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Ginger Cat Power : la curieuse présence du chat roux dans le cinéma

Quand j’ai découvert avec joie les gifs célébrant la journée mondiale du chat il y a quelques jours, je me suis posé cette question, qui m’échaude depuis un certain temps : pourquoi le chat roux est omniprésent au cinéma ? D’où vient un tel engouement pour le chat roux ? Qu’a-t-il de plus par rapport au noir, blanc, gris, etc… Y a-t-il une symbolique du chat qui m’a échappé depuis mes années de cinématographie ? Un tour du côté d’Internet m’amène à une conclusion : le chat roux est présent, certes, mais sans explication concrète. Effet de mode ou choix réfléchi ? Où se cache la mafia des chats roux ?

Un chat commun

Faisons les comptes et tentons une hypothèse : le chat roux serait-il plus intelligent que les autres ? (Réaction immédiate de ma mère : « Donc tu es en train de dire que notre chat noir et blanc est idiot ?! » accompagné d’un regard accusateur…)

Au cinéma, il y a bon nombre de chats roux qui tiennent le rôle principal. Du côté de l’animation, O’Malley dans Les Aristochats (Wolfgang Reitherman, 1970) est le sauveur et le guide de Duchesse et ses enfants. En images réelles, le chat roux reçoit un traitement particulier. Ce qui frappe le plus, dans la liste énoncée par Eric Vernay pour Slate, c’est qu’il y a un rapport évident et particulier entre l’être humain et le chat roux. Dans Diamants sur canapé (Blake Edwards, 1961), le chat est le catalyseur d’un happy-ending sous la pluie. Le chat roux est un chat qu’on cherche, qu’on veut garder près de soi et auquel on parle, comme le Jones de Ripley dans Alien (Ridley Scott, 1979). Le chat roux est poursuivi par un chanteur folk dans Inside Llewyn Davis (Ethan & Joel Coen, 2013). Le chat roux est donc un personnage important.

Cas d’école retentissant : l’affaire Hunger Games, rapporté par Première. Dans le premier volet de l’adaptation cinématographique (réalisé par Gary Ross en 2012), le petit Buttercup qui appartient à la sœur de Katniss, est noir et blanc. Dans le deuxième (Embrasement, Francis Lawrence, 2013), il est devenu… roux. La raison : respecter la description du livre de Suzanne Collins (qui indiquait ‘couleur courge pourrie’ (ceci dit une courge très pourrie peut être noire)). Étrangement, ce chat ne présente aucun intérêt lors du premier film. Cependant, dans le troisième volet (La Révolte, partie 1, Francis Lawrence, 2014), il est sauvé in extremis par Katniss (et sous la pluie, encore une fois). Comme si sa robe avait donné de l’importance à son personnage. Coïncidence ?

L’article d’Eric Vernay arrive à la conclusion que le chat roux est plus présent à l’écran car cette race est très répandue aux Etats-Unis, ce qui permet aux dresseurs d’utiliser plusieurs chats pour les prises de vue, et parce qu’il est plus photogénique. Cette réponse n’est pas satisfaisante pour les détectives à moustaches que nous sommes. Pourquoi un chat serait-il plus photogénique en roux ? Je peux comprendre qu’un angora qui laisse traîner des touffes de poils sur le plateau de tournage n’enchante pas les scriptes. Mais que le chat roux soit aussi commun au point d’envahir bon nombre d’écrans, ça me paraît un peu gros, un peu fort de chat-fé.

Lassé de cette question sans réponse, je me suis tourné vers un art qui a donné ses lettres de noblesse au chat roux : la bande-dessinée. Outre-Atlantique, la grande mascotte des chats roux est bien évidemment Garfield (de Jim Davis). Paresseux, accroc aux lasagnes, mesquin. Il est l’incarnation même du chat/homme, comme si le comportement félin était expliqué par un caractère profondément misanthrope. Il y a également eu Heathcliff, le chat roux de George Gately qui a connu le succès en animation. En France, il s’appelait Isidore et il menait la bande des Entrechats dans les années 1990. Heathcliff/Isidore est débrouillard, malin, encore une fois. Cette vision du chat roux supérieur à l’homme dans le cinéma ne vient-elle pas de ces anti-héros de la bd ?

Au fil de mes recherches, je tombe finalement sur cet article de Michael Tedder pour Esquire. À la traditionnelle liste des meilleurs chats au cinéma, il ajoute un paragraphe sur la signification et la symbolique du chat. Je me rends donc compte d’une évidence : le chat roux donne en fait un indice sur le profil sociologique du personnage et sur la symbolique au film. Évidemment, c’était simple comme (chat-)chou.

Un chat-gavroche

Reprenons donc notre étude. Si le chat roux est très présent dans les films, c’est parce qu’il est l’incarnation du cadre de vie modeste. Sa présence est un rappel d’un désir de vie moyenne et calme. Ripley dans Alien aurait peut-être préféré rester sur Terre avec Jones. Le chat roux, témoin du couple de Gone Girl (David Fincher, 2014), n’est ici que pour rappeler leur fantasme de vie rangée et parfaite.

Par extension, le chat roux est débrouillard et a un petit côté gavroche. Le cas ultime : le dessin-animé Oliver et Compagnie (George Scribner, 1988), qui suit les aventures d’un petit chat roux abandonné dans les rues de New-York, récupéré par une bande de chiens errants. Et je ne le cite pas seulement parce qu’il fait partie des films que je regardais en boucle il y a 10 ans.

