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HAPPY NEW FILM : comment échapper au syndrome de la ringardisation du nouvel an au cinéma ?

D’abord une pratique observée chez les séries, le thème de la fin d’année apparaît parfois au cinéma, et particulièrement à la fin de Décembre. Si on ne compte plus les films sur Noël, la fête de fin d’année a subi un traitement nettement différent au cinéma. Pourquoi si peu de (bons) films se sont emparés de cette soirée ?

Attendons un moment avant d’attaquer les derniers toasts au foie gras et les restes de bûche glacée. Prenons du recul : si la télé nous abreuve de téléfilms sur Noël aux qualités plus que discutables, les films ayant pour thème la fête de la Saint-Sylvestre se font rares. Abus de champagne ou réelle volonté de nous priver de cette magnifique célébration, qui pour le coup est laïque ? Avant de monter sur nos chevaux cinéphiles, il faut tout de même noter l’évidence : Noël et la fête de la Saint-Sylvestre ne sont pas du tout les mêmes fêtes. La première est un rassemblement familial, qui fait ressortir les valeurs occidentales et chrétiennes que sont la famille, la réussite sociale, le pardon, la charité, etc. Le nouvel an, quant à lui, a une signification beaucoup plus floue. Mis à part la fête, peu de choses s’y attachent. On peut noter l’amitié, l’amour, la danse, la joie. Autre fait à noter : si les décorations de Noël n’ont de cesse de se multiplier et de varier, les décorations de fin d’année sont assez pauvres : la nouvelle année suffit de décor à elle-même (je sais que vous cherchez déjà la nouvelle contrepèterie qui ira avec 2017). Autre spécificité du nouvel an : les feux d’artifice, plus ou moins généreux selon les endroits.

Nous arrivons déjà avec un clair désavantage : la fête du nouvel an est moins cinématographique que Noël. Et nous disons cela en toute connaissance de cause, même avec l’apparition récente de films qui prennent littéralement le nom de cette fête : Happy New Year (Garry Marshall, 2011), New Year’s Day (Suri Krishnamma, 2001), New Year’s Day (Henry Jaglom, 1989), New Year’s Evil (Emmett Alston, 1980 ; très bon jeu de mots au passage), etc. Autant dire qu’on ne se foule pas. Pourquoi un tel désintérêt pour le nouvel an au cinéma ?

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Le nouvel an est en fait une information, un passage. D’un point de vue scénaristique, c’est assez maigre. Si cette fête permet tout (l’alcool et la fête aidant), tout devient très vite dépassé dans ces films, à partir du moment où l’année en cours de tournage ne peut pas être celle de l’année de sortie d’un film (élémentaire). C’est sur cet avantage que joue la période de Noël, où les simples indicateurs de temps peuvent être les corps, les relations. Autre fait dû à la période : nous acceptons de regarder des films de Noël jusqu’à 15 jours avant la date officielle (cf le mouvement des Ugly Christmas Sweaters), mais quand regardons-nous les films du nouvel an ? La veille ? Le lendemain ? La même question pourrait se poser pour cet article, que je choisis délibérément de publier 2 jours avant le nouvel an (mais que je pourrai facilement retweeter tous les ans #flemme).

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Il y a dans le nouvel an l’idée de l’instant, de l’éphémère et du ponctuel, un concept qui n’a pas l’air de correspondre à notre relation au cinéma : nous accumulons des films sur nos disques durs et dans nos DVDthèques, nous les regardons à l’envi, jusqu’à ce que mort s’en suive. La répétition ne sied pas au nouvel an. Quel dommage, quand on pense à quel point cette fête contient tous les éléments d’un drame palpitant !

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S’il y a très peu de films consacrés entièrement au nouvel an, il y a cependant de nombreuses scènes du nouvel an, et des très belles. Les classiques sont assez nombreux, surtout du côté des mélo et comédies romantiques. La sensibilité gauche de Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), la déclaration d’amour enflammé dans le cultissime Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1980)… Le nouvel an fait acte de déclencheur : parce que c’est une occasion spéciale, les langues se délient. Il y a une idée du « maintenant ou jamais » avec le nouvel an. De plus, la notion du couple est beaucoup plus mise en valeur avec cette fête qu’avec Noël.

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Le nouvel an a cependant eu une signification particulière avec le bug de l’an 2000. Longtemps fantasmé comme le montre ce formidable dossier de Thierry Noisette, ce passage au nouveau millénaire, qui n’a été finalement eu des impacts très réduits, a permis de développer des intrigues aussi vite passées de mode : Haute Voltige (Jon Amiel, 1999) et le très bien nommé Destruction Finale (Richard Pepin, 1999 ; traduction du titre US aussi délicat Terminal Countdown, qui était au départ Y2K)…

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Dernier point, et non des tels : le problème de l’absence de films du nouvel an tient tout simplement à un élément pratique : la pratique sociale veut que nous soyons tous en train de fêter la nouvelle année, avec beaucoup d’alcool, beaucoup d’amis, dans une débauche sans nom, que nous nous souvenions de cette soirée comme la meilleure au monde, où il s’est passé le meilleur et surtout ce qui arrivera dans l’année à venir. Et bien non. Revendiquons notre droit à célébrer le nouvel an avec des bons films et des nanars bien ratés.

