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«Upside Down», «Le Cœur a ses raisons», «I want your love» #1Mercredi3Films

Un doux vent de révolution souffle sur les sorties du mois de Mai. Suivons le mouvement, et délaissons pour un temps les très attendus Mud et Stoker pour les gated communities.

UPSIDE DOWN : COMPTINE PARESSEUSE

Upside-Down-Affiche-FranceIl s’était hissé au rang d’incontournable du printemps, grâce à des photographies ahurissantes : Jim Sturgess, au sommet d’une montagne, tend la main vers ce qui devrait être le ciel, et n’est autre que Kirsten Dunst sur un pic similaire et à la gravité inversée. Plusieurs heures passées à baver devant les clichés ont donné lieu à un triste constat : les images n’avaient pas besoin d’être animées.

Adam vit dans la mauvaise partie du monde, celle qui vend sa matière première au monde supérieur, riche et bien-portant. Il parvient cependant à se hisser au sommet d’une tour qui relie les deux mondes pour travailler sur une crème anti-âge révolutionnaire. Celle-ci utilise la double loi de la gravité pour empêcher la peau de s’affaisser. Adam nourrit l’espoir peut-être de retrouver Eden, souvenir d’enfance d’amour inversée et interdite.

L’histoire est mignonne, les images sont monochromes (bleu-jaune soleil pour le monde du haut, vert-gris pluie pour celui du bas), le ton est enjoué. Étrangement, Upside Down rassure comme un conte au coin du feu, mais ne renverse pas totalement le spectateur. Une fois passé le choc visuel, la trame en elle-même reste basique. La séparation entre les deux mondes est également très appuyée, presque caricaturée, sans jamais être expliquée.

Certes, les scènes de bureaux qui se confrontent sont habiles (et peuvent parfois donner un léger mal de tête), et les acteurs s’amusent avec cette relative loi de Newton. Dommage que le prix à payer pour déjouer la physique eût été de saper l’alchimie de l’histoire. Certains passages détaillés (la première rencontre) plombent le rythme, d’autres sont tellement elliptiques qu’ils deviennent risibles (la notion de la procréation… avec des habits). Non, je me contenterai des images de cette Genèse à 360°.

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LE CŒUR A SES RAISONS : TEL-AVIV EN HUIS-CLOS

coeurasesraisonsCertains cas de traduction des titres me laissent perplexe. Comment ne pas voir une référence évidente à un soap parodique Québécois lorsqu’on utilise exactement le même intitulé que ce-dernier ? L’Angleterre avait choisi Fill the void (Remplis le vide), l’Italie La sposa promisa (L’épouse promise), des termes beaucoup plus proches de cette chronique d’une famille Juive à Tel-Aviv, qui est tout sauf ironique.

Esther, Frieda et Shira sont trois sœurs. La première est mariée et enceinte jusqu’aux dents. La seconde, célibataire, attend qu’un membre de la communauté la demande en mariage, et commence à désespérer. La troisième, qui vient d’avoir 18 ans, papillonne entre la synagogue et un possible prétendant. Le destin de la famille est chamboulé lorsqu’Esther meurt en couche.

Les femmes au sein de la communauté Juive, quel curieux sujet. La référence à cette religion a souvent été l’objet d’empathie historique, lorsque ce n’était pas un outil à parodie culturelle (Au nom d’Anna d’Edward Norton en 2000). La place de la femme été souvent reléguée au deuxième plan. La séparation des sexes existe au sein de la religion Juive, dans certains rituels et dans la synagogue. Peu de films avaient jusqu’à présent étudié la part importante que peuvent incarner les femmes.

Shira se trouve confrontée à un choix cornélien : doit-elle suivre son devoir de fille et épouser son beau-frère veuf afin de conserver la lignée sous le toit de Tel-Aviv, ou écouter son cœur et ses envies de mariages idylliques ? Même si la trame ne quitte que très rarement la maisonnée et malgré les contraintes religieuses qui sont filmées, le film se veut libérateur, et donne le portrait d’une jeune femme qui apprend à incarner la modernité et le conservatisme, à l’image de son pays, l’Israël, au carrefour de religions millénaires, mais indépendant depuis une cinquantaine d’années.

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I WANT YOUR LOVE : SEX IN FRANCISCO

AFF_IWANTYOURLOVE_40x60.inddDans la même veine que John Cameron Mitchell avec son Shortbus en 2006, la voie du film d’auteur avec scènes très explicites a dû inspirer cet opus sur la communauté gay de San Francisco, en pleine dépression des années 2010. Mitchell avait été bien plus optimiste avec son orgie thérapeutique.

Jesse ne peut plus assumer sa vie d’artiste fauché à San Francisco. Rongé par les dettes, il décide de rentrer chez ses parents en Ohio, plus motivé par le toit gratuit que la vie culturelle. L’histoire se focalise sur ses dernières 36h avant son départ de la ville.

