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BAFTA 2013 : la cérémonie, « Argo », classe ou pas classe ?

Le Royal Opera House (Londres) a accueilli ce dimanche soir la remise des prix des Césars à la sauce gravy. Sélection des meilleures interventions et des pires blagues cyniques.

The EE British Academy Film Awards in 2013Comme tout bon résumé de cérémonie, un article spécial BAFTA se doit de donner la liste exhaustive des lauréats. Mais dans une période où un clic nous fait apercevoir de façon officielle et fournie les gagnants, nous préférons nous demander : que penser de ces récompenses ? Ben Affleck et son Argo ont coiffé au poteau L’Odyssée de Pi et Lincoln pour les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Ces deux favoris sont pourtant les mieux placés pour les Oscars. Un bruit de fond répandrait déjà la rumeur d’un changement de dernière minute en faveur de l’ex-Daredevil, heureux de trouver une consécration à son passage «au second acte». Tout innocent, il considère son premier acte d’acteur achevé.

Les préférés du Royaume-Uni, Les Misérables, ont remporté de nombreux prix techniques (dont les outrageusement grandiloquents décors dont nous reparlerons ultérieurement) et le meilleur second rôle pour Anne Hathaway, assurant le culte de la Grande-Bretagne pour le musical. Emmanuelle Riva a créé la surprise avec son prix de meilleure actrice pour Amour, ce qui la met en bonne voie pour le Kodak Theatre. Daniel Day-Lewis a reçu en toute logique le prix du meilleur rôle pour sa performance dans Lincoln. Sugar Man a quant à lui remporté le prix du meilleur documentaire. Enfin, grand absent des récompenses malgré les nominations, Zero Dark Thirty rentre bredouille.

Mais que seraient les BAFTA sans l’humour à l’Anglaise ? Exclusivement diffusée sur BBC1, nous avons choisi et classé quelques interventions croustillantes de la cérémonie selon le code du fameux Classe-Pas Classe. Enjoy.

PAS CLASSE
The EE British Academy Film Awards in 20131. Stephen Fry, le maître de cérémonie, égrène les noms des célébrités s’étant déplacées pour l’événement, dont Helena Bonham Carter. Il lance la fausse rumeur qu’elle aurait apparemment bu pour s’imprégner de son personnage lors du tournage des Misérables. Choquée, l’épouse de Tim Burton  prend un air à mi-chemin entre l’incompréhension et le mépris, ce à quoi Fry répond : «Excusez-moi, je rigole, je voulais dire qu’elle était bourrée tout le temps !»

2. Billy Connolly arrive sur scène pour remettre le BAFTA de la meilleure première création, le visage figé dans un flegme typique : «Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux de venir ici pour offrir (regarde la forme du prix) un masque mortuaire posé sur un bâton.»

mirren3. Helen Mirren, nommée dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle pour Hitchcock, a présenté son nouveau look : ses cheveux teints en rose bonbon. Les tabloïds Anglais travaillent déjà leur point beauté, visiblement plus intéressés par l’état du tapis rouge Londonien sous la pluie que du palmarès.

4. Tout ému de sa récompense en tant que meilleur acteur dans un second rôle dans Django Unchained, Christoph Waltz dédie la fin de son discours au réalisateur Quentin Tarantino : «Je voudrais remercier Quentin pour sa confiance qui a toujours été totale envers mon travail…(échange de regards) espèce de diable !»

5. Les premiers mots du réalisateur du feuilleton The Imposter Bart Layton pour son BAFTA de la meilleure première création : «Oh mon dieu, j’y crois pas ! D’abord, j’ai eu la chance de faire pipi à côté de Samuel L. Jackson et maintenant ça !»

6. Alan Parker, lauréat d’un BAFTA d’honneur, évoque sa carrière : «Je me disais, mais qu’est-ce que je pourrais bien dire comme discours si je gagnais un prix ? Et puis, dix années ont passé…»

The EE British Academy Film Awards in 20137. En guise de clôture de la cérémonie, Stephen Fry adresse aux téléspectateurs un : «Keep shooting your shorts» qui peut avoir une double signification : soit «n’arrêtez pas de réaliser des courts-métrages», soit «continue de trouer ton slip». Après avoir prononcé ceci, Fry détache un moment les yeux de son prompteur pour commenter «Ça risque d’être compris bizarrement».

CLASSE
1. Anne Hathaway, pour le BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle, qui lui a été remis par George Clooney : «Je suis tellement émue que je viens seulement de prendre George Clooney dans mes bras, ce qui est relativement stupide.»