Le profil sociologique du chat roux se dessine peu à peu. Le chat roux est populaire, roublard lorsqu’il est en solo, signe d’amour simple dans un couple ou une famille. On peut maintenant y opposer facilement d’autres espèces. Le chat blanc et touffu est le signe de l’aristocratie (sans aucun doute, Duchesse dans Les Aristochats). Par extension, ce signe de supériorité est parfois traduit par de la flemme (Snowbell dans Stuart Little de Rob Minkoff en 1999). Les siamois/angoras, quant à eux sont plutôt utilisés pour leur côté féminin très à la mode dans les années 1990. L’évidence est Sassy, petite chatte qui fait partie de L’Incroyable Voyage (Duwayne Dunham, 1993). Il y a bien sûr les siamois de La Belle et le Clochard (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, 1955), mais également, du côté de la comédie grotesque, le chat très propre de Mon Beau-Père et moi (Jay Roach, 2000), déjà cité par la très riche vidéo de Blow-Up.

Enfin, on peut associer le chat noir et blanc avec l’enfance, l’innocence. C’est le Figaro ingénu de Pinocchio (Hamilton Luske & Ben Sharpsteen, 1940) quand il a peur du poisson. C’est Kadzookey, le chat fluffy d’Ashley (Elizabeth Moss), signe d’une relation qui reste dans un rapport enfantin avec l’insupportable Philip (incarné par le génial Jason Schwartzman) dans Listen Up Philip d’Alex Ross Perry (2014).

Concernant le chat noir, inutile de préciser qu’une autre enquête serait nécessaire pour démêler tous ses champs d’interprétation.

Le chat roux n’est donc pas plus intelligent, il n’est qu’une extension sauvage et poilue des sentiments du personnage. Dommage pour moi, je ne pourrai pas crâner devant devant ma mère et lui prouver que le chat familial est bête.

Le meilleur exemple, comme l’a dit Blow-Up, reste encore Breakfast at Tiffany’s. Ce chat sans nom, sans objectif est l’alter ego de Holly Golightly. Et ce n’est pas pour rien qu’on décrit souvent Audrey Hepburn comme un chat (voire un chat noir dans Sabrina, mais c’est une autre histoire). À noter cependant que la fin du film est inventée de toutes pièces. En effet, dans la nouvelle de Truman Capote, Holly ne retrouve pas son chat, qu’elle a chassé dans un accès de colère dans les rues de Chinatown. D’ailleurs, dans la version originale, le chat n’est pas décrit comme un ‘orange tabby’, l’appellation commune de ce type de chat, mais plutôt comme ‘red and fluffy’. Un chat rouge et touffu. Une vision encore plus poétique de la femme-chat, qui donnerait presque envie d’aller traîner dans un cinéma à chats.

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Source : Tumblr, Garfield Wiki, Wiffle Gif

EXPO : PIXAR, 25 ans d’animation au musée Art Ludique

Pour son ouverture au grand public, des locaux flambants neufs accueillent une exposition concoctée par l’entreprise qui a révolutionné l’entertainment par ordinateur, mais ici, les machines sont au second plan. Osé.

Sully et Bob (Monstres Academy)16 Novembre : L’accueil est encore calme : deux assistantes déballent un grand rouleau de papier cadeau avant de le hisser sur un plan de travail réduit. Pendant qu’on raye mon nom de la liste, je perçois une très légère odeur de peinture fraîche. Le vestiaire ? Un petit placard derrière la caisse. Le calme avant la tempête…

Armé de mon mini flyer de présentation et d’un appareil photo, je m’arrête sur une citation, placardée sur un des murs : « Donner vie à un personnage est à la fois une source d’inspiration et de stimulation. L’animation, ce n’est pas seulement un moyen de mouvoir un personnage, mais d’émouvoir le public. » Catherine Hicks… Qui est donc Catherine Hicks ? Si l’introduction de l’exposition nous montrait la fameuse lampe croquée par John Lasseter en 1986, il devient difficile de trouver une quelconque hiérarchie entre les autres noms égrénés au fil du parcours.

Les 25 ans de Pixar se concentrent sur les images et les croquis, affichés comme des œuvres d’art. Il peut s’agir de dessins préparatoires, qui sont parfois éloignés des designs choisis, de vignettes simples destinées à la construction des story-boards , ou bien de statuettes en résine, celles qui sont scannées pour être ensuite animées. En guise d’explication des rôles en animation, une tablette tactile contenant de nombreuses interviews tente de combler ce vide. Par contre, rien n’est dit sur le processus de fabrication du film, ou bien le fonctionnement des croquis par rapport aux statuettes (qui sont parfois attribuées à des artistes variés). Le mystère de fabrication des films Pixar reste entier, même après la visite.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« C’est un fonctionnement d’atelier de la Renaissance ! » argue Renaud Hamard, attaché-presse de l’exposition : « A l’époque, l’atelier d’un peintre contenait de nombreux apprentis, à tel point qu’il devient difficile d’établir certaines toiles comme étant de la main d’un maître, ou d’un de ses disciple. Ce qu’on oublie souvent en regardant un film Pixar, ce sont les tonnes et les tonnes de dessins qui ont été réalisés au préalable, et par de véritables artistes. »

Les stars sont donc les dessinateurs. Et le concept a bien vécu : en décembre 2005, le MoMA de NYC inaugura, pour les 20 ans de l’entreprise, l’embryon de cette exposition. Les nouveautés, ajoutées en 2011, sont des installations assez hallucinantes. Le premier est un zootrope de Toy Story (vidéo en fin d’article). On apprend cependant que l’installation est directement inspirée de celle du musée Ghibli à Tokyo. La seconde, Artscape, est une exploration des dessins présentés, et animés sur un écran immense, afin de donner l’illusion de l’animation.