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Quels films pour accueillir 2017, donc ? Du côté des plus belles scènes du nouvel an : il y a Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), qui oppose l’ivresse, la foule, la jeunesse avec le vide, la dépression. À revoir ne serait-ce que pour le jeu incroyablement décalé et touchant de Gloria Swanson. Il y a également le classique des classiques, La Ruée vers l’Or (Charlie Chaplin, 1925) éternel grand huit entre les rires et les larmes, avec Charlot qui attend son date pour le nouvel an. Dans une veine un peu moins légère et plus politisée, il y a Fruitvale Station (Ryan Coogler, 2013), qui retrace le parcours du jeune Oscar Grant, tué par erreur par un policier le 1er janvier 2009.

Si vous vous attendiez vraiment à une liste et que vous êtes déçus, ne partez pas trop vite : au lieu de voir si Ghostbusters II (Ivan Reitman, 1989) n’a pas été oublié par un énième article à clics, regardez plutôt la liste des meilleurs jeux d’alcool devant un film par GamesRadar. Ça peut être utile.

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Bonne année à tous, et laissez New Year’s Eve aux amateurs. Quitte à voir un mauvais film, regardez le Star Wars Holiday Special (Steve Binder & David Acomba, 1978). Carrie Fisher y chante dedans, apparemment (amour +10000) :

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CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»

En cette période de vacances scolaires, le cinéma est à l’honneur, notamment avec la déferlante Gravity et la sortie de Thor 2 demain. N’oublions pas tout de même que cette semaine, le film du mois à ne pas manquer sous aucun prétexte est Snowpiercer de Bong Joon-Ho. La preuve par 10.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»10. PARCE QUE BONG JOON-HU

Ce nom ne résonne peut-être pas dans vos oreilles, mais Bong Joon-Ho est considéré comme un réalisateur Coréen influent. Son style se définit par une recherche esthétique très appuyée, mais également par des sursauts comiques dans tous ses films. Dans The Host (2006), qui est un film d’horreur traitant de l’invasion d’un monstre, le film est traité à travers la réaction d’une famille lorsque la benjamine est enlevée. Les changements de registres à l’intérieur de ce film sont très nombreux, notamment dans la scène d’apparition du monstre. Dans Snowpiercer, il utilise ces deux atouts pour les appliquer à cette histoire de révolte à l’intérieur du train de la fin du monde, dont les passages comiques ne manquent pas, sans entacher l’évolution.

9. PARCE QUE LE TRANSPERCENEIGE EST UNE BANDE-DESSINÉE FRANÇAISE

La légende raconte que Bong Joon-Ho est tombé sur cette BD par hasard dans une boutique spécialisée dans le SF, avant même de réaliser The Host. Comme tout projet cinématographique, l’entreprise a été longue et semée d’embûches. Mais l’association internationale a permis d’élargir le casting à différentes nationalités. Lors de l’avant-première de l’Étrange Festival, Jean-Marc Rochette, le créateur de la BD avait encore du mal à réaliser ce qu’avait produit cette BD créée à son petit bureau il y a trente ans. Le Transperceneige a été publié dans la revue (À Suivre) entre 1982 et 1983. Le scénario de Jacques Lob et les images de Jean-Marc Rochette a été récompensé en 1985 par un prix au festival d’Angoulême et une publication chez Casterman. Deux suites ont même été créées : L’Arpenteur (1999) et La Traversée (2000), sur un scénario de Benjamin Legrand en remplacement de Lob décédé.

8. PARCE QUE C’EST UN FILM DE TRAIN

Les films qui parlent d’un train existent et sont déjà très nombreux. La nouveauté réside dans son format : du fait qu’il s’agit d’une révolution, nous suivons le parcours des passagers du fond et leur évolution au wagon suivant. Le format du train donne ainsi le format au film, qui est un enchaînement jusqu’à la locomotive. La forme du film a ainsi la forme du transport. Qui plus est, la réalisation est assez rythmée pour donner du souffle à cette évolution linéaire du récit, car les personnages n’évoluent pas de la même manière. La maestra du film tient aussi dans ce non recours, aussi bien au retour en arrière qu’à l’histoire en-dehors du train.

7. PARCE QUE L’UNIVERS VISUEL EST MAGNIFIQUE

Et pourtant, on pensait en avoir soupé des films post-apocalyptiques sombres qui racontent la survie d’un groupuscule face à un envahisseur totalitaire. Bong Joon-Ho s’appuie sur la comparaison facile entre les passagers de troisième et de première classe pour donner des univers visuels complètement différents d’un wagon à l’autre. Ici une sombre morgue aux coffres luisants, là un aquarium chamarré. Le plus beau reste encore ces plans sur les étendues de neige qui entourent le train à perte de vue.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»6. PARCE QUE LE CASTING EST INTERNATIONAL ET DE QUALITÉ

Nous l’avons déjà cité plus haut, mais le casting international est également un casting d’acteurs célèbres sans être des stars qui cacheraient le train. On retrouve quand même Jamie Bell (Billy Elliot), Octavia Spencer (La Couleur des sentiments), James Hurt (Elephant Man) et Tilda Swinton (We Need to talk about Kevin). Si nous n’avions aucun doute sur la qualité de leurs jeux, ils permettent au rôle principal habitué aux grosses productions de s’élever.