2. Stephen Fry sur Lincoln : «J’ai été très touché de voir que j’avais été moi-même invité à participer à la réalisation du dernier Spielberg. Après relecture de mon mail, il s’est avéré que j’étais plutôt invité à m’inscrire à LinkedIn.»

3. Daniel Day Lewis, pour le BAFTA du meilleur acteur : «Pendant 50 ans, j’ai cru entendre à chaque fois que je me levais de n’importe quel siège une bande-son d’applaudissements.»

The EE British Academy Film Awards in 20134. Samuel L. Jackson, venu remettre le BAFTA du meilleur film : «On vous a dit que la moitié d’Hollywood était là ce soir. Et c’est vrai : ils étaient tous dans le même vol que moi ! J’ai cru qu’on allait tourner un remake de Des Serpents dans l’avion

5. Ang Lee monte sur scène lire le discours de Claudio Miranda, directeur de la photographie de son film L’Odyssée de Pi, qui a remporté le BAFTA mais n’est pas présent à la cérémonie : «La première partie parle généralement de son travail avec moi et de combien je suis un bon réalisateur, je vais donc sauter ce passage…»

6. Et parce qu’il n’y a pas plus classe que d’arriver à faire pleurer d’émotion lorsqu’on est pas sur scène, le prix des plus belles larmes revient à Jennifer Garner, Lisa Heslov (épouse du producteur Grant Heslov) pour Argo, et Bradley Cooper pour Happiness Therapy.

Crédits photos : PA Images, BAFTA Images (via FlickR)

Bilan des entrées au cinéma en 2011 : Scorsese, ce héros

Le 4 Janvier dernier, le CNC a publié les résultats des entrées cinéma de 2011, largement supérieures à celles des années précédentes. Contrairement à la vogue hexagonale, les Etats-Unis souffrent d’une large baisse de fréquentation. Adaptation américaine d’un roman graphique qui se déroule dans le Paris des années 30, Hugo Cabret de Martin Scorsese semble bien se prêter au jeu des correspondances.

Cet acteur est insupportable : il écarte les narines quand il parle.

C’est officiel : nous n’avons jamais été aussi friands de salles obscures depuis 1966. Le Centre National du Cinéma a recensé 215,59 millions d’entrées pour 2011, soit 4,2% de plus que l’année dernière. Les Etats-Unis, par contre, font grise-mine : 1276 millions d’entrées, soit le moins bon résultat depuis 1995.

Symptomatique de ce malaise du cinéma, le dernier opus de Martin Scorsese, Hugo Cabret, taillé pour l’audience de grande écoute de fin d’année, n’a pas trouvé le public escompté. Le réalisateur, habitué des films de gangsters, avait choisi d’adapter le roman graphique de Boris Selznick L’Invention d’Hugo Cabret, qui a connu un grand succès outre-Atlantique en 2007. L’histoire se concentre sur un horloger-orphelin caché dans une gare parisienne. Son mode de vie l’oblige à voler les commerçants du hall, non sans risque. En se faisant attraper par un vendeur de jouets aigri, qui se révèlera être Georges Méliès ruiné, Hugo doit se séparer à contre-coeur de son précieux carnet.

Le film, sorti en 3D, affiche aux Etats-Unis une recette de moins de 50 millions de dollars selon CBO-BoxOffice. Son budget est de 170 millions. À titre indicatif, la première partie de Twilight 4 : Révélation, a engrangé près de 275,5 millions de dollars sur le seul sol américain, pour un budget de 125 millions de dollars.

Comment expliquer une telle perte d’engouement pour le dernier Scorsese ? Le film se déroule à Paris, ce qui constitue pour le réalisateur «Plus qu’un hommage, un pèlerinage».L’esthétique y est très travaillée et fidèle à l’époque, les bons sentiments pleuvent. En évoquant le passé de Georges Méliès, c’est toute l’histoire du cinéma qui résonne dans ce conte pour enfants. Et pourtant. «C’est plein de clichés français, de l’accordéon au croissant, tout y passe. Un peu comme Midnight in Paris de Woody Allen. Je comprends pas pourquoi les Américains n’ont pas apprécié.» nous confie Patricia, psychologue. «J’ai trouvé qu’il y avait des longueurs quand même. Bon, après, la deuxième partie sur Méliès était largement mieux.»

