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Super Trash, ordures bien gores

Plus haute que les montagnes environnantes, la décharge publique de Villeneuve-Loubet cache de moins en moins bien les déchets de la Côte d’Azur. Reportage à chaud d’un documentariste, perdu au milieu des bennes à ordures et des pots-de-vins.

supertrashSous un soleil de plomb, Marc Esposito prépare sa caméra à filmer l’horreur : les poubelles. En tant que Villeneuvois pure souche, il pensait connaître tout de ce monticule pestilentiel qui embaume toute la communauté. Son journal intime chronologico-thématique suit sa plongée dans la déchèterie, qui se révèlera bien plus choquante qu’elle ne paraît.

Au départ, Marc Esposito choisit de s’installer dans un cabanon, esseulé, le même cabanon dans lequel il jouait quand il était enfant. À peine accepté en tant que visiteur de la décharge, il manque de se faire écraser par la chaîne des camions. L’odeur est insupportable, il porte un masque bien peu efficace pour se protéger. Le tournage est minimaliste : en plus de sa petite caméra portative, une GoPro permet de voir en contre-champ le visage du réalisateur, malmené par cette expérience de plus d’un an. L’observation de ces bennes donne des images choc : des denrées encore comestibles côtoient des objets encore neufs, des défécations, des liquides suspects qui ressemblent à des hydrocarbures, des cercueils en fin de bail… Les images s’amoncellent jusqu’à la nausée. Esposito expérimente quelques uns de ces produits, avec plus ou moins de succès. Il arrive même à trouver plusieurs tapis rouges, en pleine période de festival de Cannes.

Sa route croise celle de Raymond, fervent défenseur de la forêt. Son discours est simple. Il pencherait presque vers le chamanisme lorsqu’il se met à écouter le tronc d’un arbre. Sa révolte est pourtant bien vive : pour lui, la décharge de Villeneuve a détruit l’éco-système. Lorsque Esposito réussit à interroger un conducteur de camion, c’est avec le visage caché. Ce dernier n’hésite pas, cependant, à évoquer des pratiques peu orthodoxes. Parmi elles, le fait d’éparpiller des bidons de produits chimiques un peu partout dans la décharge, pour qu’ils ne soient pas concentrés en un seul lieu. Un extrait du discours du maire révèle que la décharge aurait dû être fermée bien plus tôt. Raymond montre au réalisateur l’ancienne décharge : là où les ordures ont été enterrées il y a une trentaine d’années, certains objets ne se sont pas détériorés. La végétation n’a d’ailleurs pas repoussé depuis. Mais le pire arrive avec la pluie : le jus de la décharge qui s’écoule est bien sombre…

super-trash-le-film-surf_the_trash_martin_esposito_01Le réalisateur dans son cabanon prend une posture du vagabond à la Into the Wild, sans prendre la parole en off comme Michael Moore. Les images choquent, ici un jouet encore emballé, là un surf. Le montage est efficace, mais il manquerait peut-être de nuance : la décharge azuréenne est inacceptable, cependant, elle n’est que le symptôme d’une région qui doit gérer une démultiplication de ses habitants en été.

Un an plus tard, le réalisateur trouve encore des tapis rouges dans les ordures. Cette fois-ci, sa recherche Cannoise aboutit : le tapis est changé après chaque montée, soit un équivalent de 3000€, trois fois par jour… Son observation prend fin lors de la fermeture de la décharge. Avec un bandeau du tapis rouge autour du front, Esposito chasse les camions de ce qui n’est plus qu’un no man’s land, avant qu’une autre décharge soit ouverte.

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Crédits photos : Kanibal Films Distribution

One Direction: le film, ou l’étape marketing calibrée ?

Documentaire sur le nouveau phénomène de mode, One Direction : le film ne laisse que très peu de place à l’improvisation. Les images alternent entre extraits de concert et journal de tournée. Calibré pour satisfaire le fan aveuglé, le curieux peut passer son chemin.

one-direction-le-film-8Ils font tourner la tête des adolescentes du monde entier, si l’on veut bien croire ce que nous dit ce documentaire. Niall, Liam, Zayn, Harry et Louis font partie de One Direction, boys band recalé en 2010 à la finale d’X Factor, un télé-crochet anglo-saxon. Malgré leur défaite, le groupe, propulsé par leurs fans sur les réseaux sociaux, est à présent sur le point d’entamer une tournée mondiale, en stades exclusivement.

Véritable produit dérivé, le film ne nous apprend pas plus de choses que ce qu’une aficionada aurait déjà lu dans un des nombreux fanzines épluchés ses trois dernières années. Les performances live sont agrémentées d’animations 3D assez grossières pour justifier la sortie du film en relief. Aux interviews des protagonistes se mélangent des scènes chorégraphiées et autres improvisations, le tout formant un magma commercial très scénarisé et peu digeste. Les cinq chanteurs s’émerveillent devant le Japon, foncent au Madison Square Garden de New-York… Ils n’ont que très peu de temps pour ‘profiter de leur vie de Britannique lambda’.

Pourtant, au milieu de cette ode à leur succès, les témoignages des cinq jeunes hommes sont assez variés. Zayn paie une maison à sa mère et s’est acheté un studio pour graffer en liberté. Un véritable artiste, dit-il. Liam, par contre, a beaucoup plus conscience du caractère éphémère de son rêve, qui dépasse son cadre familial. Harry et Liam ont, quant à eux, conservé des souvenirs de leurs quotidiens : le premier était vendeur dans une boulangerie, le second assistait à des matchs de football en famille. Reste en images le penchant des cinq pour les blagues et la rigolade.