5. PARCE QUE JUSQU’ICI C’EST LE MEILLEUR RÔLE DE CHRIS EVANS

On le connaît plus pour Captain America, un rôle à l’envergure assez réduite, mais qui a permis de le faire entrer dans la série Avengers. Le deuxième opus des aventures de son personnage est d’ailleurs en post-production. Entre ce rôle et celui de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques, la musculature d’Evans a plus été mise à contribution que son panel de jeu dans sa carrière. Et pourtant, dans Snowpiercer, Evans est brun, garde ses vêtements, mais il s’en sort. N’en déplaise au producteurs de la franchise Marvel.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»4. PARCE QU’IL ÉVOQUE DES THÈMES INTENSES SANS ÊTRE EXPLICITES

Marre des nanars sanglants avec grand renfort d’hémoglobine ou de plans sur découpes réelles de membres ? Ici, certes, le sujet implique des combats. Et pourtant, les scènes sont filmées avec assez de subtilité pour suggérer les coups sans tomber dans l’effusion de sang. En s’inspirant des chorégraphies de combats des films asiatiques, le film propose également des gestes simplifiés, qui permettent de comprendre l’évolution du combat sans user de ralentis appuyés. Le train lui-même donne ses contraintes à la confrontation : lorsqu’il traverse un long tunnel, il oblige les rebelles à se battre à l’aveugle contre les militaires et leurs lunettes à infrarouges.

3. PARCE QU’IL EST PORTEUR D’UN MESSAGE FAUSSEMENT SIMPLISTE

Les gros mots pourraient fuser facilement : lutte des classes, vision contestataire de l’ordre établi, corruption de l’élite gouvernante… Oui, Le Transperceneige aborde ces sujets. Pourtant, le message final qui s’en dégage n’est pas forcément totalement engagé dans ce sens. Plus que de donner des réponses arrêtées, ce film met en perspective deux visions du monde et les interrogent. Sommes-nous voués à survivre ou à vivre ensemble ? En nous montrant la voie sans la prendre pour nous, Snowpiercer donne une profondeur inattendue au film d’action.

2. PARCE QUE LA 3D AURAIT ÉTÉ DE TROP

C’est bien rare de penser ainsi ? Pas tant que ça. La 3D a été utilisée ces-derniers temps avec seulement pour effet… la profondeur. Avec des lunettes lourdes, embuées, qui ne fonctionnent pas tout le temps, on s’en passerait bien. Snowpiercer n’est pas en 3D, tant mieux, car s’il l’avait été, elle n’aurait pas été mise à contribution comme elle l’est dans Gravity.

1. PARCE QUE LA BANDE-ANNONCE DONNERAIT PRESQUE ENVIE DE LE REVOIR

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Crédits photos : Wildside

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai-faux blockbuster ?

Suite des aventures de Katniss et Peeta, pour lesquelles la machine commerciale hollywoodienne a été mise en branle. Le tout pour un message plutôt… anti-capitaliste.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?Autre cas de succès de librairie qui passe à l’écran, Hunger Games tente de s’imposer comme franchise cinématographique. Au risque d’être très (voire trop) fidèle, et afin de se réserver pour les suites à venir (sans surprise, le troisième volet sortira en deux parties en 2014 et 2015), ce deuxième épisode s’appuie un peu trop sur l’originalité du premier avant de décoller aux 3/4 du film. Et contre toute attente, son discours sur la société de consommation est assez engagé.

Conformément à la tradition, Katniss et Peeta, les vainqueurs des 74ème Hunger Games ou Jeux de l’Expiation, se soumettent à une tournée de gala dans les 12 districts de Panem, et feignent de s’aimer. Katniss tait ainsi sa relation avec Gale à contre-cœur. Où qu’ils passent, le peuple les associe à un espoir révolutionnaire, ce qui accentue la répression de la milice. Pour calmer ces émeutes, le président de Panem annonce une édition spéciale des Jeux réservée aux anciens vainqueurs, dans l’espoir de se débarrasser de ‘la fille en feu’.

