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CINEMA : «Malavita», la mafia de Besson est bon-enfant

Adapté du best-seller de Tonino Benacquista, le dernier film de Luc Besson se repose sur son casting de rêve pour faire fonctionner tout le comique de cet anti-thriller pas vraiment inoubliable, mais pas déplaisant non plus.

«Combien vaut un homme ? Quel est le prix d’une vie humaine ? Savoir ce qu’on vaut, c’est comme connaître le jour de sa mort. Je vaux vingt millions de dollars. C’est énorme. Et bien moins que ce que je croyais. Je suis peut-être un des hommes les plus chers du monde. Valoir aussi cher et vivre une vie aussi merdique que la mienne, c’est le comble de la misère.»

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonLe ton se veut comique et impertinent, car l’histoire n’est pas toute rose : Giovanni est un ancien mafieux de la Little Italy. Depuis qu’il a balancé tous ses amis, le FBI l’a mis sous protection et sous surveillance rapprochée. Balloté en Europe avec sa famille, il se cache sous le nom de Fred Blake, et débarque dans une bourgade normande : Cholong-sur-Avre.

Sur RTL, Benacquista s’est étonné de la fidélité du réalisateur, ce n’est pourtant pas bien difficile. Il n’en fallait pas plus pour que le Besson des films d’actions explosifs se régale, et ici, il semble être dans son élément. Les relations entre Américano-Italiens névrosés et Français moyens font des étincelles : Maggie (Michelle Pfeiffer), innocente, demande à l’épicier du coin, dans un français approximatif mais attendrissant, s’ils ont du beurre de cacahuète. Devant le rejet violent du commerçant et du regard noir des autres clientes, Maggie finit ses courses avec dignité, et quitte le bâtiment… Juste avant que la bouteille de gaz qu’elle a volontairement ouverte n’explose. Le rythme de cette adaptation prend une accélération à la moitié du film, qui se transforme en course-poursuite improbable, et en une destruction massive, apothéose de ce qui pourrait être une fan-fiction du Parrain avec un budget colossal.

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonMalgré tout, Malavita reste une adaptation, et paradoxalement, son plus grand défaut réside dans le choix de ses acteurs. En effet, Fred/Giovanni est un pauvre type. Un mafieux qui balance tous ses amis n’a pas la même carrure qu’un Don Corleone. Or, Robert De Niro a déjà un lourd passé avec les films de mafia. Le voir gesticuler et grimacer ne nous enlève que difficilement son historique de la tête. Tout comme Michelle Pfeiffer semble être plus crédible en femme fatale qu’en mamma protectrice et cuisinière à l’italienne. Le maître mot est plutôt la rigolade, la survie, mais aussi les combats sanglants. À la manière d’un jeu vidéo, ce film aborde la mort comme une passade et une technique d’accès au calme aussi efficace qu’une séance de yoga.

Mais Besson joue avec son casting. Particulièrement avec ses têtes d’affiche :Tommy Lee Jones (qui interprète le rôle de l’agent Stansfield). En guise d’apothéose, Stansfield et Fred se retrouvent à une séance d’un club-cinéma qui change au dernier moment sa programmation pour projeter… Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese. Si l’instant est déjà comique dans le livre, il n’est que plus délectable sur grand écran, car De Niro y tient le rôle principal (et celui d’un wannabe mafieux Américano-Italien).

Même les enfants de la famille Warren (John D’Leo) et Belle (Dianna Agron) participent au détournement, les deux avec des comportements légèrement névrotiques en milieu scolaire français moyen. Ne serait-ce que pour la critique de la France chauvine, cette comédie noire vaut son pesant de pop-corn, avant de se plonger dans la suite, Malavita encore, en espérant qu’elle soit plus subtile que cette version dynamitée de Besson.

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Crédits photos : EuropaCorp

CINEMA : «Un Grand Mariage» et de gros hypocrites

Sans cesse renouvelée, la comédie de mariage à grosses ficelles fascine le public Américain. Indémodable, elle s’accorde aujourd’hui avec un paradoxe : la Foi.

grandmariageIl y a toujours un côté rassurant dans le mariage : quels que soient les retournements de situation, les péripéties finissent toujours par se refermer sur cette union, symbole suprême du conte de fées. Un symbole qui a du mal à s’allier à Hollywood, et sa tendance à inter-changer les amants au sein d’un même groupe. Ici, le grand défi est de rassembler une famille recomposée.

Alejandro Griffin (Ben Barnes), Colombien adopté par Don (Robert de Niro) et Ellie (Diane Keaton), prépare son mariage avec Missy (Amanda Seyfried) dans la demeure familiale. Outre le frère Jared (Topher Grace) et Lily (Katherine Heigl), Alejandro a invité sa mère biologique Madonna, fervente catholique qui n’est pas au courant que les Griffin se sont séparés il y a une dizaine d’années, ou que Don est en concubinage avec Bebe (Susan Sarandon).

«Le prêtre te demande si tes enfants seront baptisés ? Tu réponds oui en croisant les doigts derrière ton dos !» C’est donc le prix à payer pour être dans les règles, faire croire au prêtre son intention d’être un catholique pratiquant. Le mariage à l’Américaine s’est toujours comporté comme plus puritain qu’en Europe, il n’en reste pas moins un véritable business et un enchaînement d’arrangements sous la table, et plus si affinités.

DSC_2805.NEFChaque membre du clan Griffin a un problème : tous transgressent la règle des rapports sexuels hors-mariage. Scandale ! Hérésie ! Dans une société où l’athéisme ambiant règne sur un puritanisme de façade, c’est assez osé. Balayé, le ‘Heigl movie’ qui suppose que Lizzie de Grey’s Anatomy fasse la moue et se retrouve au centre des attentions après avoir fait une syncope (on a cependant droit à ladite syncope). Balayé, l’échange culturel de la mondialisation avec les personnages de Madonna et sa fille Nuria, stéréotypes des étrangères hispanophones dévotes ou sans culottes.

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Les amants jouent à cache-cache, les situations extrêmes se multiplient, tout nous pousse à croire qu’il vaut mieux être jeune et célibataire, comme le jeune Jared qui ne voit pas d’inconvénient à désirer… sa sœur par adoption. Même Susan Sarandon, l’éternelle femme forte, se fait avoir au jeu de qui a couché avec qui. Une grande mascarade qui se donnerait le nom de pure lorsque tous les personnages arborent des habits blanc crémeux dans un jardin trop bien entretenu, perdu au milieu des croyances populaires et de la liberté sexuelle.

DSC_4323.NEFEn même temps, lorsque le prêtre est joué par Robin Williams, il fallait s’attendre au moins à une grande farce. Une farce sans localisation précise : la maison des Griffin est au milieu d’une grande forêt. Pour un événement social aussi important que le mariage, le détacher de toute géographie ajoute à son côté expérimental, parodie des telenovelas, d’après les termes de Madonna. De Niro vieillit, Keaton rayonne, Seyfried s’affadit. La performance sera vite oubliée. Le message, désabusé, donne un côté gênant au rire d’une comédie qui a trop forcé sur le champagne.

Crédits photos : Metropolitan Filmexport

The Devil and I : topographie et analyse de séquence machiavélique

Il prend plusieurs noms, signe rarement du sien, empeste comme une charogne mais séduit comme personne. Sujet de fascination en littérature, sous quelles formes cinématographiques sévit-il ?

Du fait de la hiérarchie, le Diable est souvent représenté comme un parrain (Heartless, Philip Ridley, 2009), un chef d’entreprise ou autre fonction supérieure à haute responsabilité (Angel Heart, Alan Parker, 1986). Comparativement à Dieu, les couleurs sombres le mettent en valeur, la lumière et la blancheur étant réservées au Très-Haut. Il existe pourtant plusieurs représentations du Diable incarné dans un corps. En effet, d’un point de vue théologique, Dieu est considéré comme supérieur aux êtres qu’il a créé, il ne peut donc pas être un homme ou un animal. Le Diable est beaucoup plus trivial, il sévit sous le humus et a une libido décuplée (Faust, Alexandr Sokurov, 2012). Est-ce seulement sous la forme de zombie superstar que nous trouvons the devil au détour d’un bois ou dans les cinémas ? Éléments de réponse avec l’épilogue des Visiteurs du Soir de Marcel Carné (1942, scénario de Jacques Prévert).

Anne, jeune noble promise à un riche fils de seigneur tombe follement amoureuse d’un envoyé du Diable, déguisé en ménestrel. Elle accepte de donner son âme en échange de la libération de son amant, condamné à mort.

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