Même si les images sont magnifiques, il subsiste une légère déception. De par son nom, le musée Art Ludique propose une exposition relativement conventionnelle, là où Pixar a souvent proposé des concepts novateurs. De plus, le travail sur les courts métrages, marque de fabrique des studios à la créativité débordante, est à peine souligné. « Je ne sais pas si vous l’avez vu », continue M. Hamard, « mais il y a un dessin que j’affectionne particulièrement dans cette expo, c’est un croquis au fusain d’un sous-marin pour Nemo, qui est d’une précision, d’une finesse remarquable, alors que la séquence dure une demi-minute ! »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPourquoi donc ne dure-t-il qu’une demi-minute ? Quel rôle joue ce croquis dans la décision finale de la séquence ? Autant de questions qui resteront sans réponse, maintenant que l’entreprise s’est institutionnalisée et mise au musée. Il manque soit un documentaire du type Waking Sleeping Beauty, soit une animation entre le Chat-Bus du musée Ghibli et une attraction Disney pour que le dépaysement soit total. Au final, de belles images avec effet fouillis et fond de tiroir dans un musée au concept prometteur, mais encore tâtonnant, et à la note salée.

On nous promet que le « Ludique » du terme du musée se rapporte plus à l’univers graphique des jeux vidéos. Après l’exposition Pixar, une collection permanente devrait prendre le relai avec des cycles éphémères sur les arts du jeu donc, mais pas forcément joueur avec le public ? À suivre.

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Jusqu’au 2 Mars 2014 au musée Art Ludique, 34, quai d’Austerlitz, 75013 Paris. Entrée 14€, 11€ tarif réduit, 8,5€ tarif enfant, ouvert du lundi au vendredi de 11h à 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h), samedi et dimanche de 10h à 20h.

Crédits photos : Sébastien Dalloni, avec l’aimable autorisation du Musée Art Ludique.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»

En cette période de vacances scolaires, le cinéma est à l’honneur, notamment avec la déferlante Gravity et la sortie de Thor 2 demain. N’oublions pas tout de même que cette semaine, le film du mois à ne pas manquer sous aucun prétexte est Snowpiercer de Bong Joon-Ho. La preuve par 10.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»10. PARCE QUE BONG JOON-HU

Ce nom ne résonne peut-être pas dans vos oreilles, mais Bong Joon-Ho est considéré comme un réalisateur Coréen influent. Son style se définit par une recherche esthétique très appuyée, mais également par des sursauts comiques dans tous ses films. Dans The Host (2006), qui est un film d’horreur traitant de l’invasion d’un monstre, le film est traité à travers la réaction d’une famille lorsque la benjamine est enlevée. Les changements de registres à l’intérieur de ce film sont très nombreux, notamment dans la scène d’apparition du monstre. Dans Snowpiercer, il utilise ces deux atouts pour les appliquer à cette histoire de révolte à l’intérieur du train de la fin du monde, dont les passages comiques ne manquent pas, sans entacher l’évolution.

9. PARCE QUE LE TRANSPERCENEIGE EST UNE BANDE-DESSINÉE FRANÇAISE

La légende raconte que Bong Joon-Ho est tombé sur cette BD par hasard dans une boutique spécialisée dans le SF, avant même de réaliser The Host. Comme tout projet cinématographique, l’entreprise a été longue et semée d’embûches. Mais l’association internationale a permis d’élargir le casting à différentes nationalités. Lors de l’avant-première de l’Étrange Festival, Jean-Marc Rochette, le créateur de la BD avait encore du mal à réaliser ce qu’avait produit cette BD créée à son petit bureau il y a trente ans. Le Transperceneige a été publié dans la revue (À Suivre) entre 1982 et 1983. Le scénario de Jacques Lob et les images de Jean-Marc Rochette a été récompensé en 1985 par un prix au festival d’Angoulême et une publication chez Casterman. Deux suites ont même été créées : L’Arpenteur (1999) et La Traversée (2000), sur un scénario de Benjamin Legrand en remplacement de Lob décédé.

8. PARCE QUE C’EST UN FILM DE TRAIN

Les films qui parlent d’un train existent et sont déjà très nombreux. La nouveauté réside dans son format : du fait qu’il s’agit d’une révolution, nous suivons le parcours des passagers du fond et leur évolution au wagon suivant. Le format du train donne ainsi le format au film, qui est un enchaînement jusqu’à la locomotive. La forme du film a ainsi la forme du transport. Qui plus est, la réalisation est assez rythmée pour donner du souffle à cette évolution linéaire du récit, car les personnages n’évoluent pas de la même manière. La maestra du film tient aussi dans ce non recours, aussi bien au retour en arrière qu’à l’histoire en-dehors du train.

