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EXPO : PIXAR, 25 ans d’animation au musée Art Ludique

Pour son ouverture au grand public, des locaux flambants neufs accueillent une exposition concoctée par l’entreprise qui a révolutionné l’entertainment par ordinateur, mais ici, les machines sont au second plan. Osé.

Sully et Bob (Monstres Academy)16 Novembre : L’accueil est encore calme : deux assistantes déballent un grand rouleau de papier cadeau avant de le hisser sur un plan de travail réduit. Pendant qu’on raye mon nom de la liste, je perçois une très légère odeur de peinture fraîche. Le vestiaire ? Un petit placard derrière la caisse. Le calme avant la tempête…

Armé de mon mini flyer de présentation et d’un appareil photo, je m’arrête sur une citation, placardée sur un des murs : « Donner vie à un personnage est à la fois une source d’inspiration et de stimulation. L’animation, ce n’est pas seulement un moyen de mouvoir un personnage, mais d’émouvoir le public. » Catherine Hicks… Qui est donc Catherine Hicks ? Si l’introduction de l’exposition nous montrait la fameuse lampe croquée par John Lasseter en 1986, il devient difficile de trouver une quelconque hiérarchie entre les autres noms égrénés au fil du parcours.

Les 25 ans de Pixar se concentrent sur les images et les croquis, affichés comme des œuvres d’art. Il peut s’agir de dessins préparatoires, qui sont parfois éloignés des designs choisis, de vignettes simples destinées à la construction des story-boards , ou bien de statuettes en résine, celles qui sont scannées pour être ensuite animées. En guise d’explication des rôles en animation, une tablette tactile contenant de nombreuses interviews tente de combler ce vide. Par contre, rien n’est dit sur le processus de fabrication du film, ou bien le fonctionnement des croquis par rapport aux statuettes (qui sont parfois attribuées à des artistes variés). Le mystère de fabrication des films Pixar reste entier, même après la visite.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« C’est un fonctionnement d’atelier de la Renaissance ! » argue Renaud Hamard, attaché-presse de l’exposition : « A l’époque, l’atelier d’un peintre contenait de nombreux apprentis, à tel point qu’il devient difficile d’établir certaines toiles comme étant de la main d’un maître, ou d’un de ses disciple. Ce qu’on oublie souvent en regardant un film Pixar, ce sont les tonnes et les tonnes de dessins qui ont été réalisés au préalable, et par de véritables artistes. »

Les stars sont donc les dessinateurs. Et le concept a bien vécu : en décembre 2005, le MoMA de NYC inaugura, pour les 20 ans de l’entreprise, l’embryon de cette exposition. Les nouveautés, ajoutées en 2011, sont des installations assez hallucinantes. Le premier est un zootrope de Toy Story (vidéo en fin d’article). On apprend cependant que l’installation est directement inspirée de celle du musée Ghibli à Tokyo. La seconde, Artscape, est une exploration des dessins présentés, et animés sur un écran immense, afin de donner l’illusion de l’animation.

Même si les images sont magnifiques, il subsiste une légère déception. De par son nom, le musée Art Ludique propose une exposition relativement conventionnelle, là où Pixar a souvent proposé des concepts novateurs. De plus, le travail sur les courts métrages, marque de fabrique des studios à la créativité débordante, est à peine souligné. « Je ne sais pas si vous l’avez vu », continue M. Hamard, « mais il y a un dessin que j’affectionne particulièrement dans cette expo, c’est un croquis au fusain d’un sous-marin pour Nemo, qui est d’une précision, d’une finesse remarquable, alors que la séquence dure une demi-minute ! »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPourquoi donc ne dure-t-il qu’une demi-minute ? Quel rôle joue ce croquis dans la décision finale de la séquence ? Autant de questions qui resteront sans réponse, maintenant que l’entreprise s’est institutionnalisée et mise au musée. Il manque soit un documentaire du type Waking Sleeping Beauty, soit une animation entre le Chat-Bus du musée Ghibli et une attraction Disney pour que le dépaysement soit total. Au final, de belles images avec effet fouillis et fond de tiroir dans un musée au concept prometteur, mais encore tâtonnant, et à la note salée.