Bien peu d’éléments ont changé entre les deux épisodes : mêmes acteurs, mêmes styles vestimentaires, même triangle amoureux. Mais ce n’est plus Gary Ross, le réalisateur à l’origine de l’univers en noir et blanc et en couleurs de Pleasantville (1998), mais Francis Lawrence qui est aux commandes de cet opus. Il a réalisé entre autres le clip Bad Romance de Lady Gaga (2009), qui fait partie des 10 vidéos les plus vues sur YouTube. Là où Ross avait préféré donner une couleur ambrée à sa photographie, l’Embrasement de Lawrence est plus bleuté et froid, plus conventionnel. Cet écho Twilightesque enlève un peu à l’intérêt de l’opposition entre monde rural et la Capitale qui fonctionnait dans le premier opus. Ici, on suppose qu’il fallait accentuer les styles néo-baroques des nantis face aux haillons des pauvres districts. Le choix n’est pas révolutionnaire, en soi.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?La lumière du film est cependant faite sur l’actrice qui incarne Katniss Everdeen à l’écran, et qui emprunte son nom de famille au réalisateur (mais avec aucun lien de parenté) : Jennifer Lawrence. En effet, depuis son oscarisation pour Happiness Therapy (2012), la jeune héroïne envahit totalement l’écran, quitte à l’occuper un peu trop. Dans le premier épisode, la dureté de Katniss était moins dissonante, car elle contre-balançait avec une certaine diplomatie maladroite de Peeta (Josh Hutcherson). L’héroïsme de la grande brune face au petit blond s’exprimait alors par un mutisme singulier (celui-là même qui lui a permis de décrocher l’Oscar face à Bradley Cooper, blond lui aussi). Ici, la jeune continue de se morfondre, tout en se trouvant un don pour la comédie et l’anticonformisme. L’auto-caricature n’est pas loin.

Et pourtant, quand on pense savoir d’avance l’issue de ce 75ème Jeu d’Expiation, on y découvre non plus une lutte animale, mais des alliances, des stratagèmes, entre coups de bluff et lutte contre un système qui rappelle étrangement Hollywood. Plus précisément ses méthodes de sélection et de rentabilité. La fidélité au texte (l’adaptation en scénario a été assurée par l’auteur Suzanne Collins elle-même) aura au moins l’intérêt de proposer une réflexion sur l’économie du cinéma et ses déboires. Car au fond, la dernière image de cet Embrasement, le cliff-hanger qui vous fera peut-être languir pendant un an, ce n’est qu’un seul visage, qu’un seul regard de braise. Il n’est pas inconnu, comme celui qui clôt Matrix Reloaded (2003), mais il présage le même danger.

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Crédits photos : Metropolitan Filmexport

Macadam Baby, le provincial poissard

Tribulations d’un jeune provincial amoureux dans un Paris stéréotypé. Malgré ses personnages attachants, ce film cache difficilement ses erreurs scénaristiques, et son manque de rythme, que le format du court-métrage aurait peut-être mieux desservis.

macadamThomas est un jeune étudiant en philosophie qui habite avec ses parents dans le Nord-Pas-de-Calais. Il part seul à Paris avec un manuscrit, Gnothi Seauton, et l’espoir de le faire publier chez un éditeur et ami de son père. À un bar, il sympathise avec Julie, dont il tombe amoureux. Celle-ci s’enfuie et vole son argent dans son dos. Thomas retrouve son frère Grégoire avec difficulté : ce-dernier avait ignoré ses appels et ses messages. Il accepte de lui faire une place là où il habite, chez la grand-mère de son ami Jérémy, avec Marco, un autre ami. Comme Jérémy ramène une fille différente par nuit, il se retrouve un soir avec Julie, à la surprise de Thomas.

Pour son premier long métrage, Patrick Bossard a choisi une histoire prétendument inspirée de faits réels. Pourtant, la première impression qui s’en dégage semble bien loin de la réalité. Ne serait-ce que Thomas, le jeune héros étudiant de philosophie, qui débarque à Paris plein d’illusions. Les clichés sur le provincial qui ne connaît pas la cruauté de la capitale ne sont pas épargnés, tout comme ceux du jeune écrivain qui ignore le fonctionnement des maisons d’éditions. Le plus énorme réside encore dans le comportement de son frère et ses amis, qui vivent de plans foireux et comptent leurs salaires en centimes, mais n’hésitent pas à tout plaquer pour rassembler une somme faramineuse pour une jeune fille qu’ils ne connaissent que très peu.

macadam-babyySi l’ensemble se veut réaliste, tout sonne faux. La gestion des personnages secondaires, qui aurait pu apporter une respiration comique par rapport à l’histoire principale assez sombre, a elle aussi été négligée. Quand Grégoire, Jérémy et Marco se déguisent en pères Noël en pleine rue pour proposer des photos, ils ne prennent pas le temps de croire à leur canular : les trois courent presque après les passants pour leur demander une pièce, portent leurs barbes blanches à moitié avant d’être embarqués par la police. Ce film révèle ses effets avant même de les utiliser, comme une caméra cachée qui aurait un cadreur à découvert. De ce fait, l’évolution de Thomas n’est ni attendrissante, ni révoltante. De plus, lors de l’épilogue, elle n’a pas l’air d’avoir changé, puisque Thomas ne pense qu’à retrouver Julie. Un film réel, peut-être, mais très peu réaliste.