Le projet initial était un court-métrage sorti en 2010. Le même acteur (Jesse Metzger) négociait avec humour sa première fois avec son meilleur ami (Brenden Gregory) la nuit avant son départ de San Francisco. Travis Mathews n’est donc pas un novice du genre porno-dépressif. Car ce qui choque vraiment, ce sont les scènes de sexe. Aucun des acteurs n’a un corps de rêve. Une étrange sensation de malaise voyeuriste nous envahit.

Là où le sexe était jovial et créatif dans Shortbus, il s’inscrit ici dans une logique différente selon les caractères des personnages. En ce sens, il permet d’ouvrir une conception plurielle de l’homosexualité, souvent réduite à la dépravation. Le film fonctionne comme un miroir inversé de Sex & the City, et donne un visage à la communauté d’Armistead Maupin, qui oscille entre création artistique et satisfaction sexuelle, loin de la société de rentabilité et de procréation. Une bulle de savon noir.

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Crédits photos : Warner Bros France, ARP Sélection, KMBO

CINEMA : L’Écume des Jours, trop-plein de fidélité

Quand on rêve de voir Boris Vian sur grand écran, depuis nos premiers balbutiements de littéraire, apprendre que le projet est mené par Michel Gondry rassure, apaise. Peut-être trop ?

L’union des deux univers semble parfaite : le premier touchait à une littérature expérimentale tout en étant passionné de jazz ; le second s’est construit un univers visuel en papier mâché et trucages grossièrement vivants, hautement poétiques et pourtant très bordéliques. Pourquoi donc ce sentiment doux-amer d’en avoir trop vu ?

Colin (Romain Duris), jeune Parisien nanti, ne veut plus être célibataire. Son meilleur ami Chick (Gad Elmaleh), qui dépense tout son salaire d’ingénieur en produits dérivés de Jean-Sol Partre (Philippe Torreton), s’est trouvé une compagne. Même son chef cuisinier Alexandre (Omar Sy) n’est pas seul. Entre une session de pianocktail et de biglemoi, il tombe sur Chloé (Audrey Tautou), au sens propre du terme.

ecume-des-jours-afficheComme il s’agit d’une adaptation fidèle du texte, avons-nous le droit d’être tatillon sur les éléments de l’adaptation ? Comme à son habitude, Gondry mêle à ses prises de vues réelles des effets spéciaux cheap (Alain Chabat dans un frigo), en stop-motion (les repas aux couleurs et saveurs bariolées) ou créatifs (les acteurs dans l’eau donnent l’illusion qu’ils volent). La bande-annonce avait semé le doute en ajoutant des mélodies pop à l’ensemble. Hérésie ! Fort heureusement, le jazz est bien présent dans la version longue. Un Duke Ellington fantomatique y fait même une apparition.

Certains passages sont donc d’une beauté et d’une créativité débordante, tout en respectant les lignes de Boris Vian. Ici une scène de campagne coupée en deux avec un grand soleil à gauche et une pluie torrentielle à droite. Pourquoi de telles réticences à admettre de très bons passages ? Peut-être dû au casting. Choisir des têtes d’affiches est à double-tranchant : si les noms peuvent ameuter un certain nombre de personnes dans les salles obscures, il est difficile de se dépêtrer de leurs filmographies pour autant.

Pourquoi avoir choisi Romain Duris en rôle principal ? Non pas parce que Colin est blond, mais surtout parce que sa psychologie est un miroir inversé de ce qu’a pu interpréter Duris. Colin est naïf au sens noble du terme, curieux, innocent, interchangeable. Là où son interprétation aurait pu changer, Romain Duris fait du Romain Duris, et transforme l’arrache-cœur en arnacœur. Pourtant, ses acolytes essaient de se fondre dans le moule étrange de Boris Vian, avec plus ou moins d’efficacité, mais au moins avec une certaine volonté. Nous passerons sur le rôle de Charlotte Le Bon, qui est totalement taillé pour l’actrice entre miaulements de fillette et léchouilles canines.

ecume2Ce qui manque peut-être, pour un acide féru de jazz, c’est le côté capharnaüm organisé. Les patineurs écrasés et évacués par tractopelle, peu de personnes s’en soucient. En fait, le passage au grand écran suggère au moins que chaque image ou jeu de mot est traduit spécifiquement, et est appuyé (peu de personnes se coupent le coin des paupières quand elles poussent trop vite le matin). Le fait d’appuyer sur ces images qui émaillent le texte de-ci-de-là font perdre au récit son rythme léger et rendent le final encore plus cruel.

D’ailleurs, Michel Gondry fait lui-même une apparition, bien étrange. Là où Tarantino préfère jouer un tortionnaire, un accélérateur de trame qui fait bouger ses personnages, Gondry joue un médecin inutile, qui assiste passivement au décès des siens. Quelle étrange expérience cinématographique, que de lâcher ses héros, et les voir se débattre sous éprouvette. Un Boris Vian sans cœur ? Peste diable bouffre !

