce dernier ajout à leur chaîne YouTube.

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Crédit photo : Star Wars™ Weekends, Special Event at Disney’s Hollywood Studios ®

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Mobile Film Festival 2013 : Bref, mon smartphone fait son cinéma

Vous avez un téléphone, vous aimez le cinéma ? Ça tombe bien, BNP Paribas organise la huitième édition de concours de très courts métrages.

Mobile Film Festival 2013 : Bref, mon smartphone fait son cinéma

Il suffit d’1 minute pour devenir un réalisateur grâce au Film Mobile Festival. Seuls les films tournés avec des smartphones et dont la durée n’excède pas soixante secondes sont concernés.

Les candidatures sont recevables jusqu’au 5 janvier 2013 à cette adresse. Passé ce délai, une première sélection des internautes sera soumise au jury, composé cette année de Gad Elmaleh, Kyan Khojandi et des auteurs de la série Bref.

À la clé de ce concours, le lauréat se verra attribuer une bourse 15 000€ pour la réalisation de son premier véritable court-métrage, avec le soutien d’un producteur professionnel. Il y a également d’autres prix (scénario, interprétation des acteurs…) dont celui du public, qui peut attribuer jusqu’à 2 000€ en crowd-funding au réalisateur.

Pour vous inspirer, le site du Mobile Film Festival regorge de vidéos des gagnants des précédentes sélections, dont le dernier en date, le déjanté De Palier (Benjamin Busnel).

À voir aussi, des conseils et astuces de tournage «professionnel» avec un iPhone par la BBC. À vos téléphones !

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Crédit photo : Mobile Film Festival

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Skyfall : Pourquoi le dernier James Bond n’est pas un film d’auteur

L’agent secret au service de sa majesté fête ses cinquante ans au cinéma. Contre toute attente, Sam Mendes, réalisateur à succès de films personnels (American Beauty, 1999), supervise ce 23ème opus.

007 doit sa longévité à quelques changements : sa transformation huée sous les traits de Daniel Craig a choqué autant qu’elle a séduit le public du reboot de Casino Royale (2006).  Avec l’arrivée de Mendes aux commandes, on aurait pu s’attendre à de grands changements de la légende. Peut-on parler pour autant d’un Bond-film d’auteur?

Au premier plan, une silhouette floue apparaît au fond d’un couloir éclairé. À mesure que l’homme s’approche, son pistolet en garde, ses yeux puis son corps tout entier nous permettent de l’identifier comme l’agent au smoking, avant qu’il s’engage dans une course-poursuite haletante.

Suite à une bavure du MI6, un disque dur contenant toutes les données confidentielles des agents secrets britanniques est tombé entre de mauvaises mains. Bond, en mission pour récupérer cet objet, se fait tirer dessus par sa coéquipière, et tombe inanimé dans l’eau. Au QG de Londres, M (Judi Dench) subit les attaques virales et terroristes du méchant (excellent Javier Bardem), qui lui voue une mystérieuse haine personnelle.

L’attente était palpable. Le public, impatient, a été préparé depuis la cérémonie des JO de Londres en Juillet dernier, et a subi un tapage médiatique sans précédent (entre Sony, Coca-Cola, Omega et Heineken, 007 est partout).

Sam Mendes l’a admis, il est un grand fan de James Bond. Plus précisément de la période des belles voitures pas trop discrètes, des accessoires tape-à-l’oeil pas trop technologiques, et des filles faciles pas trop innocentes. Mais il est également adepte des intrigues psychologisantes (Les Noces Rebelles (2008), pour n’en citer qu’un). James Bond n’a pas échappé à ce traitement : tué avant même le générique d’ouverture, l’agent entame une descente dans les ténèbres qui l’emmène jusqu’aux terres de son enfance, et interroge son rapport avec M, qui éclipse toutes les autres James Bond girls.

Peut-on cependant parler de film d’auteur ? En comparaison avec la trilogie Batman de Christopher Nolan ou le reboot de Spider-Man de Marc Webb sorti cet été, les deux «nouveaux» thèmes sont semblables : le rapport à l’enfance meurtrie et la peur d’un monde technologique en constant changement. De plus, Mendes ne déroge pas aux règles de la franchise : scènes d’action rythmées, humour britannique (qui avait manqué à Quantum of Solace en 2008), explosions en tout genre et le fameux gun-barrel (dont les enjeux sont très bien expliqués par la rédaction du Monde ici).

Mendes ne s’est donc permis de personnel que la séquence finale, dont la haute teneur symbolique est ridiculisée par Silva (Javier Bardem, méchant à humour grinçant aussi jubilatoire que dans No Country for Old Men (2007) des frères Coen). Irradié par les flammes de la demeure Bond, comme une référence à sa scène apocalyptique de Jarhead (2005), 007 tire un trait sur son passé et tire sans ciller sur ce qui est une parenthèse-hommage à lui-même. Un très bon reboot de blockbuster, donc.

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Crédit photo : Sony Pictures

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