Crédits photos : Kanibal Films Distribution

CINEMA : «Malavita», la mafia de Besson est bon-enfant

Adapté du best-seller de Tonino Benacquista, le dernier film de Luc Besson se repose sur son casting de rêve pour faire fonctionner tout le comique de cet anti-thriller pas vraiment inoubliable, mais pas déplaisant non plus.

«Combien vaut un homme ? Quel est le prix d’une vie humaine ? Savoir ce qu’on vaut, c’est comme connaître le jour de sa mort. Je vaux vingt millions de dollars. C’est énorme. Et bien moins que ce que je croyais. Je suis peut-être un des hommes les plus chers du monde. Valoir aussi cher et vivre une vie aussi merdique que la mienne, c’est le comble de la misère.»

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonLe ton se veut comique et impertinent, car l’histoire n’est pas toute rose : Giovanni est un ancien mafieux de la Little Italy. Depuis qu’il a balancé tous ses amis, le FBI l’a mis sous protection et sous surveillance rapprochée. Balloté en Europe avec sa famille, il se cache sous le nom de Fred Blake, et débarque dans une bourgade normande : Cholong-sur-Avre.

Sur RTL, Benacquista s’est étonné de la fidélité du réalisateur, ce n’est pourtant pas bien difficile. Il n’en fallait pas plus pour que le Besson des films d’actions explosifs se régale, et ici, il semble être dans son élément. Les relations entre Américano-Italiens névrosés et Français moyens font des étincelles : Maggie (Michelle Pfeiffer), innocente, demande à l’épicier du coin, dans un français approximatif mais attendrissant, s’ils ont du beurre de cacahuète. Devant le rejet violent du commerçant et du regard noir des autres clientes, Maggie finit ses courses avec dignité, et quitte le bâtiment… Juste avant que la bouteille de gaz qu’elle a volontairement ouverte n’explose. Le rythme de cette adaptation prend une accélération à la moitié du film, qui se transforme en course-poursuite improbable, et en une destruction massive, apothéose de ce qui pourrait être une fan-fiction du Parrain avec un budget colossal.

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonMalgré tout, Malavita reste une adaptation, et paradoxalement, son plus grand défaut réside dans le choix de ses acteurs. En effet, Fred/Giovanni est un pauvre type. Un mafieux qui balance tous ses amis n’a pas la même carrure qu’un Don Corleone. Or, Robert De Niro a déjà un lourd passé avec les films de mafia. Le voir gesticuler et grimacer ne nous enlève que difficilement son historique de la tête. Tout comme Michelle Pfeiffer semble être plus crédible en femme fatale qu’en mamma protectrice et cuisinière à l’italienne. Le maître mot est plutôt la rigolade, la survie, mais aussi les combats sanglants. À la manière d’un jeu vidéo, ce film aborde la mort comme une passade et une technique d’accès au calme aussi efficace qu’une séance de yoga.

Mais Besson joue avec son casting. Particulièrement avec ses têtes d’affiche :Tommy Lee Jones (qui interprète le rôle de l’agent Stansfield). En guise d’apothéose, Stansfield et Fred se retrouvent à une séance d’un club-cinéma qui change au dernier moment sa programmation pour projeter… Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese. Si l’instant est déjà comique dans le livre, il n’est que plus délectable sur grand écran, car De Niro y tient le rôle principal (et celui d’un wannabe mafieux Américano-Italien).

Même les enfants de la famille Warren (John D’Leo) et Belle (Dianna Agron) participent au détournement, les deux avec des comportements légèrement névrotiques en milieu scolaire français moyen. Ne serait-ce que pour la critique de la France chauvine, cette comédie noire vaut son pesant de pop-corn, avant de se plonger dans la suite, Malavita encore, en espérant qu’elle soit plus subtile que cette version dynamitée de Besson.

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Crédits photos : EuropaCorp

Opium, le premier essai enfumé d’Arielle Dombasle

Histoire fantasmée de la liaison entre Jean Cocteau et Raymond Radiguet, la vision d’Arielle Dombasle se veut aussi grandiose que son maître, en respectant à la lettre ses chansons. L’effet final, assez lourd et volontairement décousu, est plutôt grandiloquent.

opiumJean Cocteau, est en cure de désintoxication de l’opium. Dans ses délires, il revoit le corps d’un jeune homme. Ce même homme lui arrache sa lecture des mains pour la jeter à la mer un après-midi. Plus tard, il se présente comme étant Raymond Radiguet, avec son manuscrit des Diables au corps. Cocteau décide de l’emmener avec lui à Paris.