One-Direction-movie-poster-1840689En revanche, aucun mot n’est dit sur leur stratégie commerciale, sur l’envers du décor, sur l’élaboration du son One Direction, comme Jon Chu l’avait tenté avec Justin Bieber et Never Say Never (2011). Entre deux voyages, les langues semblent se délier sur la gestion du stress et des bains de foules, en apparence seulement. Ici une bousculade devant le Nike d’Amsterdam les surprend. C’est aussi ça, le succès. Lors d’un vrai-faux camping en Suède autour d’un feu, ce sont les mêmes commentaires sur leur succès que nous entendons, comme une tentative de nous convaincre de leur talent.

Point d’orgue de leur tournée, leur concert à Mexico a rassemblé pas moins de 65 000 fans. Inébranlables, ils assurent le spectacle, avant de repartir pour une autre date. Les cinq travaillent dur, nous dit-on. Ils ont en effet enregistré leur dernier album, encore inédit, pendant qu’ils étaient en tournée. Ce film cache donc son caractère médiatique derrière un bien maigre prétexte : remercier tous ceux qui se sont déplacés à leurs concerts. En prenant la place rêvée d’une fan très proche du groupe, il ne pose jamais la question des enfants stars, ellipse toute réflexion, pour satisfaire l’amoureuse du groupe. En revanche, les blagues, caméras cachées et surprises qu’ils réservent à leurs fans, ces délires qui ont forgé leur succès sur le net, sont reportées au générique. Peu sérieuses, elles bénéficient pourtant de maquillages professionnels suggérant une intervention de la production.

On gardera en tête les clins d’œil caméra que font ces chanteurs en plein milieu du stade de Londres, bien conscients d’être filmés, comme lorsqu’ils réalisent leurs pitreries. Faussement rebelles, ils sont peut-être les plus conscients de leur stratégie commerciale. À réserver donc aux Directioners.

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Crédits photos : Sony Pictures

Cinema Komunisto, Une Cine-città yougoslave

Les années communistes de la Yougoslavie vues par sa cité du cinéma. Au-delà de la docu-fiction sur un état qui n’existe qu’en film, portrait d’un pays idyllique et uni au cinéma  avant qu’il ne soit déchiré par la guerre des années 1990.

affiche-Il-etait-une-fois-en-Yougoslavie-Cinema-Komunisto-Cinema-Komunisto-2010-1Le cinéma à l’époque communiste se résume-t-il seulement à des films de propagande ? En véritable pionnière, la Yougoslavie a été l’une des premières à entreprendre la réalisation d’une cité du cinéma en 1946. C’est à travers les yeux de Leka, le projectionniste personnel du président de la Yougoslavie, le maréchal Tito, que nous plongeons dans ce documentaire aux fausses allures de chronique historique. En effet, le maréchal Tito était un cinéphile : il a visionné avec sa femme un film par soir pendant une trentaine d’années, soit près de 8800. La cité a produit principalement des films à la gloire du président, avant de s’ouvrir au marché mondial grâce à des tarifs minimes et comme devise aux exigences de tournage : «Nema problema !» («Pas de problème !»). Au milieu des ruines d’Avala Films, quelques irréductibles entretiennent les archives et les lieux désaffectés, entre coupures d’électricité et toiles d’araignée. Les lieux semblent s’être arrêtés au milieu des années 1980. Certains acteurs (qu’ils soient producteurs, réalisateurs ou stars) de cette époque racontent avec beaucoup de nostalgie cet âge d’or du cinéma, où les producteurs Américains se bousculaient pour bénéficier de leurs décors énormes. Pour appuyer leurs propos, des images témoignent du sujet principal : des films de guerre, beaucoup portés sur les explosions. Les quelques noms qui ressortent de ces happy few s’interrogent maintenant sur les obscurs financements de ces super productions, d’autant plus qu’un ancien membre des services secrets était pendant un temps à la tête d’Avala Films. Contrairement aux fastes déployés par le maréchal et ses mises en scène spectaculaires (sur l’île Brioni qu’il avait privatisé), la qualité de l’image est par contre de qualité plus modeste. Les archives n’ayant été que très peu restaurées, elles appuient sur le côté désuet de ces chants à la gloire de Tito. De la même manière, la qualité des caméras des documentaristes donnerait presque l’impression que ces images datent des années 1990. Pourtant, il y a bien foule en 2008 devant un pont à moitié dans l’eau, clé de voûte de la stratégie de Tito lors de la bataille de Neretva. Le pont avait été reconstruit entre temps pour les habitants, puis détruit une deuxième fois pour les besoins de la reconstitution de la success-story du président. Dans son propre rôle, ce-dernier avait d’ailleurs choisi… Richard Burton. Entre ces scènes légèrement grotesques d’un leader qui s’était fait aimer de son peuple avant d’être élu président à vie en 1974, certaines séquences révèlent un élément essentiel de la réussite yougoslave : le rôle de l’armée. Les conscrits pouvaient être réquisitionnés pendant leur service militaire en tant que figurants sur les plateaux, ou spectateurs du festival national de Pula pour remplir les arènes. Bercés par les stars Américaines et une esthétique de la perfection, Tito n’avait pas préparé le peuple à sa mort en 1980. Si la Yougoslavie n’existe plus qu’en film, les fans de Tito sont encore nombreux à se faire prendre en photo devant sa tombe. Un peuple qui n’a pas encore fait le deuil de sa Yougoslavie fantasmée.

Crédits photos : Les films des Deux rives

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