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Crédits photos : Studio Canal

«Tad l’Explorateur», «Les Âmes Vagabondes», «The Grandmaster» #1Mercredi3Films

Cette semaine, on sort les bandeaux et les shorts. En accord avec le beau temps, les trois sélections de la semaine courent, pour l’honneur, la survie ou la gloire. Beau programme !

TAD L’EXPLORATEUR : À LA RECHERCHE DE LA CITÉ PERDUE

tadLe titre accrocheur annonce un divertissement familial avec références aux classiques d’aventure pour les plus grands. En version originale, la référence devient évidence : le héros s’appelle ‘Tadeo Jones’…

Tad, jeune employé d’une entreprise de BTP, rêve de devenir un grand archéologue & aventurier, comme l’a été son père. Par erreur, il se retrouve catapulté au Pérou à la place d’un éminent scientifique : la pièce manquante de la clé de la Cité Perdue aurait été trouvée…

Depuis le nouveau millénaire, les entreprises états-uniennes Pixar et Dreamworks se partagent les gros succès en termes de films d’animation en images de synthèse. Le projet Tad, made in España, présente au moins l’avantage de prendre cette culture américaine à rebours. On contourne enfin l’écueil de l’ennemi Communiste ou Qatar. Certaines blagues sont très bien trouvées (une momie hyper-active), voire teintées d’auto-dérision : Freddy, Péruvien natif, se promène avec un essentiel à droguerie sous son manteau et un énorme poste de télévision pour ne pas louper sa telenovela préférée.

Là où Tad ralentit vraiment la cadence, c’est sur ses graphismes. Nos yeux, habitués à des contours bien plus lisses depuis longtemps, ne voient que cet énorme défaut. Et toutes les chansons de One Direction n’arriveront pas à nous convaincre du contraire. Le scénario avait l’intelligence de se moquer d’une montagne de références à Indiana Jones, son effet final est assez grossier : les animaux, qui sont sensés dynamiser le récit, se déplacent avec lourdeur (un oiseau muet, pourquoi pas, mais avec des pancartes…). La période des vacances devrait assurer le succès de Tad auprès des plus jeunes. Il manquait peu pour nous faire oublier sa prévisibilité.

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LES ÂMES VAGABONDES : UN WESTERN CHEZ IKEA

les ames vagabondesAdapter un roman de Stephenie Meyer, c’est comme essayer de réaliser un bon film sans scénario. Qui plus est, lorsque le réalisateur de Bienvenue à Gattaca est aux commandes, la différence entre néo-spleen post-adolescent et trip extra-terrestre aspetisé s’accentue, sans jamais se mélanger.

Dans un futur proche, la Terre est envahie par les Âmes Vagabondes. Quand ces Âmes occupent un corps, un hôte, elles peuvent le contrôler. L’âme humaine reste cependant présente. L’histoire se concentre sur Wanderer, qui a investi le corps d’une rebelle, Melanie Stryder (Saoirse Ronan), et tente de localiser son groupuscule.

Les films d’anticipation se résument souvent à la problématique du conservatisme ou du progressisme. Dans cette version, le futur est résumé à un choix entre cheap et kitsch : soit vous adoptez une âme dans votre corps, une sorte de flocon mignon assorti de lentilles de contact couleur nacre, vous vous habillez en sky blanc et utilisez des brumisateurs pour vous soigner dans des lofts meublés par une marque Suédoise ; soit vous sortez la chemise à carreaux du placard et vous mangez bio au fin fond d’une cave option montagne avec le fusil de votre aïeul sur l’épaule. Malheureusement, le constat n’est que très peu accentué.

Si on choisit d’occulter les nombreux passages ridicules et improbables de cet opus, dont la liste exhaustive ne serait qu’entreprise vaine, un élément nous frappe de plein fouet : Les Âmes Vagabondes est le plus conventionnel des films d’anticipation. Difficile, évidemment, de ne pas rapprocher Melanie de Bella, deux jeunes passives transformées en héroïnes par le destin. Mais là où Melanie réussit un tour de fidélité et de passe-passe, est que deux âmes cohabitent dans son corps. Flirter avec deux hommes est donc viable, s’il y en a un pour chaque. Ou comment Stephenie Meyer a trouvé la forme ultime du puritanisme.

L’esthétique aurait pu ne pas hérisser nos poils, cependant, si l’outil de la double narration n’avait pas été traduit aussi grossièrement à l’écran. Certes, le dialogue-soliloque devait être intéressant sur papier, mais ajouter une voix-off à des réactions inexpressives n’était peut-être pas la meilleure option. Andrew Niccol a délaissé une Diane Krüger robotisée, et préféré soigner ses décors, comme une ode à ses précédents films. Même le réalisateur est conservateur.

