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Benoît Maire et la dialectique du hasard à la galerie Cortex Athletico

À partir du 10 avril 2013, l’espace Parisien Cortex-Athletico mettra ses 110m2 au service d’une réflexion plastique originale. Entre philosophie et performance, rencontre avec le jeune artiste avant l’ouverture du lieu au public.

Le-fruit-est-defendu-cortex-athleticoPerdu à moitié dans le quartier de Rambuteau (Paris 3ème), je cherche des yeux entre les boutiques conceptuelles et les bars sombres quelle vitrine sera le 12, rue du grenier Saint-Lazare. Je m’imagine un lieu utilisé à contre-emploi, et entreprends déjà une comparaison fournie et intellectuelle sur le-dit choix. J’aperçois des galeries aux vitres immenses qui exposent leurs entrailles à la foule indifférente qui s’écoule sur le trottoir, exhibitionnisme racoleur. Faute d’évidence, j’utilise l’ultime arme de la géolocalisation et parviens à trouver mon chemin de traverse. Le centre Parisien Cortex Athletico est en réalité bien caché, au fond d’une cour intérieure, et derrière une porte vitrée, mais floutée.

g_CortexAthletico13BenoitMaire02aCortex Athletico, c’est un peu une histoire à l’envers. Association Bordelaise de 10 ans montée par Thomas Bernard, elle a inauguré sur la capitale le 15 Février 2013… une annexe. Novice du milieu Parisien, bien qu’installé dans la Gironde, M. Bernard a pris le pari d’emmener toutes ses éditions dans ces locaux, en même temps qu’il s’associe avec de jeunes artistes depuis bientôt trois mois.

Sirotant son verre de Perrier entre deux questions, vêtu d’un costume trois-pièces dépareillé (volontairement ?), dissimulant quelques traces de plâtre sur les doigts, Benoît Maire se prête gentiment au jeu du vernissage. L’effet général de cette exposition donne l’idée d’une installation de dernière minute : certaines photographies sont posées sur des planches de bois usagées, un cercle de pierre brisé côtoie des instruments ménagers. «Pour moi, s’il y a une raison d’être à l’art, c’est l’expérience. On convoque notre univers quotidien symbolique dans un assemblage singulier de formes. Cela ne peut se faire que par l’expérience, pour voir ce qui peut arriver.»

g_CortexAthletico13BenoitMaire03aLes œuvres sont à la fois plastiques, photographiques et picturales. La plupart prennent le dé comme figure principale. Pour l’artiste, le dé est un symbole de la dialectique : «Est-il dans l’action ou dans la représentation ? C’est pour son rapport à la performativité que le dé m’intéresse. Il y a un point névralgique dans cet objet». Certaines installations mettent également en scène des outils (silex à manche, niveau à bulles coupé), comme une invitation à une performance ? Pas vraiment : «Ce que j’aime dans la performance, ce n’est pas le spectacle ou l’événement. Je préfère l’idée que quelqu’un puisse l’utiliser à un moment ou à un autre, sans délimiter dans le temps cet acte.» S’il admet que certaines de ses installations ont souvent appelé à la performance par lui-même ou d’autres artistes, ce laboratoire-ci ne verra pas pour l’instant ce genre d’événement voir le jour.

Passé par la philosophie, Benoît Maire n’hésite pas à appliquer sa culture au monde actuel (notamment en reliant La logique des mondes d’Alain Badiou et Cloud Atlas). Il évoque des interrogations millénaires aussi bien que des questions-minutes, quitte à s’interpeller lui-même. La seule œuvre figurative de l’exposition, qui est un grand à-plat de couleur d’où de vagues formes humaines se détachent, n’a pour l’instant pas de signification exacte pour lui : «Je n’ai vraiment pas de prise sur cette chose. Je regarde formellement ce tableau, mais je ne le maîtrise pas. Je suis satisfait de cette peinture dans le sens où elle m’interroge.» S’il se considère encore un amateur en peinture figurative, il n’en reste pas moins un fin créateur de concepts.

