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Une grosse tête qui gonfle, qui gonfle, et PAF ! L’expo Burton à la Cinémathèque française

Cette année, on sort la scie musicale des cercueils et les yeux des orbites. L’expo Tim Burton, qui débarque tout droit du MoMa de New-York City ouvre mercredi 7 mars à la Cinémathèque française. Une rétrospective et une carte blanche concoctées par le maître des weirdos tiendront en haleine les emos franciliens en manque de graisse pour leurs tignasses bigarrées. Tim Burton, c’est aussi deux films à venir pour cette année : Frankenweenie, remake de son court des années 80 en stop-motion (l’original avait été réalisé avec de véritables acteurs), et Dark Shadows, adapté d’une série télévisée vampiresque des années 70, avec Johnny Depp et Eva Green.

Roméo et Juliette selon Tim Burton

Une actualité à faire verdir toutes les pêches géantes. Pourtant, Tim Burton incarne la voix de la culture underground. Une contre-culture produite par Disney, whaaaat ? Pour comprendre le paradoxe, il faut aller au-delà du simple fait, chose que l’exposition nous fait assimiler aisément. Limite, on a pas besoin du sosie de Robert Smith pour comprendre. Vis ma vie de stagiaire en rédaction de journal vous plonge aujourd’hui dans l’abysse phosphorescent et terrifiant de : LA CONFÉRENCE DE PRESSE (parce que oui, nous avons vu l’exposition en exclu avant tout le monde, et oui, nous avons failli poser une question à l’homme qui aimait les squelettes et les filles en haillons (non, pas Davy Jones)). Nous vous soumettons ci-dessous un extrait du journal intime de notre victime, qui a préféré rester anonyme. Accents impeccables et questions pertinentes, prière de s’abstenir.

 

 

 

« Lundi 5 mars 2012

« Non mais attend, en plus on fait la queue pour avoir des casques, mais c’est quoi ce délire ? ». Pas de doute, je suis bien en train d’attendre une conférence, entouré de journalistes aussi parisiens que leurs badges officiels le font remarquer. Moi, je n’ai qu’un petit billet, mais je le tiens fièrement, et je ne me plains pas. Le casque, en fait, c’est la traduction de la conférence. Etrange, me dis-je, innocent, la conférence ne sera pas diffusée dans la salle ? Je m’assois entre un bobo et un hipster. Le bobo me tutoie quand je lui pose une question et traîne sur son compte Twitter, blasé. Le hipster critique tous les moindres détails de la version frenchy de l’expo avec sa voisine, parce que « à NYC, elle était tellement mieux » et remplace toutes les virgules de son blâme par un blasé ‘Totally’ (répété en écho par la voisine à Way-Farer écailles de tortue-paillettes de sirène des îles Galapagos bien voyantes). Ils usent de la ruse ultime : parler en anglais. C’est sûr, personne ne comprendra. Bitches please.

 

 

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xolpfq

Raclement de gorges, tests son, on nous passe le mini-teaser-symbole de l’exposition (« -Non mais c’est exactement le même qu’à New-York quoi… Manque d’originalité… Pff… -Totally. »). Et hop, mister Burton débarque. Moumoute bien échevelée, lunettes de soleil, foulard sombre autour du cou. C’est bon, nous sommes bien en présence du personnage. Pas de démarche alcoolisée à la Jack Sparrow par contre, ce qui est assez surprenant pour l’image que je m’en étais faite. Après l’interminable liste des remerciements des commissaires des expos et des partenaires financiers égrénée par un Costa-Gavras en costume velours sombre et chaussettes rouge sang (une volonté de coller au thème ?), nous passons au massacre : les questions des journalistes.

 

Je n’en avais qu’une seule, une simple et précise : l’exposition nous montrait des extraits de Frankenweenie qui sortira pile le jour d’Halloween 2012 (comme c’est étrange). Or, la partie consacrée à Dark Shadows est très mince. Y a-t-il d’autres éléments à savoir, mis à part le fait que Johnny Depp aura (encore) des lunettes bizarres et Eva Green une robe à paillettes rouge ? La date de sortie, l’atmosphère générale, l’avancement de la post-production, la différence des conditions de travail entre Warner et Disney (qui se partagent sa filmo de 2012), la énième collaboration avec le compositeur Danny Elfman ? Vous l’avez compris, j’avais une question.