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THE GRANDMASTER : KUNG-FU DÉLICAT

grandmaster-french-posterIl y avait bien un moment que le genre avait besoin de calme. Sa bruyante apparition dans le paysage cinématographique avait donné lieu à des chorégraphies spectaculaires ou sanglantes selon les choix. Jamais, de mémoire de tatami, le wing chun n’avait été aussi sensible devant une caméra. Un grand Wong Kar-Wai.

Dans la Chine des années 1930, Gong Yutian, doyen du Kung-Fu du Nord, souhaite unir son école à celle du Sud, afin que la dynastie des arts martiaux perdure. Il met en compétition son héritier Ma San avec celui du Sud, Ip Man (Tony Leung, déjà vu dans In the Mood for Love et 2046).

Avant toute chose, il faut savoir qu’en Chine, depuis 2008, la Ip Man mania a envahi le pays. Ip Man est connu pour avoir fait perdurer l’art du Kung-fu dans une période troublée, marquée par les guerres Sinéo-japonaises. Les biopics se sont emparés de la légende, le mettant souvent en scène avec le plus célèbre de ses élèves, Bruce Lee, et en ajoutant plus ou moins de romance. Wong Kar-Wai n’a pas misé sur une quelconque nouveauté. Et pourtant.

Là où le style de Kar-Wai avait donné une expérimentation étrange avec le road-movie My Blueberry Nights, le mélange avec le kung-fu fait des étincelles. Son goût pour les séquences ralenties au maximum donne lieu à des scènes de combat d’une finesse et d’un minimalisme impressionnants. En filmant la Chine à un moment charnière, Wong Kar Wai associe l’Histoire à l’histoire, mêle le destin d’un professeur d’un art obsolète et son rapport à l’honneur. La présence de la lumineuse Zhang Ziyi (Gong Er) face au sombre Tony Leung renforce l’esthétique bicolore de cet hommage précieux à un orfèvre du combat.

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Crédits photos : Studio Canal, Metropolitan Filmexport, Wild Bunch Distribution.

CINEMA – «Alps», sueurs glaciales

Après l’absurde et violent Canine, le réalisateur choc Grec Yorgos Lanthimos revient avec un opus plus apaisé, en apparence. Récompensé à la Mostra de Venise pour son scénario en 2011, cette critique sociale glace les sangs.

AlpsPlan d’ensemble. Gymnase vide, lumière pâle. Une jeune fille s’apprête à effectuer un enchaînement avec son ruban. Deux détails dénotent de l’ensemble : s’il s’agit bien d’un entraînement sans costume pailleté, la musique qui l’accompagne par contre n’est autre que le Carmina Burana. Qui plus est, son ruban n’est pas d’une couleur affriolante. Il est noir. Un rapide échange avec son entraîneur nous fait comprendre qu’elle n’est pas en position d’exiger quoi que ce soit. Un certain malaise nous envahit, entre l’incompréhension et la curiosité d’en savoir plus. C’est sur ce sentiment que le film joue, sans jamais sombrer d’un côté ou de l’autre, tel un funambule.

Alps (prononcez Alpeïs) suit le parcours d’une société secrète, un groupe de personnes dont la seconde vie est assez complexe à déterminer. Chacun des membres a pris comme surnom une des montagnes de la chaîne Alpine. En suivant le quotidien de Monta Rosa, on se rend compte peu à peu qu’Alps offre un service particulier : combler le manque de ceux qui ont subi un décès, en incarnant le ou la défunte.

Mise en page 1Lanthimos se met donc dans la lignée des films à haute tension, où très peu de violence est cependant exposée. Son art revient à définir des personnages avec le minimum vital : leur visage, leur occupation professionnelle. La plupart des scènes sont en fait des mises en scènes voulues par les clients, ce qui fait que le spectateur se perd plusieurs fois. Doit-on critiquer le jeu approximatif ici si ce n’était qu’une demande artificielle ? Le rythme relativement lent des scènes suggère une violence incommensurable, notamment de la part du chef du clan, le mystérieux Mont Blanc. Pourtant, des touches d’humour absurde parsèment çà et là le récit (le débat pour savoir si Prince est véritablement mort, par exemple).

L’expérience d’Alps révèle au moins notre tendance à vouloir sans cesse critiquer une scène et nous rassasier du chagrin des personnages. Encore une fois, la critique sociale est bien présente. Qui plus est, la trame se déroule à Athènes, qui rime aujourd’hui avec crise financière. Les possibilités d’analyses sont aussi abyssales que le visionnage est inconfortable. En effet, où est la limite du jeu ? Comment savoir quel personnage ne peut plus être seulement joué mais vécu ? Jusqu’où peut-on aller avec de l’argent ?

Bien que difficile à regarder et doté d’un rythme en totale opposition avec les demandes actuelles, Alps évoque des sujets et des thèmes brûlants d’actualité, et semble tirer l’alarme d’une société désabusée, se définissant par le nom de ses acteurs favoris et de ses plats préférés. À tester pour les plus téméraires.