7. PARCE QUE L’UNIVERS VISUEL EST MAGNIFIQUE

Et pourtant, on pensait en avoir soupé des films post-apocalyptiques sombres qui racontent la survie d’un groupuscule face à un envahisseur totalitaire. Bong Joon-Ho s’appuie sur la comparaison facile entre les passagers de troisième et de première classe pour donner des univers visuels complètement différents d’un wagon à l’autre. Ici une sombre morgue aux coffres luisants, là un aquarium chamarré. Le plus beau reste encore ces plans sur les étendues de neige qui entourent le train à perte de vue.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»6. PARCE QUE LE CASTING EST INTERNATIONAL ET DE QUALITÉ

Nous l’avons déjà cité plus haut, mais le casting international est également un casting d’acteurs célèbres sans être des stars qui cacheraient le train. On retrouve quand même Jamie Bell (Billy Elliot), Octavia Spencer (La Couleur des sentiments), James Hurt (Elephant Man) et Tilda Swinton (We Need to talk about Kevin). Si nous n’avions aucun doute sur la qualité de leurs jeux, ils permettent au rôle principal habitué aux grosses productions de s’élever.

5. PARCE QUE JUSQU’ICI C’EST LE MEILLEUR RÔLE DE CHRIS EVANS

On le connaît plus pour Captain America, un rôle à l’envergure assez réduite, mais qui a permis de le faire entrer dans la série Avengers. Le deuxième opus des aventures de son personnage est d’ailleurs en post-production. Entre ce rôle et celui de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques, la musculature d’Evans a plus été mise à contribution que son panel de jeu dans sa carrière. Et pourtant, dans Snowpiercer, Evans est brun, garde ses vêtements, mais il s’en sort. N’en déplaise au producteurs de la franchise Marvel.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»4. PARCE QU’IL ÉVOQUE DES THÈMES INTENSES SANS ÊTRE EXPLICITES

Marre des nanars sanglants avec grand renfort d’hémoglobine ou de plans sur découpes réelles de membres ? Ici, certes, le sujet implique des combats. Et pourtant, les scènes sont filmées avec assez de subtilité pour suggérer les coups sans tomber dans l’effusion de sang. En s’inspirant des chorégraphies de combats des films asiatiques, le film propose également des gestes simplifiés, qui permettent de comprendre l’évolution du combat sans user de ralentis appuyés. Le train lui-même donne ses contraintes à la confrontation : lorsqu’il traverse un long tunnel, il oblige les rebelles à se battre à l’aveugle contre les militaires et leurs lunettes à infrarouges.

3. PARCE QU’IL EST PORTEUR D’UN MESSAGE FAUSSEMENT SIMPLISTE

Les gros mots pourraient fuser facilement : lutte des classes, vision contestataire de l’ordre établi, corruption de l’élite gouvernante… Oui, Le Transperceneige aborde ces sujets. Pourtant, le message final qui s’en dégage n’est pas forcément totalement engagé dans ce sens. Plus que de donner des réponses arrêtées, ce film met en perspective deux visions du monde et les interrogent. Sommes-nous voués à survivre ou à vivre ensemble ? En nous montrant la voie sans la prendre pour nous, Snowpiercer donne une profondeur inattendue au film d’action.

2. PARCE QUE LA 3D AURAIT ÉTÉ DE TROP

C’est bien rare de penser ainsi ? Pas tant que ça. La 3D a été utilisée ces-derniers temps avec seulement pour effet… la profondeur. Avec des lunettes lourdes, embuées, qui ne fonctionnent pas tout le temps, on s’en passerait bien. Snowpiercer n’est pas en 3D, tant mieux, car s’il l’avait été, elle n’aurait pas été mise à contribution comme elle l’est dans Gravity.

1. PARCE QUE LA BANDE-ANNONCE DONNERAIT PRESQUE ENVIE DE LE REVOIR

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Crédits photos : Wildside

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai-faux blockbuster ?

Suite des aventures de Katniss et Peeta, pour lesquelles la machine commerciale hollywoodienne a été mise en branle. Le tout pour un message plutôt… anti-capitaliste.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?Autre cas de succès de librairie qui passe à l’écran, Hunger Games tente de s’imposer comme franchise cinématographique. Au risque d’être très (voire trop) fidèle, et afin de se réserver pour les suites à venir (sans surprise, le troisième volet sortira en deux parties en 2014 et 2015), ce deuxième épisode s’appuie un peu trop sur l’originalité du premier avant de décoller aux 3/4 du film. Et contre toute attente, son discours sur la société de consommation est assez engagé.

Conformément à la tradition, Katniss et Peeta, les vainqueurs des 74ème Hunger Games ou Jeux de l’Expiation, se soumettent à une tournée de gala dans les 12 districts de Panem, et feignent de s’aimer. Katniss tait ainsi sa relation avec Gale à contre-cœur. Où qu’ils passent, le peuple les associe à un espoir révolutionnaire, ce qui accentue la répression de la milice. Pour calmer ces émeutes, le président de Panem annonce une édition spéciale des Jeux réservée aux anciens vainqueurs, dans l’espoir de se débarrasser de ‘la fille en feu’.

