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HAPPY NEW FILM : comment échapper au syndrome de la ringardisation du nouvel an au cinéma ?

D’abord une pratique observée chez les séries, le thème de la fin d’année apparaît parfois au cinéma, et particulièrement à la fin de Décembre. Si on ne compte plus les films sur Noël, la fête de fin d’année a subi un traitement nettement différent au cinéma. Pourquoi si peu de (bons) films se sont emparés de cette soirée ?

Attendons un moment avant d’attaquer les derniers toasts au foie gras et les restes de bûche glacée. Prenons du recul : si la télé nous abreuve de téléfilms sur Noël aux qualités plus que discutables, les films ayant pour thème la fête de la Saint-Sylvestre se font rares. Abus de champagne ou réelle volonté de nous priver de cette magnifique célébration, qui pour le coup est laïque ? Avant de monter sur nos chevaux cinéphiles, il faut tout de même noter l’évidence : Noël et la fête de la Saint-Sylvestre ne sont pas du tout les mêmes fêtes. La première est un rassemblement familial, qui fait ressortir les valeurs occidentales et chrétiennes que sont la famille, la réussite sociale, le pardon, la charité, etc. Le nouvel an, quant à lui, a une signification beaucoup plus floue. Mis à part la fête, peu de choses s’y attachent. On peut noter l’amitié, l’amour, la danse, la joie. Autre fait à noter : si les décorations de Noël n’ont de cesse de se multiplier et de varier, les décorations de fin d’année sont assez pauvres : la nouvelle année suffit de décor à elle-même (je sais que vous cherchez déjà la nouvelle contrepèterie qui ira avec 2017). Autre spécificité du nouvel an : les feux d’artifice, plus ou moins généreux selon les endroits.

Nous arrivons déjà avec un clair désavantage : la fête du nouvel an est moins cinématographique que Noël. Et nous disons cela en toute connaissance de cause, même avec l’apparition récente de films qui prennent littéralement le nom de cette fête : Happy New Year (Garry Marshall, 2011), New Year’s Day (Suri Krishnamma, 2001), New Year’s Day (Henry Jaglom, 1989), New Year’s Evil (Emmett Alston, 1980 ; très bon jeu de mots au passage), etc. Autant dire qu’on ne se foule pas. Pourquoi un tel désintérêt pour le nouvel an au cinéma ?

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Le nouvel an est en fait une information, un passage. D’un point de vue scénaristique, c’est assez maigre. Si cette fête permet tout (l’alcool et la fête aidant), tout devient très vite dépassé dans ces films, à partir du moment où l’année en cours de tournage ne peut pas être celle de l’année de sortie d’un film (élémentaire). C’est sur cet avantage que joue la période de Noël, où les simples indicateurs de temps peuvent être les corps, les relations. Autre fait dû à la période : nous acceptons de regarder des films de Noël jusqu’à 15 jours avant la date officielle (cf le mouvement des Ugly Christmas Sweaters), mais quand regardons-nous les films du nouvel an ? La veille ? Le lendemain ? La même question pourrait se poser pour cet article, que je choisis délibérément de publier 2 jours avant le nouvel an (mais que je pourrai facilement retweeter tous les ans #flemme).

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Il y a dans le nouvel an l’idée de l’instant, de l’éphémère et du ponctuel, un concept qui n’a pas l’air de correspondre à notre relation au cinéma : nous accumulons des films sur nos disques durs et dans nos DVDthèques, nous les regardons à l’envi, jusqu’à ce que mort s’en suive. La répétition ne sied pas au nouvel an. Quel dommage, quand on pense à quel point cette fête contient tous les éléments d’un drame palpitant !

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S’il y a très peu de films consacrés entièrement au nouvel an, il y a cependant de nombreuses scènes du nouvel an, et des très belles. Les classiques sont assez nombreux, surtout du côté des mélo et comédies romantiques. La sensibilité gauche de Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), la déclaration d’amour enflammé dans le cultissime Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1980)… Le nouvel an fait acte de déclencheur : parce que c’est une occasion spéciale, les langues se délient. Il y a une idée du « maintenant ou jamais » avec le nouvel an. De plus, la notion du couple est beaucoup plus mise en valeur avec cette fête qu’avec Noël.

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Le nouvel an a cependant eu une signification particulière avec le bug de l’an 2000. Longtemps fantasmé comme le montre ce formidable dossier de Thierry Noisette, ce passage au nouveau millénaire, qui n’a été finalement eu des impacts très réduits, a permis de développer des intrigues aussi vite passées de mode : Haute Voltige (Jon Amiel, 1999) et le très bien nommé Destruction Finale (Richard Pepin, 1999 ; traduction du titre US aussi délicat Terminal Countdown, qui était au départ Y2K)…

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Dernier point, et non des tels : le problème de l’absence de films du nouvel an tient tout simplement à un élément pratique : la pratique sociale veut que nous soyons tous en train de fêter la nouvelle année, avec beaucoup d’alcool, beaucoup d’amis, dans une débauche sans nom, que nous nous souvenions de cette soirée comme la meilleure au monde, où il s’est passé le meilleur et surtout ce qui arrivera dans l’année à venir. Et bien non. Revendiquons notre droit à célébrer le nouvel an avec des bons films et des nanars bien ratés.

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Quels films pour accueillir 2017, donc ? Du côté des plus belles scènes du nouvel an : il y a Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), qui oppose l’ivresse, la foule, la jeunesse avec le vide, la dépression. À revoir ne serait-ce que pour le jeu incroyablement décalé et touchant de Gloria Swanson. Il y a également le classique des classiques, La Ruée vers l’Or (Charlie Chaplin, 1925) éternel grand huit entre les rires et les larmes, avec Charlot qui attend son date pour le nouvel an. Dans une veine un peu moins légère et plus politisée, il y a Fruitvale Station (Ryan Coogler, 2013), qui retrace le parcours du jeune Oscar Grant, tué par erreur par un policier le 1er janvier 2009.

Si vous vous attendiez vraiment à une liste et que vous êtes déçus, ne partez pas trop vite : au lieu de voir si Ghostbusters II (Ivan Reitman, 1989) n’a pas été oublié par un énième article à clics, regardez plutôt la liste des meilleurs jeux d’alcool devant un film par GamesRadar. Ça peut être utile.

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Bonne année à tous, et laissez New Year’s Eve aux amateurs. Quitte à voir un mauvais film, regardez le Star Wars Holiday Special (Steve Binder & David Acomba, 1978). Carrie Fisher y chante dedans, apparemment (amour +10000) :

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