Seulement, j’ai échoué dès l’étape 1 : récupérer un micro. La salle Henri Langlois, qui était quasiment remplie, est équipée de 412 places assises. Pour les questions, nous avions 1 micro. Oui, 1 micro. La bataille m’a rapidement lassé. Les questions des journalistes également : pour une question pertinente, cinq âneries suivaient (exceptée peut-être celle du Petit Journal, qui a des circonstances atténuantes). C’était sans compter sur l’étape 2 : parler en anglais. J’ai fait mon fou, j’ai décidé de ne pas mettre le fameux casque. J’suis bilingue moi, j’suis pas là pour rigoler. Du coup, je riais aux blagues en simultané, quand le reste de la salle le faisait… Cinq secondes plus tard (même chose concernant les blagues en français pour mon voisin hipster). Ce n’était malheureusement pas le cas de mes chers collègues. Baffouillages, hésitations, accents bien prononcés… Les quelques fous qui se sont aventurés à parler dans la langue de Beetlejuice ont eu droit à une grimace Burtonienne accompagnée d’un gêné « Can you repeat, please ? ». Consequently, les redites en anglais ont été très peu nombreuses. Du coup, je suis arrivé à l’étape 3 : répondre aux questions des journalistes à la place de Tim Burton. Vous allez voir, c’est très drôle.

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« Que pensez-vous du lien entre le dessin et les films, si vous lancez un regard général sur votre parcours ? »

Alors toi, t’as pas fait l’expo. Tu n’as pas vu les milliards de dessins qui accompagnent tous les travaux préparatoires de ses films. Tu n’as pas vu qu’il griffonnait jour et nuit, d’abord pour le plaisir, ensuite par contrainte lorsque la prestigieuse école de dessin CalArts l’a forcé à apprendre l’histoire de l’Art. Tu n’es pas au courant qu’il a illustré lui-même son livre La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires, et qu’il a décidé de faire éditer un livre de tous ses dessins pour une somme astronomique chez tous les bons marchands de journaux. Tu ne l’as pas entendu qualifier les recherches des commissaires pour des dessins dans ses archives personnelles de ‘fouille archéologique’. Donc, tu sors.

« Pensez-vous que l’influence des Major company nuit à la créativité ? »

Il y a un outil formidable pour répondre à ta question : Wikipedia ! Oh, que vois-je ? L’école CalArts (Valencia, Californie, USA) est en fait la pépinière de Disney dans laquelle la firme pioche ses nouveaux talents. Que vois-je ? Les premiers courts de Burton ont été produits par Disney avant qu’il ne se fasse virer pour abus d’originalité. Comment ? La bataille qui a eu lieu pour le montage d’Edward aux mains d’argent a valu au réalisateur de se faire virer de la Fox en même temps qu’elle a assuré sa réputation. En gros, Internet te sauvera ma fille. Tu aurais mieux fait de lui poser la question : « Michael Jackson était intéressé par le rôle d’Edward, pensez-vous qu’il aurait apporté une aura particulière à votre film, le lui auriez-vous donné si Johnny Depp n’avait pas été disponible, qui serait devenu votre égérie masculine ? ». Donne moi ta carte de presse, donc.

« Si vous ne deviez choisir qu’un seul film parmi tous ceux que vous avez réalisés, lequel choisiriez-vous ? »

En gros, c’est comme si tu demandais à un artiste de choisir quel tableau il sauverait des flammes, ou à un chef d’entreprise lequel de ses employés est son préféré (en partant du principe qu’il connaît tous ceux qu’il emploie… DRÔLE). D’ailleurs, il a bien répondu à ta question débile : « Je vais pas vous dire lequel de mes enfants je veux garder ! ». En plus, si tu regardes bien, rien ne sert d’analyser ses derniers films. Tout est concentré dans Vincent (1982). L’ambiance gothique (Sleepy Hollow, Beetlejuice, Alice au pays des merveilles), le stop-motion de personnages difformes (Les Noces funèbres, Frankenweenie, L’étrange Noël de M Jack d’Henry Selick), la figure du monstre dans un monde normé (Batman, Mars Attacks !, La planète des singes), l’anti-héros marginal (Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Charlie et la chocolaterie) et surtout la grande part autobiographique de ses œuvres (Big Fish, Pee-Wee Big Adventure). 30 ans après ce magnifique court, il nous sert à chaque fois la même tambouille. Et tout le monde en reprend. Mais merci bien pour ta question très fine, chère collègue.

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Seulement voilà, une heure d’interview, ça fait peu de bêtises, au final. Je jette un coup d’œil à ma prise de notes : une seule citation de Burton m’a plus. « Je n’ai pas la culture du musée. Le premier que j’ai visité à 18 ans était le Hollywood Wax Museum. » Je viens de tomber sur cette exacte réplique dans un article daté de juillet 2009. J’me suis bien fait avoir.

»

Sombre histoire que tout cela. Ne nous laissons pas abattre : l’expo Burton est à voir au moins pour :

  • ses dessins caricaturaux gorgés d’humour noir
  • sa version ninja d’Hansel & Gretel très savoureuse, diffusée le jour d’Halloween en 1982 sur Disney Channel et disparue depuis (même sur Internet)
  • se promener entre des dessins freak sur une bande-son freak
  • analyser le profil psychologique d’un mec qui réalise son premier court à 16 ans : un crustacé en pâte à modeler couleur pistache qui se fait saigner par une pince…
  • se moquer des hôtes d’accueil qui portent des tee-shirt à rayures blanches et noires

(à voir aussi, la version web de l’expo au MoMa)

Vous avez jusqu’au 8 Août.