Bien peu d’éléments ont changé entre les deux épisodes : mêmes acteurs, mêmes styles vestimentaires, même triangle amoureux. Mais ce n’est plus Gary Ross, le réalisateur à l’origine de l’univers en noir et blanc et en couleurs de Pleasantville (1998), mais Francis Lawrence qui est aux commandes de cet opus. Il a réalisé entre autres le clip Bad Romance de Lady Gaga (2009), qui fait partie des 10 vidéos les plus vues sur YouTube. Là où Ross avait préféré donner une couleur ambrée à sa photographie, l’Embrasement de Lawrence est plus bleuté et froid, plus conventionnel. Cet écho Twilightesque enlève un peu à l’intérêt de l’opposition entre monde rural et la Capitale qui fonctionnait dans le premier opus. Ici, on suppose qu’il fallait accentuer les styles néo-baroques des nantis face aux haillons des pauvres districts. Le choix n’est pas révolutionnaire, en soi.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?La lumière du film est cependant faite sur l’actrice qui incarne Katniss Everdeen à l’écran, et qui emprunte son nom de famille au réalisateur (mais avec aucun lien de parenté) : Jennifer Lawrence. En effet, depuis son oscarisation pour Happiness Therapy (2012), la jeune héroïne envahit totalement l’écran, quitte à l’occuper un peu trop. Dans le premier épisode, la dureté de Katniss était moins dissonante, car elle contre-balançait avec une certaine diplomatie maladroite de Peeta (Josh Hutcherson). L’héroïsme de la grande brune face au petit blond s’exprimait alors par un mutisme singulier (celui-là même qui lui a permis de décrocher l’Oscar face à Bradley Cooper, blond lui aussi). Ici, la jeune continue de se morfondre, tout en se trouvant un don pour la comédie et l’anticonformisme. L’auto-caricature n’est pas loin.

Et pourtant, quand on pense savoir d’avance l’issue de ce 75ème Jeu d’Expiation, on y découvre non plus une lutte animale, mais des alliances, des stratagèmes, entre coups de bluff et lutte contre un système qui rappelle étrangement Hollywood. Plus précisément ses méthodes de sélection et de rentabilité. La fidélité au texte (l’adaptation en scénario a été assurée par l’auteur Suzanne Collins elle-même) aura au moins l’intérêt de proposer une réflexion sur l’économie du cinéma et ses déboires. Car au fond, la dernière image de cet Embrasement, le cliff-hanger qui vous fera peut-être languir pendant un an, ce n’est qu’un seul visage, qu’un seul regard de braise. Il n’est pas inconnu, comme celui qui clôt Matrix Reloaded (2003), mais il présage le même danger.

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Crédits photos : Metropolitan Filmexport

Macadam Baby, le provincial poissard

Tribulations d’un jeune provincial amoureux dans un Paris stéréotypé. Malgré ses personnages attachants, ce film cache difficilement ses erreurs scénaristiques, et son manque de rythme, que le format du court-métrage aurait peut-être mieux desservis.

macadamThomas est un jeune étudiant en philosophie qui habite avec ses parents dans le Nord-Pas-de-Calais. Il part seul à Paris avec un manuscrit, Gnothi Seauton, et l’espoir de le faire publier chez un éditeur et ami de son père. À un bar, il sympathise avec Julie, dont il tombe amoureux. Celle-ci s’enfuie et vole son argent dans son dos. Thomas retrouve son frère Grégoire avec difficulté : ce-dernier avait ignoré ses appels et ses messages. Il accepte de lui faire une place là où il habite, chez la grand-mère de son ami Jérémy, avec Marco, un autre ami. Comme Jérémy ramène une fille différente par nuit, il se retrouve un soir avec Julie, à la surprise de Thomas.

Pour son premier long métrage, Patrick Bossard a choisi une histoire prétendument inspirée de faits réels. Pourtant, la première impression qui s’en dégage semble bien loin de la réalité. Ne serait-ce que Thomas, le jeune héros étudiant de philosophie, qui débarque à Paris plein d’illusions. Les clichés sur le provincial qui ne connaît pas la cruauté de la capitale ne sont pas épargnés, tout comme ceux du jeune écrivain qui ignore le fonctionnement des maisons d’éditions. Le plus énorme réside encore dans le comportement de son frère et ses amis, qui vivent de plans foireux et comptent leurs salaires en centimes, mais n’hésitent pas à tout plaquer pour rassembler une somme faramineuse pour une jeune fille qu’ils ne connaissent que très peu.

macadam-babyySi l’ensemble se veut réaliste, tout sonne faux. La gestion des personnages secondaires, qui aurait pu apporter une respiration comique par rapport à l’histoire principale assez sombre, a elle aussi été négligée. Quand Grégoire, Jérémy et Marco se déguisent en pères Noël en pleine rue pour proposer des photos, ils ne prennent pas le temps de croire à leur canular : les trois courent presque après les passants pour leur demander une pièce, portent leurs barbes blanches à moitié avant d’être embarqués par la police. Ce film révèle ses effets avant même de les utiliser, comme une caméra cachée qui aurait un cadreur à découvert. De ce fait, l’évolution de Thomas n’est ni attendrissante, ni révoltante. De plus, lors de l’épilogue, elle n’a pas l’air d’avoir changé, puisque Thomas ne pense qu’à retrouver Julie. Un film réel, peut-être, mais très peu réaliste.

Crédits photos : Kanibal Films Distribution

CINEMA : «Malavita», la mafia de Besson est bon-enfant

Adapté du best-seller de Tonino Benacquista, le dernier film de Luc Besson se repose sur son casting de rêve pour faire fonctionner tout le comique de cet anti-thriller pas vraiment inoubliable, mais pas déplaisant non plus.

«Combien vaut un homme ? Quel est le prix d’une vie humaine ? Savoir ce qu’on vaut, c’est comme connaître le jour de sa mort. Je vaux vingt millions de dollars. C’est énorme. Et bien moins que ce que je croyais. Je suis peut-être un des hommes les plus chers du monde. Valoir aussi cher et vivre une vie aussi merdique que la mienne, c’est le comble de la misère.»