C’est aussi avec nos yeux de Français et/ou Parisiens que la critique d’Hugo Cabret se fait plus acérée. Dans ce Paris-là, il neige tout le temps, un carrefour relie Notre-Dame à la tour Eiffel et la gare d’Orsay, qui fonctionne toujours. Un Paris de carte postale ? Scorsese explique « On a dû concevoir un autre Paris, un Paris sublimé, parce qu’il s’agit avant tout des souvenirs d’un enfant. Le film de René Clair, Sous les toits de Paris, a été ma principale source d’inspiration.»

Appuyer sur l’esthétique de l’imaginaire, n’est-ce pas une façon de vouloir se relier à l’actualité ? Au-delà de tout succès éditorial, Hugo Cabret raconte la mort d’un cinéma, considéré comme expérimental à l’époque, et qui est maintenant le modèle de tout film à effets spéciaux. La première mutation du cinéma a déjà fait sa première victime. Peut-on y voir un écho aux chutes de fréquentation de 2011 ? Hugo Cabret est pourtant sorti en 3D, le gadget préféré des salles obscures depuis la sortie d’Avatar. Selon Scorsese, c’est «un outil narratif évident. La 3D est faite pour les comédiens. Les performances et les relations sont vraiment différentes, presque plus intimes.». Ce n’est pas l’avis de tout le monde. «Je n’ai pas vu Hugo Cabret en 3D. En général, je trouve que ça n’apporte rien de plus.» lâche Guillaume, 21 ans. «Les réalisateurs n’utilisent que l’effet de profondeur, et c’est assez mal fait. Et puis, il n’y a pas assez de jeu avec le spectateur : ils devraient s’inspirer de la pub Haribo qui nous donne l’impression que les bonbons flottent, ou de l’interaction qu’il y a dans Captain Eo (attraction en 3D de Disneyland mettant en scène Michael Jackson, NDLR)» Notons que la 3D au cinéma perd le prestige qu’elle avait acquis il y a deux ans. Pour la dernière partie d’Harry Potter 7 (2011), 60% des spectateurs ont refusé de le voir en relief, alors que pour l’Alice de Tim Burton (2010), ce même chiffre était utilisé pour les porteurs de lunettes. La plupart du temps les spectateurs préfèrent payer moins cher, sachant que la 3D, en plus d’être inconfortable, assombrit les couleurs des films.

Est-ce donc la fin du cinéma figuratif ? Les crises, qu’elles soient financière ou scénaristique, ne risquent-elles pas d’enterrer un certain type de réalisation ? L’académie londonienne du film et de la télévision (BAFTA) vient d’annoncer que Scorsese sera récompensé d’un prix honorifique pour l’ensemble de sa carrière en Février. Déjà la retraite ? Les projets ne manquent pas au réalisateur, auréolé d’un palmarès à faire rougir tout intermittent du spectacle. Une adaptation de Silence par le scénariste de Gangs of New-York avec Gordon-Levitt, un biopic sur Frank Sinatra… Et pour l’instant, les deux sont prévus en 3D.

Cette utilisation de la technique de projection en relief pourrait-elle devenir plus qu’un gadget ? Peut-on alors prévoir un rapprochement entre jeux vidéo et cinéma en 2012 ? Les adaptations se multiplient d’un côté (Warcraft, Halo en préparation, Prince of Persia & Resident Evil déjà sortis), les scénarios se complexifient de l’autre (ne serait-ce qu’Assassins Creed : Revelation, véritable film interactif). Un changement aussi radical semble tout de même relever de l’ordre de la fiction. Après tout, le héros du dernier Scorsese, ce n’est qu’un garçon qui cherche sa famille. Et pas la mort symbolique du cinéma États-Unien. Quand on demande à nos interviewés si 2012 sera favorable ou cinéma ou pas, on en conclut aisément qu’il est loin d’être passé de mode : «Pourquoi pas !», répond Patricia, «On en a besoin, surtout en période de crise.». Et Guillaume de renchérir «J’espère bien, vu que j’ai acheté la carte UGC !». Il ne faudrait pas, tout de même, que la technique remplace la qualité du cinéma. Le défaut d’Hugo Cabret se trouve bel et bien dans cette oscillation, entre symbolisme appuyé et grande oeuvre du cinéma globalisé, comme s’il n’osait pas s’aventurer dans les méandres du simple divertissement. Scorsese et Hugo sont peut-être bien une seule et même personne, orphelins d’un monde qui n’est plus celui qu’ils ont connu, à la recherche d’un nouvel espace, d’un nouveau départ.

Les citations de Martin Scorsese sont extraites de l’interview de Valentin Portier pour Evene.fr.

BONUS CACHÉ : CAPTAIN EO !

http://www.dailymotion.com/video/x9plsv