Sur un fond noir, le pinceau couleur d’étoile du peintre croque un visage d’homme, avant de signer ‘Jean’, et de dessiner une étoile. Aborder Jean Cocteau, l’artiste anticonformiste par le biais de son œuvre, voilà un bien beau défi. Si la démarche de Cocteau avait pour but d’exploser les codes de la société du XXème siècle, elle peut paraître bien sage pour un spectateur post-bug de l’an 2000. Arielle Dombasle a toutefois choisi la voix de la romance, quitte à aborder le suranné et le kitsch.

opium1Sorti de sa torpeur due à la prise d’opium, Cocteau se remémore le souvenir du jeune Raymond Radiguet, rencontré lors d’une de ses cures de désintoxication sur la plage. Sa vivacité l’intéresse, il lui fait connaître le gratin Parisien guindé, tout en entretenant une relation avec lui, un peu trop libre au goût du poète. Entre les tableaux noir et blanc, sortes de rêveries symboliques, et les scènes de fête foraine ou de soirée mondaine, il n’y a que très peu de différences : les costumes et les effets sont bariolés, recherchés, voire encombrants.

À partir d’une belle histoire d’amitié entre les deux écrivains, Dombasle a transformé la relation des deux hommes en une passion digne de Rimbaud et Verlaine, bien trop exagérée pour être touchante. Et si Philippe Katerine, Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Julie Depardieu et Ariel Wizman y font de courtes apparitions, ce n’est que pour souligner cette nouvelle définition du tout-Paris dans lequel Arielle Dombasle se rêve en figure centrale, mystérieuse faucheuse qui chante. À l’oreille, les chansons, écrites par Cocteau lui-même, sonnent le glas de cette fausse adaptation en trompe-l’œil.

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Crédits photos : Margo Films

CINÉMA : L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Jeunet à rallonge

Pour son nouveau pot-pourri, Jean-Pierre Jeunet a exhumé ses albums d’enfance. Si les péripéties de T. S. et sa bouille émeuvent, elles cachent difficilement d’énormes lacunes scénaristiques.

Quatre ans après Micmacs à tire-larigot, ode à la médiocrité occulté par les grimaces de Dany Boon juste après son succès Ch’ti, Jean-Pierre Jeunet a choisi d’adapter un livre pour enfants, mettant en scène un bien curieux personnage : le jeune T. S. Spivet, et ses talents d’analyste scientifique.

Au beau milieu du Montana, le quotidien de T.S. n’est pas comme celui des autres garçons de son âge : sa grande passion, ce sont les analyses scientifiques. Il passe ses journées à étudier tout ce qui entoure le ranch familial. Comme toujours, sa sœur Gracie, en pleine crise ado-artistique, le méprise. Sa mère (Dr. Clair), spécialiste dans l’étude d’insectes l’encourage, tandis que son frère et son père s’occupent des chèvres et autres, en véritables cow-boys. Un jour, T.S. reçoit un appel : l’institut Smithsonian, académie scientifique de Washington D.C., lui annonce qu’il est le lauréat de leur prix grâce à son projet de machine à mouvement perpétuel…

2013-08-27_16-43-37_TS_SPIVET_TeaserPoster_FrenchL’erreur la plus visible de ce conte tient dans cet unique coup de téléphone. En véritable amoureux de l’image, Jeunet prend le temps d’installer ses plans. Pas de monochromie ici comme dans Amélie Poulain, les couleurs sont chaleureuses, comme dorées et figées sur papier glacé. Le caractère hautement scientifique de T.S. nous est présenté par accident, au détour d’une unique scène d’école, lorsque ce-dernier exhibe fièrement un de ses articles publiés dans la revue Discovery.

Les questions affluent : pourquoi décide-t-il de cacher ce prix à sa famille ? Pourquoi choisit-il de se déclarer orphelin ? Pourquoi décide-t-il de fuguer pour traverser les Etats-Unis ? L’amoncellement de ce type de réflexion nous pousse donc à nous éloigner de cette histoire surréaliste, aux belles promesses, mais totalement illogique.

Le style de Jeunet est toujours là : le rythme des séquences, le goût pour les mêmes têtes (Dominique Pinon) et noms (le chien s’appelle Tapioca, comme les Tapioca de Delicatessen, ou sa boîte de production : Tapioca Films), la créativité des plans, l’illustration comique du cheminement de la pensée des personnages… L’outil de la 3D semble pourtant l’avoir freiné : l’image n’est pas distordue ou hachée, comme elle l’a été dans Amélie Poulain. Ces quelques éléments rassureraient presque, d’autant que l’acteur principal est attendrissant.

Mais le choix de l’histoire laisse à désirer : le format de road-trip à la Into the Wild a été associé à un univers d’album des années 1960. Le patriarche de la maisonnée est tout droit sorti d’un western, de par son physique, son salon-museum rempli d’animaux empaillés et son mutisme. De plus, lorsqu’il s’avachit dans son canapé avec son whisky, c’est pour regarder… un western en noir et blanc.

"The Selected Works of T.S.Spivet" Day 42 Photo: Jan Thijs 2012Les bons sentiments affluent, comme l’étude de ce fleuve dont le barrage ne tient pas, la critique est plutôt molle. Jean-Pierre Jeunet a voulu se faire plaisir, donner des images à ses rêves d’enfant, de célébrité peut-être ; il aborde légèrement les revers du succès (l’exposition médiatique, la solitude) avant de choisir le rail de la fin heureuse. Malheureusement, la virtuosité qu’il a déployé pour filmer l’horreur extraterrestre ou la normalité banale devient stéréotypée lorsqu’il veut célébrer une prodigieuse extravagance. Une impasse scénaristique ou un petit exercice de style d’un grand réalisateur ?