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonLe ton se veut comique et impertinent, car l’histoire n’est pas toute rose : Giovanni est un ancien mafieux de la Little Italy. Depuis qu’il a balancé tous ses amis, le FBI l’a mis sous protection et sous surveillance rapprochée. Balloté en Europe avec sa famille, il se cache sous le nom de Fred Blake, et débarque dans une bourgade normande : Cholong-sur-Avre.

Sur RTL, Benacquista s’est étonné de la fidélité du réalisateur, ce n’est pourtant pas bien difficile. Il n’en fallait pas plus pour que le Besson des films d’actions explosifs se régale, et ici, il semble être dans son élément. Les relations entre Américano-Italiens névrosés et Français moyens font des étincelles : Maggie (Michelle Pfeiffer), innocente, demande à l’épicier du coin, dans un français approximatif mais attendrissant, s’ils ont du beurre de cacahuète. Devant le rejet violent du commerçant et du regard noir des autres clientes, Maggie finit ses courses avec dignité, et quitte le bâtiment… Juste avant que la bouteille de gaz qu’elle a volontairement ouverte n’explose. Le rythme de cette adaptation prend une accélération à la moitié du film, qui se transforme en course-poursuite improbable, et en une destruction massive, apothéose de ce qui pourrait être une fan-fiction du Parrain avec un budget colossal.

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonMalgré tout, Malavita reste une adaptation, et paradoxalement, son plus grand défaut réside dans le choix de ses acteurs. En effet, Fred/Giovanni est un pauvre type. Un mafieux qui balance tous ses amis n’a pas la même carrure qu’un Don Corleone. Or, Robert De Niro a déjà un lourd passé avec les films de mafia. Le voir gesticuler et grimacer ne nous enlève que difficilement son historique de la tête. Tout comme Michelle Pfeiffer semble être plus crédible en femme fatale qu’en mamma protectrice et cuisinière à l’italienne. Le maître mot est plutôt la rigolade, la survie, mais aussi les combats sanglants. À la manière d’un jeu vidéo, ce film aborde la mort comme une passade et une technique d’accès au calme aussi efficace qu’une séance de yoga.

Mais Besson joue avec son casting. Particulièrement avec ses têtes d’affiche :Tommy Lee Jones (qui interprète le rôle de l’agent Stansfield). En guise d’apothéose, Stansfield et Fred se retrouvent à une séance d’un club-cinéma qui change au dernier moment sa programmation pour projeter… Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese. Si l’instant est déjà comique dans le livre, il n’est que plus délectable sur grand écran, car De Niro y tient le rôle principal (et celui d’un wannabe mafieux Américano-Italien).

Même les enfants de la famille Warren (John D’Leo) et Belle (Dianna Agron) participent au détournement, les deux avec des comportements légèrement névrotiques en milieu scolaire français moyen. Ne serait-ce que pour la critique de la France chauvine, cette comédie noire vaut son pesant de pop-corn, avant de se plonger dans la suite, Malavita encore, en espérant qu’elle soit plus subtile que cette version dynamitée de Besson.

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Crédits photos : EuropaCorp

CINEMA : Turbo, tout feu tout flasque

Sans sortir des sentiers battus du film d’animation à la Pixar, Turbo apporte quelques coups d’accélérateur et ose franchir le cap de l’humour noir, au risque d’être légèrement polémique, comme son prédécesseur de chez Dreamworks, Shrek.

turbo-au-cinema-le-16-octobreThéo vit dans un paisible potager de tomates à Venice (Californie) avec son frère Chet. Il a pourtant un rêve : devenir un grand pilote de voiture comme son héros : Guy LaGagne, dont il suit tous les exploits. Raillé par ses collègues, Théo se retrouve dans le moteur d’une voiture de course sauvage, et aspergé d’un carburant fluorescent qui transforme son ADN…

Au milieu de la bataille des franchises de films d’animation, certains opus uniques et assez atypiques peuvent voir le jour. Ce fut le cas de Là-Haut, qui assumait son côté apologie, ou bien L’Étrange pouvoir de Norman, film fantastique et inventif réalisé en stop motion. La genèse de Turbo est bien plus simple : Dreamworks Animation a lancé un concours d’histoire courte au sein de son entreprise, remporté par David Soren. Son idée est partie de Fast and Furious qu’il a décidé d’associer avec un opposé total : les escargots.

414855-turbo-3dBien que très comique, ce postulat de départ peine à s’imposer : Théo, le petit escargot rêveur trempé dans un dangereux liquide fluorescent, se transforme en véritable voiture. Il ne laisse plus de bave derrière lui, mais une trace de pneu de voiture. Ses yeux font d’ailleurs office de phares, de poste radio, etc… Pourquoi ne pas lui avoir laissé ses attributs de gastéropode afin d’appuyer la différence entre voitures et escargots une fois transformé ? Malgré cette question fondamentale, le film garde un bon rythme. Les seconds rôles sont bien soignés, aussi bien du côté humain (la clique d’immigrés d’une vieille station-service) que des mollusques (L’Ombre Blanche, Cool Raoul…).

Quelques touches d’humour noir (les escargots enlevés quotidiennement par des corbeaux ; les blagues récurrentes sur l’identité sexuelle des mollusques hermaphrodites) viennent ajouter à ce film une légère ironie à la morale «Aucun rêve n’est trop grand, aucun rêveur n’est trop petit.» Et lorsqu’on retrouve le nom du rappeur Snoop Dogg parmi les voix originales de cette vraie-fausse défense du dopage, ce n’est qu’avec peu de surprise.