Touche-à-tout esthétique, Benoît Maire défend l’art du bricolage, se donne lui-même des idées d’expositions futures à partir de celles qu’il présente sous nos yeux. Un coquillage en bronze installé ici dans une vitrine en plexiglas aurait pu se retrouver vissé à moitié au mur par l’embout le plus fin. Les idées bouillonnent, fusent, pétillent comme les bulles de son verre. Mais il est déjà temps de quitter l’émulation philosophico-esthétique pour la réalité de la brasserie. Un Perrier, s’il vous plaît !

« Benoît Maire : Le fruit est défendu », du 10 avril au 29 mai 2013, galerie Cortex Athletico, 12, rue du Grenier Saint-Lazare, 75003 PARIS, entrée libre.

Crédits photos : Visuel de l’exposition © Benoît Maire ; photographies de l’espace Cortex Athletico © Radio VL ; Not yet titled, Benoît Maire, 2013, Sérigraphie sur tissu, 130 x 230 cm, Courtesy galerie Cortex Athletico.

West Side Story : une fougueuse interprétation pour chauffer l’hiver parisien

Jusqu’au 1er décembre 2013, le théâtre du Châtelet (1er) accueille la plus connue des comédies musicales, dans une mise en scène fidèle à l’originale. Rafraîchissant !

On ne présente plus West Side Story, l’adaptation à succès de Roméo et Juliette par les piliers de Broadway Bernstein, Sondheim et Laurents. Depuis 1957, les Sharks Portoricains et les Jets Blancs ne cessent de claquer leurs doigts en rythme dans les rues de Manhattan. Seulement, depuis la version filmée de 1961 (Jerome Robbins et Robert Wise), la pièce a fait l’objet de nombreuses interprétations, pas toujours très heureuses. De plus, le film a vieilli. Et les idoles de ce musical se sont cristallisés dans la caricature kitschy-mielleuse de Grease.

West Side Story«Je ne fais aucun compromis. Je ne me dis pas « Oh, il faudrait que ça ressemble au film. » Non, surtout pas, c’est une question de vie ou de mort, on y va.» Les propos du metteur en scène Joey McKneely traduisent le parti pris de cette version : reprendre le travail initial de Jerome Robbins pour lui rendre hommage et le dépoussiérer un bon coup.

Le rideau s’ouvre sur la grande scène du théâtre du Châtelet. Le plateau nu est encadré par deux structures métalliques, les fameux escaliers de service new-yorkais. Les teddys des Jets et les marcels colorés des Sharks sont toujours là. Le fond de l’écran affiche soit des images du New-York des années 1960, soit une simple couleur. Les vraies vedettes sont les acteurs qui sont également chanteurs et danseurs. Ils trépignent, s’agitent en rythme, et chantent juste (oui, juste et avec un orchestre en direct, c’est possible). Les tableaux s’enchaînent frénétiquement, transmettant la fièvre de la jeunesse américaine.

La direction d’acteurs rend parfaitement le côté violent et sexué de West Side Story, que la vieillesse a tendance à édulcorer. Elle révèle de véritable talents, tels que les interprètes des seconds rôles Riff, Anita ou encore Bernardo (respectivement Andy Jones, Yanira Marin et Pepe Menoz). On notera tout de même une réserve pour les premiers rôles, qui sont des chanteurs lyriques. Plutôt émouvantes pour les solos, les voix de Liam Tobin et Elena Sancho Pereg ont tendance à couvrir les subtiles harmonies des passages en choeur.

Mais ne serait-ce que pour entendre le côté dissonnant des portoricaines qui minaudent «America», ou pour s’extasier devant les chorégraphies enfin énergiques, ce classique mérite son titre, et vaut le détour.

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« West Side Story » : Jusqu’au 1er janvier 2013. Les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 20h, les samedis et dimanches à 15h et 20h. Théâtre du ChâtelWest Side Storyet ; 01 40 28 28 40.

Crédit photos : Nilz Boehme, théâtre du Châtelet

Publié sur Radio VL.