Pour échapper au contrôle du train de marchandises qu’il emprunte, T.S. se cache dans un camping-car témoin, et pose à côté des mannequins en papier, attablés devant des steaks en plastique. Ce miroir inversé de La Cité des enfants perdus est lumineux, chaleureux, mais est-ce un confort véritable ou faussé ? Secoué par la situation, T.S. vomit dans l’évier du camping-car une fois seul, avant de se rendre compte que l’eau ne fonctionne pas. Illusion du cont(r)e-plaqué qui évoque Arthur et les Minimoys ou Dorothy et Toto, l’étincelle en moins.

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L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet (2013, France-Canada).
Scénario : Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après le roman éponyme de Reif Larsen.
Avec : Helena Bonham Carter, Judy Davis, Callum Keith Rennie, Kyle Catlett, Niamh Wilson.
Durée : 1h45
Sortie en salles et en 3D le 16 Octobre 2013

Crédit photos : Gaumont Presse

One Direction: le film, ou l’étape marketing calibrée ?

Documentaire sur le nouveau phénomène de mode, One Direction : le film ne laisse que très peu de place à l’improvisation. Les images alternent entre extraits de concert et journal de tournée. Calibré pour satisfaire le fan aveuglé, le curieux peut passer son chemin.

one-direction-le-film-8Ils font tourner la tête des adolescentes du monde entier, si l’on veut bien croire ce que nous dit ce documentaire. Niall, Liam, Zayn, Harry et Louis font partie de One Direction, boys band recalé en 2010 à la finale d’X Factor, un télé-crochet anglo-saxon. Malgré leur défaite, le groupe, propulsé par leurs fans sur les réseaux sociaux, est à présent sur le point d’entamer une tournée mondiale, en stades exclusivement.

Véritable produit dérivé, le film ne nous apprend pas plus de choses que ce qu’une aficionada aurait déjà lu dans un des nombreux fanzines épluchés ses trois dernières années. Les performances live sont agrémentées d’animations 3D assez grossières pour justifier la sortie du film en relief. Aux interviews des protagonistes se mélangent des scènes chorégraphiées et autres improvisations, le tout formant un magma commercial très scénarisé et peu digeste. Les cinq chanteurs s’émerveillent devant le Japon, foncent au Madison Square Garden de New-York… Ils n’ont que très peu de temps pour ‘profiter de leur vie de Britannique lambda’.

Pourtant, au milieu de cette ode à leur succès, les témoignages des cinq jeunes hommes sont assez variés. Zayn paie une maison à sa mère et s’est acheté un studio pour graffer en liberté. Un véritable artiste, dit-il. Liam, par contre, a beaucoup plus conscience du caractère éphémère de son rêve, qui dépasse son cadre familial. Harry et Liam ont, quant à eux, conservé des souvenirs de leurs quotidiens : le premier était vendeur dans une boulangerie, le second assistait à des matchs de football en famille. Reste en images le penchant des cinq pour les blagues et la rigolade.

One-Direction-movie-poster-1840689En revanche, aucun mot n’est dit sur leur stratégie commerciale, sur l’envers du décor, sur l’élaboration du son One Direction, comme Jon Chu l’avait tenté avec Justin Bieber et Never Say Never (2011). Entre deux voyages, les langues semblent se délier sur la gestion du stress et des bains de foules, en apparence seulement. Ici une bousculade devant le Nike d’Amsterdam les surprend. C’est aussi ça, le succès. Lors d’un vrai-faux camping en Suède autour d’un feu, ce sont les mêmes commentaires sur leur succès que nous entendons, comme une tentative de nous convaincre de leur talent.

Point d’orgue de leur tournée, leur concert à Mexico a rassemblé pas moins de 65 000 fans. Inébranlables, ils assurent le spectacle, avant de repartir pour une autre date. Les cinq travaillent dur, nous dit-on. Ils ont en effet enregistré leur dernier album, encore inédit, pendant qu’ils étaient en tournée. Ce film cache donc son caractère médiatique derrière un bien maigre prétexte : remercier tous ceux qui se sont déplacés à leurs concerts. En prenant la place rêvée d’une fan très proche du groupe, il ne pose jamais la question des enfants stars, ellipse toute réflexion, pour satisfaire l’amoureuse du groupe. En revanche, les blagues, caméras cachées et surprises qu’ils réservent à leurs fans, ces délires qui ont forgé leur succès sur le net, sont reportées au générique. Peu sérieuses, elles bénéficient pourtant de maquillages professionnels suggérant une intervention de la production.

On gardera en tête les clins d’œil caméra que font ces chanteurs en plein milieu du stade de Londres, bien conscients d’être filmés, comme lorsqu’ils réalisent leurs pitreries. Faussement rebelles, ils sont peut-être les plus conscients de leur stratégie commerciale. À réserver donc aux Directioners.