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Crédits photos : 20th Century Fox

Opium, le premier essai enfumé d’Arielle Dombasle

Histoire fantasmée de la liaison entre Jean Cocteau et Raymond Radiguet, la vision d’Arielle Dombasle se veut aussi grandiose que son maître, en respectant à la lettre ses chansons. L’effet final, assez lourd et volontairement décousu, est plutôt grandiloquent.

opiumJean Cocteau, est en cure de désintoxication de l’opium. Dans ses délires, il revoit le corps d’un jeune homme. Ce même homme lui arrache sa lecture des mains pour la jeter à la mer un après-midi. Plus tard, il se présente comme étant Raymond Radiguet, avec son manuscrit des Diables au corps. Cocteau décide de l’emmener avec lui à Paris.

Sur un fond noir, le pinceau couleur d’étoile du peintre croque un visage d’homme, avant de signer ‘Jean’, et de dessiner une étoile. Aborder Jean Cocteau, l’artiste anticonformiste par le biais de son œuvre, voilà un bien beau défi. Si la démarche de Cocteau avait pour but d’exploser les codes de la société du XXème siècle, elle peut paraître bien sage pour un spectateur post-bug de l’an 2000. Arielle Dombasle a toutefois choisi la voix de la romance, quitte à aborder le suranné et le kitsch.

opium1Sorti de sa torpeur due à la prise d’opium, Cocteau se remémore le souvenir du jeune Raymond Radiguet, rencontré lors d’une de ses cures de désintoxication sur la plage. Sa vivacité l’intéresse, il lui fait connaître le gratin Parisien guindé, tout en entretenant une relation avec lui, un peu trop libre au goût du poète. Entre les tableaux noir et blanc, sortes de rêveries symboliques, et les scènes de fête foraine ou de soirée mondaine, il n’y a que très peu de différences : les costumes et les effets sont bariolés, recherchés, voire encombrants.

À partir d’une belle histoire d’amitié entre les deux écrivains, Dombasle a transformé la relation des deux hommes en une passion digne de Rimbaud et Verlaine, bien trop exagérée pour être touchante. Et si Philippe Katerine, Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Julie Depardieu et Ariel Wizman y font de courtes apparitions, ce n’est que pour souligner cette nouvelle définition du tout-Paris dans lequel Arielle Dombasle se rêve en figure centrale, mystérieuse faucheuse qui chante. À l’oreille, les chansons, écrites par Cocteau lui-même, sonnent le glas de cette fausse adaptation en trompe-l’œil.

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Crédits photos : Margo Films

Super Trash, ordures bien gores

Plus haute que les montagnes environnantes, la décharge publique de Villeneuve-Loubet cache de moins en moins bien les déchets de la Côte d’Azur. Reportage à chaud d’un documentariste, perdu au milieu des bennes à ordures et des pots-de-vins.

supertrashSous un soleil de plomb, Marc Esposito prépare sa caméra à filmer l’horreur : les poubelles. En tant que Villeneuvois pure souche, il pensait connaître tout de ce monticule pestilentiel qui embaume toute la communauté. Son journal intime chronologico-thématique suit sa plongée dans la déchèterie, qui se révèlera bien plus choquante qu’elle ne paraît.

Au départ, Marc Esposito choisit de s’installer dans un cabanon, esseulé, le même cabanon dans lequel il jouait quand il était enfant. À peine accepté en tant que visiteur de la décharge, il manque de se faire écraser par la chaîne des camions. L’odeur est insupportable, il porte un masque bien peu efficace pour se protéger. Le tournage est minimaliste : en plus de sa petite caméra portative, une GoPro permet de voir en contre-champ le visage du réalisateur, malmené par cette expérience de plus d’un an. L’observation de ces bennes donne des images choc : des denrées encore comestibles côtoient des objets encore neufs, des défécations, des liquides suspects qui ressemblent à des hydrocarbures, des cercueils en fin de bail… Les images s’amoncellent jusqu’à la nausée. Esposito expérimente quelques uns de ces produits, avec plus ou moins de succès. Il arrive même à trouver plusieurs tapis rouges, en pleine période de festival de Cannes.

Sa route croise celle de Raymond, fervent défenseur de la forêt. Son discours est simple. Il pencherait presque vers le chamanisme lorsqu’il se met à écouter le tronc d’un arbre. Sa révolte est pourtant bien vive : pour lui, la décharge de Villeneuve a détruit l’éco-système. Lorsque Esposito réussit à interroger un conducteur de camion, c’est avec le visage caché. Ce dernier n’hésite pas, cependant, à évoquer des pratiques peu orthodoxes. Parmi elles, le fait d’éparpiller des bidons de produits chimiques un peu partout dans la décharge, pour qu’ils ne soient pas concentrés en un seul lieu. Un extrait du discours du maire révèle que la décharge aurait dû être fermée bien plus tôt. Raymond montre au réalisateur l’ancienne décharge : là où les ordures ont été enterrées il y a une trentaine d’années, certains objets ne se sont pas détériorés. La végétation n’a d’ailleurs pas repoussé depuis. Mais le pire arrive avec la pluie : le jus de la décharge qui s’écoule est bien sombre…

super-trash-le-film-surf_the_trash_martin_esposito_01Le réalisateur dans son cabanon prend une posture du vagabond à la Into the Wild, sans prendre la parole en off comme Michael Moore. Les images choquent, ici un jouet encore emballé, là un surf. Le montage est efficace, mais il manquerait peut-être de nuance : la décharge azuréenne est inacceptable, cependant, elle n’est que le symptôme d’une région qui doit gérer une démultiplication de ses habitants en été.