On nous promet que le « Ludique » du terme du musée se rapporte plus à l’univers graphique des jeux vidéos. Après l’exposition Pixar, une collection permanente devrait prendre le relai avec des cycles éphémères sur les arts du jeu donc, mais pas forcément joueur avec le public ? À suivre.

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Jusqu’au 2 Mars 2014 au musée Art Ludique, 34, quai d’Austerlitz, 75013 Paris. Entrée 14€, 11€ tarif réduit, 8,5€ tarif enfant, ouvert du lundi au vendredi de 11h à 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h), samedi et dimanche de 10h à 20h.

Crédits photos : Sébastien Dalloni, avec l’aimable autorisation du Musée Art Ludique.

CINEMA : «Monstres Academy», un prequel classique

Sans prendre vraiment de risques, Sully et Bob Razowski reviennent sur grand écran. La suite fait marche arrière, et éloigne nos héros monstrueux de la scolarité parfaite.

DOM_FRANCEQui eût cru que derrière le duo de choc Sullivan/Razowski se cachait un passé douloureux et cahoteux ? Habitués aux suites poussives chez Disney et revigorantes chez Pixar, le pari de faire parler un monde dont les codes ont changé à la fin du premier opus posaient quelques sérieux problèmes chronologiques. À moitié déçus de ne voir que le genèse du mythe, on se console avec peut-être l’idée que les semestres seront faciles à valider.

Émerveillé par une visite à Monstres Cie, le petit Bob n’a plus qu’une idée en tête : devenir une Terreur. Avec un grand T, car la terreur avec un petit T, ce n’est pas vraiment le cas de Bob. Travailleur, studieux, il intègre la prestigieuse université des Monstres, quitte à créer des jalousies auprès de ses camarades de classe. Parmi eux, James Sullivan, fils d’une très célèbre Terreur, mais élève très paresseux.

Commencer par le début lorsqu’on a déjà trouvé une solution alternative à la peur d’enfant, étrange. C’est sûrement avec cette idée en tête que nous lisons cette petite parodie du monde universitaire Américain. En version anglophone, le titre est transparent : Monsters University. À tel point que certains universitaires se sont demandés pourquoi Disney/Pixar refusaient aux Français ce terme, pour le remplacer par le beaucoup plus anglicisé «Academy».

Si tous les codes des clubs et intrigues entre étudiants sont respectés, la retransmission du monde universitaire est beaucoup plus réaliste, bizarrement. Plutôt qu’un lieu d’apprentissage théorique et massif, la fac révèle aussi sa tendance au formatage. Ce-dernier donne très rarement lieu à un aboutissement parfait dans le monde du travail, chose respectée ici, même pour le futur meilleur duo de la ville.

Pour relancer l’énergie de la trame, sans l’entreprise et ses employés atypiques, l’histoire se concentre sur un club en marge : les Oozma Kappa, engagés dans un concours de terreur organisés par les élèves de l’université, et chapeauté par la doyenne du campus. Encore une fois, l’improbabilité d’une telle opposition dessine les traits de l’association de nos deux héros, jusque là ennemis jurés.

MONSTERS UNIVERSITYMais pourquoi donc avoir choisi l’université pour ces monstres, doudous géants pour la petite Boo dans le premier opus ? Devant l’impasse de l’adaptation, les auteurs seraient-ils allé trop loin ? Pour Toy Story 3, le passage à la vie adulte était symbolisé par la séparation d’Andy avec ses jouets préférés avant son entrée en université. Ici, les monstres apprennent à devenir… des monstres.

Malgré la grosse difficulté initiale, le déroulement ne manque pas de rythme, ni de vitalité. Pour s’être éloigné du parcours parfait ou Star Academy-que de nos compères, il marque quelques points. Les références au premier film sont également bien trouvées, et contribuent à entretenir la magie des premiers instants. Mais tout de même, il manque une belle, que dis-je, une monstrueuse prise de risque pour que les grands enfants aient eux aussi des étoiles au coin des yeux.

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Crédits photos : Disney France