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Crédits photos : Sony Pictures

Rock the Casbah : Un Maroc de carte postale

Le soleil est doré, les sucreries coulent à flot. Dans un Tanger magnifié, funérailles d’un self-made-man qui a imposé trop longtemps le silence des femmes chez lui. Deuxième film de Marrakchi en forme de makroud : délicieux mais un peu trop nourrissant.

casbah1Mort hier soir, Moulay Hassan nous invite à l’accompagner dans sa maison de Tanger, et à contempler son propre corps, prêt à être inhumé. Conformément à la religion musulmane, le huis-clos de trois jours pour les funérailles commence. C’est l’occasion pour Aïcha d’être entourée de ses filles Miriam, Kenza et Sofia, qui revient d’Hollywood avec un garçon.

Pour son deuxième film, Laïla Marrakchi s’intéresse à l’histoire d’une famille, plus précisément l’enterrement d’un patriarche de Tanger. Dans un costume blanc immaculé, Omar Sharif nous accueille dans sa maison, magnifique bâtisse de style colonial, en train de grignoter une figue, avant de nous annoncer que la raison de ce film n’est autre que sa mort.

rock-the-casbahDès lors, les cinq femmes de cette maisonnée qui étaient sages et silencieuses, décident de prendre le pouvoir. Le huis-clos d’enterrement n’est pas nouveau, mais dans ces conditions il permet de faire entendre la voix de ces femmes et de dénoncer le sexisme ambiant dans l’Islam et ses pratiques. D’un cadre strict et très chauvin, la maison devient le théâtre de révélations, de plus en plus énormes. Si les personnages évoluent chacun d’un stéréotype assez appuyé vers un portrait plus atténué, la trame en crescendo perd de son souffle lorsqu’elle n’est pas accompagnée des murmures du fantôme.

Par sa volonté de faire parler toutes les femmes, Marrakchi perd un peu le fil de son drame qu’elle veut aussi comique que tragique. Si les piques de comédie sont justes (le fait que Sofia l’actrice d’Hollywood, n’obtienne que des rôles de terroristes), la part de tragique peine à s’exprimer pleinement au point culminant du récit. Le débat s’apaise plus par fatigue que par conviction, et la scène de réconciliation qui suit n’est expliquée qu’avec la préparation du thé à la menthe. Le décor de Tanger est celui d’une carte postale, ce qui ajoute à l’onirique et au détachement de cette chronique familiale pas comme les autres, attachante malgré ses quelques débordements.

RIPD : Brigade Fantôme, MIB à la sauce blanche

Il faut sauver le monde, et le faire rire en même temps. Ersatz moins subtil du duo Will Smith-Tommy Lee Jones mais avec un goût prononcé pour l’invraisemblable, ce gros calibre de l’été fonctionne très bien quand il est pris au second degré.

ripdNick Walker, policier de Boston, se fait abattre par son propre coéquipier lors d’une descente. Une fois mort, le temps se fige. Il se fait aspirer par un énorme tourbillon et se retrouve dans un bureau de police de la RIPD, la brigade fantôme. La responsable, Procter, lui propose de travailler cent ans pour eux afin d’échapper au jugement dernier. Sa mission : trouver et arrêter les crevures, des âmes qui se cachent parmi les vivants.

Outre-Atlantique, les entrées salles pour RIPD ont généré à peine un dixième du budget de cette production de l’été en 3D. Elle avait pourtant tout pour plaire : moitié buddy movie, moitié enquête policière avec un zeste de monstruosité apocalyptique très Men In Black, elle fait cavaler le gendre parfait Ryan Reynolds avec un Jeff Bridges du 19ème siècle. Parti de cette absurdité de départ, le film joue la carte de l’invraisemblable du début à la fin, et n’hésite pas à appuyer sur certains points. Les vannes qui reviennent le plus souvent sont les avatars : le vieil asiatique pour le héros, la belle blonde qui fait jouer à chaque battement de cils l’introduction de Let’s Get it On pour le cowboy. Bridges incarne d’ailleurs l’exact même rôle que celui de True Grit, la gouaille en plus. Occulté par la promotion du film, Kevin Bacon semble se délecter d’avoir un rôle légèrement plus travaillé que les autres, et encore.

RIPD_Sortie-Cine_BBBuzzCascades en tout genre, transformations des crevures en enflures sous l’effet du cumin, mouvements rapides de caméra, la 3D donne le tournis. Les explications, qui se comptent sur les doigts de la main, arrivent dans d’énormes pneumatiques dorés (signe qu’ils viennent du Très Haut ?). On se demande ce que vient faire Mary-Louise Parker dans cette joyeuse parabole sur les effets de l’abus de rentabilité au cinéma en tant que chef de brigade. Il manque peut-être à cette histoire convenue un petit peu d’originalité pour le sortir du statut de film à pop-corn. Au mieux, un bon divertissement réchauffé, même si ce n’est pas trop de saison.

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Crédits photos : Universal Pictures