Un an plus tard, le réalisateur trouve encore des tapis rouges dans les ordures. Cette fois-ci, sa recherche Cannoise aboutit : le tapis est changé après chaque montée, soit un équivalent de 3000€, trois fois par jour… Son observation prend fin lors de la fermeture de la décharge. Avec un bandeau du tapis rouge autour du front, Esposito chasse les camions de ce qui n’est plus qu’un no man’s land, avant qu’une autre décharge soit ouverte.

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Crédits photos : Kanibal Films Distribution

CINÉMA : L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Jeunet à rallonge

Pour son nouveau pot-pourri, Jean-Pierre Jeunet a exhumé ses albums d’enfance. Si les péripéties de T. S. et sa bouille émeuvent, elles cachent difficilement d’énormes lacunes scénaristiques.

Quatre ans après Micmacs à tire-larigot, ode à la médiocrité occulté par les grimaces de Dany Boon juste après son succès Ch’ti, Jean-Pierre Jeunet a choisi d’adapter un livre pour enfants, mettant en scène un bien curieux personnage : le jeune T. S. Spivet, et ses talents d’analyste scientifique.

Au beau milieu du Montana, le quotidien de T.S. n’est pas comme celui des autres garçons de son âge : sa grande passion, ce sont les analyses scientifiques. Il passe ses journées à étudier tout ce qui entoure le ranch familial. Comme toujours, sa sœur Gracie, en pleine crise ado-artistique, le méprise. Sa mère (Dr. Clair), spécialiste dans l’étude d’insectes l’encourage, tandis que son frère et son père s’occupent des chèvres et autres, en véritables cow-boys. Un jour, T.S. reçoit un appel : l’institut Smithsonian, académie scientifique de Washington D.C., lui annonce qu’il est le lauréat de leur prix grâce à son projet de machine à mouvement perpétuel…

2013-08-27_16-43-37_TS_SPIVET_TeaserPoster_FrenchL’erreur la plus visible de ce conte tient dans cet unique coup de téléphone. En véritable amoureux de l’image, Jeunet prend le temps d’installer ses plans. Pas de monochromie ici comme dans Amélie Poulain, les couleurs sont chaleureuses, comme dorées et figées sur papier glacé. Le caractère hautement scientifique de T.S. nous est présenté par accident, au détour d’une unique scène d’école, lorsque ce-dernier exhibe fièrement un de ses articles publiés dans la revue Discovery.

Les questions affluent : pourquoi décide-t-il de cacher ce prix à sa famille ? Pourquoi choisit-il de se déclarer orphelin ? Pourquoi décide-t-il de fuguer pour traverser les Etats-Unis ? L’amoncellement de ce type de réflexion nous pousse donc à nous éloigner de cette histoire surréaliste, aux belles promesses, mais totalement illogique.

Le style de Jeunet est toujours là : le rythme des séquences, le goût pour les mêmes têtes (Dominique Pinon) et noms (le chien s’appelle Tapioca, comme les Tapioca de Delicatessen, ou sa boîte de production : Tapioca Films), la créativité des plans, l’illustration comique du cheminement de la pensée des personnages… L’outil de la 3D semble pourtant l’avoir freiné : l’image n’est pas distordue ou hachée, comme elle l’a été dans Amélie Poulain. Ces quelques éléments rassureraient presque, d’autant que l’acteur principal est attendrissant.

Mais le choix de l’histoire laisse à désirer : le format de road-trip à la Into the Wild a été associé à un univers d’album des années 1960. Le patriarche de la maisonnée est tout droit sorti d’un western, de par son physique, son salon-museum rempli d’animaux empaillés et son mutisme. De plus, lorsqu’il s’avachit dans son canapé avec son whisky, c’est pour regarder… un western en noir et blanc.

"The Selected Works of T.S.Spivet" Day 42 Photo: Jan Thijs 2012Les bons sentiments affluent, comme l’étude de ce fleuve dont le barrage ne tient pas, la critique est plutôt molle. Jean-Pierre Jeunet a voulu se faire plaisir, donner des images à ses rêves d’enfant, de célébrité peut-être ; il aborde légèrement les revers du succès (l’exposition médiatique, la solitude) avant de choisir le rail de la fin heureuse. Malheureusement, la virtuosité qu’il a déployé pour filmer l’horreur extraterrestre ou la normalité banale devient stéréotypée lorsqu’il veut célébrer une prodigieuse extravagance. Une impasse scénaristique ou un petit exercice de style d’un grand réalisateur ?

Pour échapper au contrôle du train de marchandises qu’il emprunte, T.S. se cache dans un camping-car témoin, et pose à côté des mannequins en papier, attablés devant des steaks en plastique. Ce miroir inversé de La Cité des enfants perdus est lumineux, chaleureux, mais est-ce un confort véritable ou faussé ? Secoué par la situation, T.S. vomit dans l’évier du camping-car une fois seul, avant de se rendre compte que l’eau ne fonctionne pas. Illusion du cont(r)e-plaqué qui évoque Arthur et les Minimoys ou Dorothy et Toto, l’étincelle en moins.

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L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet (2013, France-Canada).
Scénario : Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après le roman éponyme de Reif Larsen.
Avec : Helena Bonham Carter, Judy Davis, Callum Keith Rennie, Kyle Catlett, Niamh Wilson.
Durée : 1h45
Sortie en salles et en 3D le 16 Octobre 2013

Crédit photos : Gaumont Presse