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Crédits photos : A3 Distribution

«Le Monde fantastique d’Oz», «40 ans, mode d’emploi», «Cloud Atlas» #1Mercredi3Films

Certains aléas du calendrier des sorties en salles peuvent laisser place à de belles confrontations. Avec le retour des réalisateurs de Matrix, Spider-Man période Tobey McGuire et d’En cloque : mode d’emploi, mercredi 13 Mars 2013 frappe très fort.

«It’s the final tent-pole !»

En matière de production cinématographique, l’écart entre petits et grands budgets s’est creusé avec l’arrivée de la crise. Banqueroute réelle ou illusion à la mode, le fait est que les producteurs d’aujourd’hui prennent rarement des risques. On ne parle donc plus de blockbusters, mais de tent-poles («mât de tente»). Les tent-poles se distinguent par un budget astronomique et un plan communication option remboursement des frais dentaires. Bien évidemment, quand un tent-pole ne prend pas, les conséquences sont démultipliées. Le patron de Disney a par exemple donné sa démission après l’échec de John Carter en 2012. Evaluons les trois poulains de cette semaine, Oz produit par Disney, 40 ans : mode d’emploi par Universal et Cloud Atlas, électron libre distribué par Warner Bros.

OZ.2Le Monde fantastique d’Oz : un soupçon de super-héros chez Dorothy

Sam Raimi, à qui l’on doit la trilogie de Spider-Man (2002-2007) revient en 3D et avec James Franco en star d’une ode au classique du cinéma Américain, Le Magicien d’Oz (1939). Ce film est basé sur une histoire inédite, qui aurait eu lieu une vingtaine d’années avant l’arrivée de Dorothy. Les références au titre originel sont nombreuses et fournies, parfois subtiles (le début en 4/3 et noir et blanc, le parachute, la route en briques jaunes), parfois énormes (l’armée de singes volants, le transport en bulle de savon).

De son expérience chez Marvel, Raimi a ramené un sens du rythme avec un comique de l’enchaînement des registres, mais aussi son art de défense des méchants. Franco incarne d’ailleurs à merveille Oscar, un coureur de jupons prestidigitateur face à un casting féminin magnifique, certes, mais peut-être pas encore totalement engagé (sauf peut-être pour Rachel Weisz).

Certains reprocheront peut-être la surcharge des effets spéciaux et la saturation des couleurs, mais le point de vue explicatif sur la légende d’Oz permet de faire ressortir des problèmes bien plus profonds (le cinéma n’est-il qu’un enchaînement d’illusions ?) ou tacler les principes du puritanisme Américain (comment filmer une bataille sans une goutte de sang ?). D’ailleurs, dans cette version-ci, le héros ne se réveille pas d’un long somme dans sa réalité-sépia. Pas si conventionnel que cela, l’apologue.

40A.240 ans mode d’emploi : Judd Apatow, l’âge de raison

Depuis ses débuts en tant que réalisateur, Apatow est devenu la coqueluche du cinéma Américain hype. Il rassemble aujourd’hui les avis favorable des critiques et du public, en mélangeant soigneusement les éléments potaches d’un buddy movie et les piques acerbes d’une critique des moeurs à des dialogues bien sentis. Il a récemment lancé la carrière de Lena Dunham, jeune créatrice et héroïne de la série Girls qui croule sous les récompenses après seulement une quinzaine d’épisodes à son actif. Son dernier film en date, En cloque : mode d’emploi (2007), rassemblait tous les éléments d’une comédie à succès.

Pourquoi donc avoir créé un spin-off sur l’histoire de couple de Debbie (Leslie Mann) et Pete (Paul Rudd), qui approche de la quarantaine et ne pas avoir bifurqué sur une autre histoire ? Pourquoi avoir délibérément choisi de se baser sur un film à succès si les deux héros (Seth Rogen et Katherine Heigl) ne font pas d’apparition ? Peut-être une façon d’expliquer qu’avoir 40 ans, c’est aussi faire un point sur ce qu’on a été, et ce qu’on devrait être, mais aussi répéter ce qu’on a déjà vu en un sens. Debbie et Paul sont bien les seuls enfants dans ce film, enchaînant caprices sur caprices. Apatow réussit à infuser dans ses dialogues toujours le ton juste, à la limite entre absurde et réaliste. Et n’allez pas penser qu’il ne s’adresse qu’aux quarantenaires. La limite de l’âge, c’est dans la tête.

Le film commence d’ailleurs avec une scène de sexe vue depuis la buée d’une porte de douche. Ce que pourrait très bien faire un couple à 30 ans. Ou à 20. Le réalisateur semble peut-être pointer notre fâcheuse tendance à nous définir seulement par nos âges quand nous vieillissons. Encore une fois, le message est caché derrière des scènes hilarantes et des personnages plus névrosés les uns que les autres (mention à la grande sœur et son obsession pour la série Lost), des répliques cinglantes et une ribambelle de chutes grotesques. Ou comment arriver à faire une suite sans faire de réchauffé et avec un casting quatre étoiles.

