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HAPPY NEW FILM : comment échapper au syndrome de la ringardisation du nouvel an au cinéma ?

D’abord une pratique observée chez les séries, le thème de la fin d’année apparaît parfois au cinéma, et particulièrement à la fin de Décembre. Si on ne compte plus les films sur Noël, la fête de fin d’année a subi un traitement nettement différent au cinéma. Pourquoi si peu de (bons) films se sont emparés de cette soirée ?

Attendons un moment avant d’attaquer les derniers toasts au foie gras et les restes de bûche glacée. Prenons du recul : si la télé nous abreuve de téléfilms sur Noël aux qualités plus que discutables, les films ayant pour thème la fête de la Saint-Sylvestre se font rares. Abus de champagne ou réelle volonté de nous priver de cette magnifique célébration, qui pour le coup est laïque ? Avant de monter sur nos chevaux cinéphiles, il faut tout de même noter l’évidence : Noël et la fête de la Saint-Sylvestre ne sont pas du tout les mêmes fêtes. La première est un rassemblement familial, qui fait ressortir les valeurs occidentales et chrétiennes que sont la famille, la réussite sociale, le pardon, la charité, etc. Le nouvel an, quant à lui, a une signification beaucoup plus floue. Mis à part la fête, peu de choses s’y attachent. On peut noter l’amitié, l’amour, la danse, la joie. Autre fait à noter : si les décorations de Noël n’ont de cesse de se multiplier et de varier, les décorations de fin d’année sont assez pauvres : la nouvelle année suffit de décor à elle-même (je sais que vous cherchez déjà la nouvelle contrepèterie qui ira avec 2017). Autre spécificité du nouvel an : les feux d’artifice, plus ou moins généreux selon les endroits.

Nous arrivons déjà avec un clair désavantage : la fête du nouvel an est moins cinématographique que Noël. Et nous disons cela en toute connaissance de cause, même avec l’apparition récente de films qui prennent littéralement le nom de cette fête : Happy New Year (Garry Marshall, 2011), New Year’s Day (Suri Krishnamma, 2001), New Year’s Day (Henry Jaglom, 1989), New Year’s Evil (Emmett Alston, 1980 ; très bon jeu de mots au passage), etc. Autant dire qu’on ne se foule pas. Pourquoi un tel désintérêt pour le nouvel an au cinéma ?

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Le nouvel an est en fait une information, un passage. D’un point de vue scénaristique, c’est assez maigre. Si cette fête permet tout (l’alcool et la fête aidant), tout devient très vite dépassé dans ces films, à partir du moment où l’année en cours de tournage ne peut pas être celle de l’année de sortie d’un film (élémentaire). C’est sur cet avantage que joue la période de Noël, où les simples indicateurs de temps peuvent être les corps, les relations. Autre fait dû à la période : nous acceptons de regarder des films de Noël jusqu’à 15 jours avant la date officielle (cf le mouvement des Ugly Christmas Sweaters), mais quand regardons-nous les films du nouvel an ? La veille ? Le lendemain ? La même question pourrait se poser pour cet article, que je choisis délibérément de publier 2 jours avant le nouvel an (mais que je pourrai facilement retweeter tous les ans #flemme).

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Il y a dans le nouvel an l’idée de l’instant, de l’éphémère et du ponctuel, un concept qui n’a pas l’air de correspondre à notre relation au cinéma : nous accumulons des films sur nos disques durs et dans nos DVDthèques, nous les regardons à l’envi, jusqu’à ce que mort s’en suive. La répétition ne sied pas au nouvel an. Quel dommage, quand on pense à quel point cette fête contient tous les éléments d’un drame palpitant !

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S’il y a très peu de films consacrés entièrement au nouvel an, il y a cependant de nombreuses scènes du nouvel an, et des très belles. Les classiques sont assez nombreux, surtout du côté des mélo et comédies romantiques. La sensibilité gauche de Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), la déclaration d’amour enflammé dans le cultissime Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1980)… Le nouvel an fait acte de déclencheur : parce que c’est une occasion spéciale, les langues se délient. Il y a une idée du « maintenant ou jamais » avec le nouvel an. De plus, la notion du couple est beaucoup plus mise en valeur avec cette fête qu’avec Noël.

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Le nouvel an a cependant eu une signification particulière avec le bug de l’an 2000. Longtemps fantasmé comme le montre ce formidable dossier de Thierry Noisette, ce passage au nouveau millénaire, qui n’a été finalement eu des impacts très réduits, a permis de développer des intrigues aussi vite passées de mode : Haute Voltige (Jon Amiel, 1999) et le très bien nommé Destruction Finale (Richard Pepin, 1999 ; traduction du titre US aussi délicat Terminal Countdown, qui était au départ Y2K)…

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Dernier point, et non des tels : le problème de l’absence de films du nouvel an tient tout simplement à un élément pratique : la pratique sociale veut que nous soyons tous en train de fêter la nouvelle année, avec beaucoup d’alcool, beaucoup d’amis, dans une débauche sans nom, que nous nous souvenions de cette soirée comme la meilleure au monde, où il s’est passé le meilleur et surtout ce qui arrivera dans l’année à venir. Et bien non. Revendiquons notre droit à célébrer le nouvel an avec des bons films et des nanars bien ratés.

new years resolutions new year resolutions gif

Quels films pour accueillir 2017, donc ? Du côté des plus belles scènes du nouvel an : il y a Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), qui oppose l’ivresse, la foule, la jeunesse avec le vide, la dépression. À revoir ne serait-ce que pour le jeu incroyablement décalé et touchant de Gloria Swanson. Il y a également le classique des classiques, La Ruée vers l’Or (Charlie Chaplin, 1925) éternel grand huit entre les rires et les larmes, avec Charlot qui attend son date pour le nouvel an. Dans une veine un peu moins légère et plus politisée, il y a Fruitvale Station (Ryan Coogler, 2013), qui retrace le parcours du jeune Oscar Grant, tué par erreur par un policier le 1er janvier 2009.

Si vous vous attendiez vraiment à une liste et que vous êtes déçus, ne partez pas trop vite : au lieu de voir si Ghostbusters II (Ivan Reitman, 1989) n’a pas été oublié par un énième article à clics, regardez plutôt la liste des meilleurs jeux d’alcool devant un film par GamesRadar. Ça peut être utile.

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Bonne année à tous, et laissez New Year’s Eve aux amateurs. Quitte à voir un mauvais film, regardez le Star Wars Holiday Special (Steve Binder & David Acomba, 1978). Carrie Fisher y chante dedans, apparemment (amour +10000) :

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BANDE DE FILLES, PARTY GIRL, MANGE TES MORTS : Au bout du cinéma réalité ?

La tendance du cinéma en 2014 ? De très gros plans, une tendance aux univers visuels prononcés, mais surtout, une réelle volonté de confronter des inconnus à la sublimation du grand écran. Un néo-réalisme ?

En toute ironie, Jean-Luc Godard a déclaré au Monde en Juin dernier : «Le cinéma, c’est un oubli de la réalité.»

bandedefilles1Où en sommes-nous dans cet oubli de la réalité ? Concentrons-nous sur trois films : Mange tes Morts de Jean-Charles Hue, Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis et Bande de Filles de Céline Sciamma.

Outre le fait d’avoir été sélectionnés au festival de Cannes 2014, ces trois films semblent avoir franchi une limite. Il sont bien au-delà du documentaire choc ou de l’histoire inspirée de faits réels.

Un dernier point commun entre ces trois films : ils résultent tous d’un travail de plusieurs années. Jean-Charles Hue avait intégré la communauté yéniche avant de réaliser La BM du Seigneur (sorti en 2008). Le trio Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis avait travaillé sur Forbach, court-métrage inspiré (déjà) de l’histoire de la mère de Samuel Theis. Quant à Céline Sciamma, sa filmographie brasse des thèmes analogues (la jeunesse, les minorités sexuelles) qui se retrouvent tous dans Bande de Filles.

Mis à part ces deux similitudes, rien d’autre. Comment peut-on arriver à des résultats si différents en partant du même matériau ? C’est ici qu’intervient le travail artistique, décortiqué en trois séquences.

partygirlPARTY GIRL : LA FÊTE

En sortie avec ses enfants et petits-enfants, Angélique s’adonne aux plaisirs de la sortie dominicale. Bonbons, bières coulent à flots tandis que les montgolfières s’envolent. En fin de journée, il ne reste plus qu’elle et son futur mari. Lui, fatigué par la journée, veut rentrer ; elle, excitée par la nuit, est partie pour faire la fête jusqu’à pas d’heure. Le conflit se rapproche dangereusement du couple.

Mais pourquoi dangereusement, d’ailleurs ? Après 1h de film, on se sent étrangement proche d’Angélique. Sa routine semble totalement éloignée de nous. Pourtant, son refus de se conformer à la société et de baisser ses attentes nous galvanise, nous révolte. Et lorsqu’on la voit amorcer une dispute, on ne peut que penser «Ce n’est pas de sa faute.»

Comment un tel revirement est-il arrivé ? Parce que la caméra ne lâche pas son personnage principal. En très gros plan, Angélique se montre sous toutes les coutures, avec ses breloques trop nombreuses et son tempérament trop naïf. Le film, construit sur son énergie, surprend beaucoup, mais est incroyablement touchant.

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mangetesmortsMANGE TES MORTS : LA VOITURE

La scène-clé de ce thriller de bric et de broc est la course-poursuite en voiture. Exit les critères classiques (prouesses techniques, acrobaties en voiture, frôlement de rétroviseurs), ici, tout est silencieux, mouvant, maladroit, dangereux.

Ici les coups, on les évite, parce qu’on risque sa peau si on est touché. Après 15 ans de prison, Fred est perdu dans sa propre région. À cours d’essence, il s’infiltre dans un parking de soirée pour que son frère adoptif vole quelques litres de gazole. L’opération tourne au fiasco lorsqu’un des vigiles sort son pistolet.

Scène de panique la nuit. L’idée est simple et efficace. La nuit, tout peut arriver : on peut télescoper sa voiture contre une autre, oublier un ami dans la précipitation, faire les mauvais choix… Et la tension est bien plus palpable ici que dans un film d’action chorégraphié.

Malgré tout, le réalisateur n’appuie pas sur ce côté du film dont l’histoire suffit à tenir en haleine. Il se concentre plutôt sur la beauté plastique de la nuit. La poussière que laisse traîner la voiture lorsqu’elle sort du garage. Un bout du pare-brise resté accroché à la voiture scintille de mille feux comme un diamant brut. Les phares des voitures créent un éclairage rythmé sur les visages.

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bandedefillesBANDE DE FILLES : LA MUSIQUE

S’il n’y avait qu’une séquence à retenir de ce film, ce serait évidemment Diamonds de Rihanna. Mieux vaut en dire le moins possible pour conserver la surprise du spectateur. On peut cependant ajouter qu’encore une fois, Céline Sciamma apporte une touche de bleu à la plupart de ses plans, en écho à ses deux précédents films. Elle ne porte jamais de jugement sur ses personnages, qui ont des défauts et des qualités, voire qui se moquent elles-mêmes de leurs propres stéréotypes de filles de banlieue.

Mieux encore, chacune d’elle est sublimée à l’écran. D’un point de vue technique, jamais une peau noire n’avait été aussi bien filmée (le travail sur le grain de peau est magnifique).  Céline Sciamma continue sa réflexion sur le film d’apprentissage en passant par l’amitié, l’amour, la sexualité, mais avec une pudeur et une modestie qui évite de nombreux écueils, notamment la confrontation de la bande de filles avec d’autres groupes.

Cette séquence de Diamonds est insouciante, énergique, jamais fausse. Et si la forme du film évolue du tout au tout, la référence à ce moment précis revient plusieurs fois, comme un rappel de ce qu’elles sont : des diamants dans le ciel.

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UN CINÉMA-RÉALITÉ ?
partygirl1Donc, le terme cinéma-réalité est-il vraiment approprié ? Nous sommes clairement dans une autre sphère. L’effet de réalisme vient du traitement des personnages, volontairement anticonformistes, volontairement antipathiques, et totalement attachants.

La construction de l’image et de l’alliance musique sont autant d’éléments mis sur un pied d’égalité avec le déroulé de l’histoire. Peut-on donc parler de néo-réalisme Français ? Pas vraiment non plus.

Il faut donc forger un nouveau gros mot, à mi-chemin entre abolition des conventions cinématographiques et sublimation d’elles-mêmes. Une réponse semble être tout appropriée : cinéma-réalisme.

Crédits photos : Pyramide Films, Capricci

Un Américain dans le musical : Broadway selon Clint Eastwood – «Jersey Boys»

La recette est, semble-t-il, inratable : prenez une pièce à succès, ajoutez-y un réalisateur et/ou un acteur connu, et le tour est joué. Ce n’est pourtant pas le cas de Jersey Boys, biopic sur la carrière de Frankie Valli and the Four Seasons. Mauvais choix de calendrier ou film trop personnel ? Analysons.

JerseyBoys4«Who loves you, pretty baby ? Who’s gonna help you through the night ?» Le nom n’évoque rien, les titres des chansons encore moins, et pourtant, les mélodies de Frankie Valli & the Four Seasons sont programmées à chaque mariage, ou bar-mitzvah. La comédie musicale autour de ce groupe à la carrière fulgurante ravit nos confrères Anglophones depuis bientôt dix ans. Cependant, nous sommes loin des success stories à l’américaine : ces Jersey boys sortis d’une bourgade contrôlée par la mafia, ont enchaîné les histoires louches. Cette déconstruction du genre, propre à Clint Eastwood mais ici déconcertante, l’aurait-elle desservi dans ce cas ?

Comme l’indique Jean-Michel Frodon, Jersey Boys est un film ‘en mineur’. L’intérêt du film est hors-champ, au-delà des mises en scène et des difficultés à gérer la célébrité. Les séquences interminables de chant avec chorégraphies spectaculaires et costumes chamarrés sont limitées. Eastwood appuie en fait sur la Chance qu’il faut forcer pour être connu. Vous voulez créer un tube ? Payez un présentateur radio pour qu’il matraque ses auditeurs avec un titre.

Eastwood détourne l’enjeu de la comédie musicale à l’écran, qui est de raviver les souvenirs de la performance sur scène en mieux, au profit d’une fresque historique. Eastwood décrit une époque où les acteurs devaient chanter et danser pour pouvoir percer. Pour recréer cette ambiance, les rôles principaux sont tenus par les véritables chanteurs du spectacle de Broadway, à l’exception de Vincent Piazza (Tommy deVito).

JERSEY BOYSCe choix de distribution, assez rare, permet également de poser la question du passage du théâtre au cinéma. Comme l’indique John Lloyd Young (Frankie Valli) : «sur scène, les spectateurs ne voient pas lorsque je ferme les yeux». Leur rapport à la caméra est sensiblement différent. DeVito harangue l’objectif en véritable Italien hyperactif, tandis que Valli, Gaudio (Erich Bergen) et Massi (Michael Lomenda) respectent le texte écrit et les indications de jeu qui leur sont données. Cette question du jeu correspond également à une époque où le rapport à la caméra est totalement chamboulé. Les prises de parole des différents protagonistes face caméra rappellent une liberté et une distanciation très Européenne.

Le problème de Jersey Boys serait donc d’être vendu comme un simple film musical, alors qu’il est bien plus, ou bien trop. De par son accumulation de genres et de procédés, le spectateur se perd dans les méandres du show-business, tout comme les quatre garçons dans la bourrasque. Pourtant les écueils de la star héros déchu sont évités. Ce film s’attache en fait à analyser la traversée du désert au lieu de l’élider.

Au détour d’un plan sur une chambre, une télévision laisse apparaître Eastwood himself, à l’époque où ses feuilletons cartonnaient. Cet étrange caméo narcissique semble nous indiquer vers quel hors-champ ce film veut aller : la dématérialisation. En effet, Eastwood le réalisateur expérimente sans cesse son art, mais son visage est devenu un symbole des années 1960. Tout comme Frankie Valli et ses confrères, dont les mélodies sont reprises à l’infini. Eux ne sont que des fantômes, grossièrement maquillés pour être vieillis à la fin du film, des ectoplasmes éclipsés par leurs propres oeuvres.

Un exemple, pour n’en prendre qu’un : l’omniprésence de «Can’t take my eyes off you» en musique (Gloria Gaynor, Muse…) et au cinéma :

Crédits photos : Warner Bros

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»

En cette période de vacances scolaires, le cinéma est à l’honneur, notamment avec la déferlante Gravity et la sortie de Thor 2 demain. N’oublions pas tout de même que cette semaine, le film du mois à ne pas manquer sous aucun prétexte est Snowpiercer de Bong Joon-Ho. La preuve par 10.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»10. PARCE QUE BONG JOON-HU

Ce nom ne résonne peut-être pas dans vos oreilles, mais Bong Joon-Ho est considéré comme un réalisateur Coréen influent. Son style se définit par une recherche esthétique très appuyée, mais également par des sursauts comiques dans tous ses films. Dans The Host (2006), qui est un film d’horreur traitant de l’invasion d’un monstre, le film est traité à travers la réaction d’une famille lorsque la benjamine est enlevée. Les changements de registres à l’intérieur de ce film sont très nombreux, notamment dans la scène d’apparition du monstre. Dans Snowpiercer, il utilise ces deux atouts pour les appliquer à cette histoire de révolte à l’intérieur du train de la fin du monde, dont les passages comiques ne manquent pas, sans entacher l’évolution.

9. PARCE QUE LE TRANSPERCENEIGE EST UNE BANDE-DESSINÉE FRANÇAISE

La légende raconte que Bong Joon-Ho est tombé sur cette BD par hasard dans une boutique spécialisée dans le SF, avant même de réaliser The Host. Comme tout projet cinématographique, l’entreprise a été longue et semée d’embûches. Mais l’association internationale a permis d’élargir le casting à différentes nationalités. Lors de l’avant-première de l’Étrange Festival, Jean-Marc Rochette, le créateur de la BD avait encore du mal à réaliser ce qu’avait produit cette BD créée à son petit bureau il y a trente ans. Le Transperceneige a été publié dans la revue (À Suivre) entre 1982 et 1983. Le scénario de Jacques Lob et les images de Jean-Marc Rochette a été récompensé en 1985 par un prix au festival d’Angoulême et une publication chez Casterman. Deux suites ont même été créées : L’Arpenteur (1999) et La Traversée (2000), sur un scénario de Benjamin Legrand en remplacement de Lob décédé.

8. PARCE QUE C’EST UN FILM DE TRAIN

Les films qui parlent d’un train existent et sont déjà très nombreux. La nouveauté réside dans son format : du fait qu’il s’agit d’une révolution, nous suivons le parcours des passagers du fond et leur évolution au wagon suivant. Le format du train donne ainsi le format au film, qui est un enchaînement jusqu’à la locomotive. La forme du film a ainsi la forme du transport. Qui plus est, la réalisation est assez rythmée pour donner du souffle à cette évolution linéaire du récit, car les personnages n’évoluent pas de la même manière. La maestra du film tient aussi dans ce non recours, aussi bien au retour en arrière qu’à l’histoire en-dehors du train.

7. PARCE QUE L’UNIVERS VISUEL EST MAGNIFIQUE

Et pourtant, on pensait en avoir soupé des films post-apocalyptiques sombres qui racontent la survie d’un groupuscule face à un envahisseur totalitaire. Bong Joon-Ho s’appuie sur la comparaison facile entre les passagers de troisième et de première classe pour donner des univers visuels complètement différents d’un wagon à l’autre. Ici une sombre morgue aux coffres luisants, là un aquarium chamarré. Le plus beau reste encore ces plans sur les étendues de neige qui entourent le train à perte de vue.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»6. PARCE QUE LE CASTING EST INTERNATIONAL ET DE QUALITÉ

Nous l’avons déjà cité plus haut, mais le casting international est également un casting d’acteurs célèbres sans être des stars qui cacheraient le train. On retrouve quand même Jamie Bell (Billy Elliot), Octavia Spencer (La Couleur des sentiments), James Hurt (Elephant Man) et Tilda Swinton (We Need to talk about Kevin). Si nous n’avions aucun doute sur la qualité de leurs jeux, ils permettent au rôle principal habitué aux grosses productions de s’élever.

5. PARCE QUE JUSQU’ICI C’EST LE MEILLEUR RÔLE DE CHRIS EVANS

On le connaît plus pour Captain America, un rôle à l’envergure assez réduite, mais qui a permis de le faire entrer dans la série Avengers. Le deuxième opus des aventures de son personnage est d’ailleurs en post-production. Entre ce rôle et celui de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques, la musculature d’Evans a plus été mise à contribution que son panel de jeu dans sa carrière. Et pourtant, dans Snowpiercer, Evans est brun, garde ses vêtements, mais il s’en sort. N’en déplaise au producteurs de la franchise Marvel.

CINEMA : 10 bonnes raisons d’aller voir «SNOWPIERCER : Le Transperceneige»4. PARCE QU’IL ÉVOQUE DES THÈMES INTENSES SANS ÊTRE EXPLICITES

Marre des nanars sanglants avec grand renfort d’hémoglobine ou de plans sur découpes réelles de membres ? Ici, certes, le sujet implique des combats. Et pourtant, les scènes sont filmées avec assez de subtilité pour suggérer les coups sans tomber dans l’effusion de sang. En s’inspirant des chorégraphies de combats des films asiatiques, le film propose également des gestes simplifiés, qui permettent de comprendre l’évolution du combat sans user de ralentis appuyés. Le train lui-même donne ses contraintes à la confrontation : lorsqu’il traverse un long tunnel, il oblige les rebelles à se battre à l’aveugle contre les militaires et leurs lunettes à infrarouges.

3. PARCE QU’IL EST PORTEUR D’UN MESSAGE FAUSSEMENT SIMPLISTE

Les gros mots pourraient fuser facilement : lutte des classes, vision contestataire de l’ordre établi, corruption de l’élite gouvernante… Oui, Le Transperceneige aborde ces sujets. Pourtant, le message final qui s’en dégage n’est pas forcément totalement engagé dans ce sens. Plus que de donner des réponses arrêtées, ce film met en perspective deux visions du monde et les interrogent. Sommes-nous voués à survivre ou à vivre ensemble ? En nous montrant la voie sans la prendre pour nous, Snowpiercer donne une profondeur inattendue au film d’action.

2. PARCE QUE LA 3D AURAIT ÉTÉ DE TROP

C’est bien rare de penser ainsi ? Pas tant que ça. La 3D a été utilisée ces-derniers temps avec seulement pour effet… la profondeur. Avec des lunettes lourdes, embuées, qui ne fonctionnent pas tout le temps, on s’en passerait bien. Snowpiercer n’est pas en 3D, tant mieux, car s’il l’avait été, elle n’aurait pas été mise à contribution comme elle l’est dans Gravity.

1. PARCE QUE LA BANDE-ANNONCE DONNERAIT PRESQUE ENVIE DE LE REVOIR

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Crédits photos : