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CINEMA : Turbo, tout feu tout flasque

Sans sortir des sentiers battus du film d’animation à la Pixar, Turbo apporte quelques coups d’accélérateur et ose franchir le cap de l’humour noir, au risque d’être légèrement polémique, comme son prédécesseur de chez Dreamworks, Shrek.

turbo-au-cinema-le-16-octobreThéo vit dans un paisible potager de tomates à Venice (Californie) avec son frère Chet. Il a pourtant un rêve : devenir un grand pilote de voiture comme son héros : Guy LaGagne, dont il suit tous les exploits. Raillé par ses collègues, Théo se retrouve dans le moteur d’une voiture de course sauvage, et aspergé d’un carburant fluorescent qui transforme son ADN…

Au milieu de la bataille des franchises de films d’animation, certains opus uniques et assez atypiques peuvent voir le jour. Ce fut le cas de Là-Haut, qui assumait son côté apologie, ou bien L’Étrange pouvoir de Norman, film fantastique et inventif réalisé en stop motion. La genèse de Turbo est bien plus simple : Dreamworks Animation a lancé un concours d’histoire courte au sein de son entreprise, remporté par David Soren. Son idée est partie de Fast and Furious qu’il a décidé d’associer avec un opposé total : les escargots.

414855-turbo-3dBien que très comique, ce postulat de départ peine à s’imposer : Théo, le petit escargot rêveur trempé dans un dangereux liquide fluorescent, se transforme en véritable voiture. Il ne laisse plus de bave derrière lui, mais une trace de pneu de voiture. Ses yeux font d’ailleurs office de phares, de poste radio, etc… Pourquoi ne pas lui avoir laissé ses attributs de gastéropode afin d’appuyer la différence entre voitures et escargots une fois transformé ? Malgré cette question fondamentale, le film garde un bon rythme. Les seconds rôles sont bien soignés, aussi bien du côté humain (la clique d’immigrés d’une vieille station-service) que des mollusques (L’Ombre Blanche, Cool Raoul…).

Quelques touches d’humour noir (les escargots enlevés quotidiennement par des corbeaux ; les blagues récurrentes sur l’identité sexuelle des mollusques hermaphrodites) viennent ajouter à ce film une légère ironie à la morale «Aucun rêve n’est trop grand, aucun rêveur n’est trop petit.» Et lorsqu’on retrouve le nom du rappeur Snoop Dogg parmi les voix originales de cette vraie-fausse défense du dopage, ce n’est qu’avec peu de surprise.

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Crédits photos : 20th Century Fox

CINEMA : «Le Roi et l’Oiseau», le retour d’un chef-d’œuvre

Plus de trente ans après sa sortie, le projet de Paul Grimault et Jacques Prévert est à nouveau en salles obscures. Longtemps rejeté et raillé, aujourd’hui considéré comme culte, essayons l’autopsie d’un incontournable.

le_roi_et_l_oiseau_photo_3©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_S’il existait un mode d’emploi pour créer un film parfait, Le Roi et l’Oiseau ne serait guère un modèle. La version du conte d’Andersen par le poète et le dessinateur a subi de nombreuses modifications et dépourvues. Petite chronologie orientée sur la genèse de cet opus.

1947 : Paul Grimault, Jacques Prévert et le musicien Joseph Kosma entament leur première collaboration avec le court-métrage Le Petit Soldat, inspiré du Soldat de Plomb d’Andersen. Présenté aux festivals de Venise en 1948, ainsi qu’à Rio de Janeiro et Prague en 1950, il y remporte à chaque fois un prix. Forts de ce succès, les trois artistes voient plus grand : un long métrage.

1953 : Sortie au cinéma de La Bergère et le Ramoneur, projet de Grimault, Prévert modifié et atténué par les producteurs de l’époque. Les deux hommes rejettent tout lien avec cette œuvre.

le_roi_et_l_oiseau_photo_1_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_1979 : Après des années de bataille pour récupérer les bobines du film de 1953, Paul Grimault et Jacques Prévert, à l’époque très souffrant, réalisent le film correspondant à leurs attentes. Wojciech Kilar, compositeur Polonais, ajoute les musiques manquant à la précédente version mise en musique par Kosma. Le premier long métrage d’animation réalisé en France remporte le prix Louis-Delluc avant sa sortie en salles l’année suivante sous un nouveau titre pour éviter toute confusion : Le Roi et l’Oiseau.

2001 : Le film fait l’objet d’une restauration photochimique et numérique jusqu’à juillet 2003, pour une sortie en salles et en DVD la même année.

le_roi_et_l_oiseau_photo_2_©1980_studiocanal_les_films_paul_grimault_Soixante années sépare 2013 de la première version édulcorée du Roi et de l’Oiseau, qui hante encore et toujours nos mémoires et nos écrans. D’un format plus petit que le 4:3, et sans prises de vues réelles, le film de Grimault a eu une influence considérable sur l’appréciation du dessin animé dans le paysage cinématographique.

Novateur pour l’époque, encore plein de mystères aujourd’hui, il conte la fuite de deux figures de peintures murales : un ramoneur et une bergère. Follement amoureux, le roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize ira jusqu’à détruire la ville basse de son royaume de Takicardie pour retrouver la jeune blonde, aidée par un étrange oiseau bavard.

affLes références abondent, et les films qui ont suivi ont amplement fait référence à cet opus. Les studios Ghibli ont d’ailleurs produit en 2008 une exposition au titre transparent : «Grimault-Takahata-Miyazaki». Cependant, le film se suffit à lui-même, ne serait-ce que par le choix étrange d’associer personnages aux traits appuyés, entre manga et Disney, et un environnement visuel minimaliste, réaliste, froid.

Seul bémol du projet, la sortie du film n’a pas fait l’objet d’une nouvelle restauration. Il s’agit donc de la même qualité d’image que pour celle du DVD. Depuis 2003, des techniques de restauration et de diffusion en haute définition n’ont cessé de s’améliorer, notamment avec les projecteurs numériques 4K. Le Roi et l’Oiseau aurait pu à juste titre bénéficier de la même cure de jouvence, quitte à demander de l’aide à ses fans comme l’a fait Les Demoiselles de Rochefort. Affaire à suivre donc, et à voir avant la prochaine fois, car une fois de plus, ce film démontre sa capacité à se moquer du temps.

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Crédits photos : Sophie Dulac Distribution