Cloud Atlas : une ambitieuse fresque cinématographique

CA.1

Les temps n’ont pas été très cléments pour les Wachowski. Malgré le succès mondial de la trilogie Matrix (1999-2003) et de V pour Vendetta (2005, producteurs seulement), le coup dur de Speed Racer (2008) leur a fait perdre leur producteur Joel Silver. On préfère penser, du moins, que le changement de sexe de Larry en Lana Wachowski n’a pas de rapport avec cette sombre histoire. Trop-plein d’ambition, cinéma honteusement épique ? Qu’il en soit ainsi.

Grâce à l’aide de l’Allemand Tom Tykwer (co-réalisateur du projet, réalisateur, entre autres, de l’adaptation du Parfum de Süskind) et des réseaux indépendants, le frère et la soeur reviennent avec un projet au-delà de toute classification, une oeuvre forte, monumentale, qui décloisonne les limites du cinéma et réduit la 3D à un véritable gadget inutile. Il est bien impossible de résumer la trame, qui relie six époques différentes, séparées de plusieurs siècles. Elle analyse cependant les liens que les personnes peuvent créer entre elles, malgré la distance spatiale et temporelle. À chaque époque, un acteur peut avoir un rôle totalement différent. On peut ainsi trouver là Hugo Weaving en infirmière tyrannique, ici Jim Sturgess en rebelle aux yeux bridés. Le puzzle complexe se révèle au fur et à mesure des 2h51 de ce marathon émotionnel et visuel, violemment esthétique.

La richesse des images, des personnages et des lieux aurait pu nourrir facilement une série télévisée complète. Et il faudra peut-être visionner plusieurs fois cet opus pour ne rien manquer. Comme tous les bons réalisateurs de films indépendants, les Wachowski ont fait appel à une génération d’acteurs qui commençait à disparaître de nos écrans : Tom Hanks, Halle Berry ou bien encore Hugh Grant se défendent bien mieux que certains membres de la A-list d’Hollywood. Malgré la grandeur du projet, Cloud Atlas réussit à toucher au plus près de notre rapport avec la solidarité. Ce sentiment humain pur, intense, celui-là même qui était ridiculisé dans Matrix: Revolutions. Du final Christique maladroit à l’explosion du film-choral, il n’y avait donc qu’un pas. La morale est facile ? Cloud Atlas peut diviser, mais l’expérience est unique. Et elle en vaut largement le détour.

Crédits photos : Warner Bros, Disney, Universal Pictures

Twilight 5, grand vainqueur des RAZZIE® 2013

Chaque année, les Oscars récompensent les meilleurs performances cinématographiques de l’année. Qu’en est-il des plus mauvaises ? Les Golden Raspberry Awards s’en sont occupés.

razzieLes derniers seront les premiers

En réponse aux larmes de joies et aux défilés de mode sur les tapis rouges, John Wilson décide en 1980 de changer cette tendance. Pourquoi ne pas récompenser les plus nuls ? Après tout, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui arrivent à faire le plus d’entrées.

Le palmarès du 23 Février 2013 est cependant largement dominé par Twilight: Breaking Dawn Deuxième Partie, qui totalise 7 récompenses : la plus mauvaise suite ou rip-off, les plus mauvais réalisateur, actrice principale, acteur secondaire, groupe d’acteurs mais également le plus mauvais couple pour Taylor Lautner et Mackenzie Foy. La récompense du plus mauvais acteur a été remporté par Adam Sandler dans Jack et Jill. Rihanna a même été promue pour sa première apparition dans Battleship.

Les Razzies, «la récompense la plus écologique au monde»

large_logoÉtrangement, peu d’acteurs ont assisté à la 33ème édition des Razzies, ou ont rêvé de gagner une de ces récompenses en forme de framboise dorée. Le fruit fait référence à l’expression ‘to blow a raspberry’ (littéralement «exploser une framboise»), qui n’a pas d’équivalent Français mais qualifie ce geste universel de dérision qui consiste à tirer la langue tout en soufflant dessous. Ne bénéficiant pas de présence médiatique, John Wilson en a souvent conclu avec humour  que ces récompenses étaient les plus vertes et les plus égalitaires.

La célébrité des Golden Raspberry s’est maintenue grâce à la culture du mauvais genre chez les cinéphiles underground (le scrutin est participatif). En 2005, elle a connu un pic avec Halle Berry : l’actrice venait de jouer dans Catwoman, et a obtenu le Razzie de la plus mauvaise actrice. Avec beaucoup d’humour, elle a assisté à la cérémonie et a même prononcé un discours. Plus récemment, David Eigenberg, qui joue Steve dans Sex & the City, s’est mis en scène lorsque la suite au cinéma a reçu plusieurs prix en 2011. La webculture du LOL promet de belles années aux Razzies.

Retrouvez le palmarès complet, les archives et les modalités d’inscription pour devenir un membre du jury sur le site officiel des Golden Raspberry Awards (en anglais)

Crédit photos : RAZZIE®, Summit Entertainment

BAFTA 2013 : la cérémonie, « Argo », classe ou pas classe ?

Le Royal Opera House (Londres) a accueilli ce dimanche soir la remise des prix des Césars à la sauce gravy. Sélection des meilleures interventions et des pires blagues cyniques.

The EE British Academy Film Awards in 2013Comme tout bon résumé de cérémonie, un article spécial BAFTA se doit de donner la liste exhaustive des lauréats. Mais dans une période où un clic nous fait apercevoir de façon officielle et fournie les gagnants, nous préférons nous demander : que penser de ces récompenses ? Ben Affleck et son Argo ont coiffé au poteau L’Odyssée de Pi et Lincoln pour les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Ces deux favoris sont pourtant les mieux placés pour les Oscars. Un bruit de fond répandrait déjà la rumeur d’un changement de dernière minute en faveur de l’ex-Daredevil, heureux de trouver une consécration à son passage «au second acte». Tout innocent, il considère son premier acte d’acteur achevé.

Les préférés du Royaume-Uni, Les Misérables, ont remporté de nombreux prix techniques (dont les outrageusement grandiloquents décors dont nous reparlerons ultérieurement) et le meilleur second rôle pour Anne Hathaway, assurant le culte de la Grande-Bretagne pour le musical. Emmanuelle Riva a créé la surprise avec son prix de meilleure actrice pour Amour, ce qui la met en bonne voie pour le Kodak Theatre. Daniel Day-Lewis a reçu en toute logique le prix du meilleur rôle pour sa performance dans Lincoln. Sugar Man a quant à lui remporté le prix du meilleur documentaire. Enfin, grand absent des récompenses malgré les nominations, Zero Dark Thirty rentre bredouille.

Mais que seraient les BAFTA sans l’humour à l’Anglaise ? Exclusivement diffusée sur BBC1, nous avons choisi et classé quelques interventions croustillantes de la cérémonie selon le code du fameux Classe-Pas Classe. Enjoy.

PAS CLASSE
The EE British Academy Film Awards in 20131. Stephen Fry, le maître de cérémonie, égrène les noms des célébrités s’étant déplacées pour l’événement, dont Helena Bonham Carter. Il lance la fausse rumeur qu’elle aurait apparemment bu pour s’imprégner de son personnage lors du tournage des Misérables. Choquée, l’épouse de Tim Burton  prend un air à mi-chemin entre l’incompréhension et le mépris, ce à quoi Fry répond : «Excusez-moi, je rigole, je voulais dire qu’elle était bourrée tout le temps !»

2. Billy Connolly arrive sur scène pour remettre le BAFTA de la meilleure première création, le visage figé dans un flegme typique : «Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux de venir ici pour offrir (regarde la forme du prix) un masque mortuaire posé sur un bâton.»

mirren3. Helen Mirren, nommée dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle pour Hitchcock, a présenté son nouveau look : ses cheveux teints en rose bonbon. Les tabloïds Anglais travaillent déjà leur point beauté, visiblement plus intéressés par l’état du tapis rouge Londonien sous la pluie que du palmarès.

4. Tout ému de sa récompense en tant que meilleur acteur dans un second rôle dans Django Unchained, Christoph Waltz dédie la fin de son discours au réalisateur Quentin Tarantino : «Je voudrais remercier Quentin pour sa confiance qui a toujours été totale envers mon travail…(échange de regards) espèce de diable !»

5. Les premiers mots du réalisateur du feuilleton The Imposter Bart Layton pour son BAFTA de la meilleure première création : «Oh mon dieu, j’y crois pas ! D’abord, j’ai eu la chance de faire pipi à côté de Samuel L. Jackson et maintenant ça !»

6. Alan Parker, lauréat d’un BAFTA d’honneur, évoque sa carrière : «Je me disais, mais qu’est-ce que je pourrais bien dire comme discours si je gagnais un prix ? Et puis, dix années ont passé…»

The EE British Academy Film Awards in 20137. En guise de clôture de la cérémonie, Stephen Fry adresse aux téléspectateurs un : «Keep shooting your shorts» qui peut avoir une double signification : soit «n’arrêtez pas de réaliser des courts-métrages», soit «continue de trouer ton slip». Après avoir prononcé ceci, Fry détache un moment les yeux de son prompteur pour commenter «Ça risque d’être compris bizarrement».

CLASSE
1. Anne Hathaway, pour le BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle, qui lui a été remis par George Clooney : «Je suis tellement émue que je viens seulement de prendre George Clooney dans mes bras, ce qui est relativement stupide.»

2. Stephen Fry sur Lincoln : «J’ai été très touché de voir que j’avais été moi-même invité à participer à la réalisation du dernier Spielberg. Après relecture de mon mail, il s’est avéré que j’étais plutôt invité à m’inscrire à LinkedIn.»

3. Daniel Day Lewis, pour le BAFTA du meilleur acteur : «Pendant 50 ans, j’ai cru entendre à chaque fois que je me levais de n’importe quel siège une bande-son d’applaudissements.»

The EE British Academy Film Awards in 20134. Samuel L. Jackson, venu remettre le BAFTA du meilleur film : «On vous a dit que la moitié d’Hollywood était là ce soir. Et c’est vrai : ils étaient tous dans le même vol que moi ! J’ai cru qu’on allait tourner un remake de Des Serpents dans l’avion

5. Ang Lee monte sur scène lire le discours de Claudio Miranda, directeur de la photographie de son film L’Odyssée de Pi, qui a remporté le BAFTA mais n’est pas présent à la cérémonie : «La première partie parle généralement de son travail avec moi et de combien je suis un bon réalisateur, je vais donc sauter ce passage…»

6. Et parce qu’il n’y a pas plus classe que d’arriver à faire pleurer d’émotion lorsqu’on est pas sur scène, le prix des plus belles larmes revient à Jennifer Garner, Lisa Heslov (épouse du producteur Grant Heslov) pour Argo, et Bradley Cooper pour Happiness Therapy.

Crédits photos : PA Images, BAFTA Images (via FlickR)

Hitchcock, « Psychose » et un couteau à beurre

Adapté d’un essai de Stephen Rebello inédit en France, le biopic du maître du suspense parle de tout, sauf peut-être de Hitchcock lui-même.

HitchcockÀ la manière d’un clown, Anthony Hopkins semble se délecter à singer la démarche et la corpulence d’Alfred Hitchcock, qu’il avait lui-même choisi d’utiliser comme marque de fabrique, intervenant en costume-cravate dans ses propres feuilletons télévisés. Fallait-il pour autant transformer cette biographie historique en comédie romantique bien molle ?

Le succès public et critique de La Mort aux Trousses (1959) a conforté Hitchcock dans sa capacité à séduire son audience. Cependant, à court d’idées excitantes, Hitch’ tente de se renouveler, d’innover, pas facile quand on a 60 ans, 44 films et une piscine à son actif. Entouré de sa femme Alma Deville (excellente Helen Mirren) et de son assistante Peggy Robertson (Toni Collette, toujours impeccable), il construit néanmoins un projet risqué à partir d’un fait divers mieux connu sous le nom du livre qui a choqué l’Amérique : Psychose.

Avant toute chose, si vous n’avez pas encore vu Psychose, des éléments dans cet article risqueraient de ruiner son intrigue, je vous invite à voir ce film avant d’aller plus loin dans ma lecture. La déception aurait pu être grande : au lieu de décortiquer le chef-d’oeuvre de Hitchcock et d’analyser le génie du réalisateur, nous avons droit à une crise de couple sur fond de tournage difficile. La fameuse scène de la douche n’est même pas sujette à des questions esthétiques : elle est utilisée pour exprimer la jalousie du pauvre petit Alfred. Anthony Hopkins s’amuse, Helen Mirren rayonne, Scarlett Johansson fait monter le taux de natalité, rien de nouveau sous le Soleil d’Hollywood. Sacha Gervasi a essayé sans grande conviction la carte du réalisateur névrosé : Hitchcock est hanté par le tueur à l’origine du fait divers. Cependant, comme la figure fantomatique qu’il incarne à l’écran, ce tueur ne fait que traverser son esprit sans effleurer un tant soit peu le scénario bien pauvre. Certes, l’intrigue fait une part belle à deux figures féminines qui ont travaillé sans relâche avec Hitchcock dans l’ombre, dont sa propre femme. Pourquoi, à ce moment-là, ne pas avoir appelé le film Alma ?

Scarlett Johansson, Anthony Hopkins et Helen Mirren dans "Hitchcock" de Sacha Gervasi

Malgré cette romance parfois poussive, d’où vient pourtant ce charme qui nous fait rester : des clins d’oeil de Jessica Biel ou de ce qu’appellerait Allociné des croustillants secrets de tournage ? Rien de très académique ou meta-cinématographique ressort de ce divertissement. L’histoire aurait très bien pu être appliquée à un autre réalisateur, sans provoquer peut-être le même engouement. Non, inexplicablement, un simple aperçu des coulisses de création sur une mélodie entraînante de Danny Elfman (compositeur attitré de Tim Burton et du générique de Desperate Housewives) aura suffi à faire illusion. Assez malicieusement, le génie de la suggestion dans Psychose est appliqué à sa version biopic. Plus qu’une histoire vraie avec des tripes, Hitchcock se la joue fine. Enfin, façon de parler. Au mieux, vous aurez envie de revoir l’original. Au pire, vous croirez que Scarlett Johansson y joue dedans.

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Crédit photos : Twentieth Century Fox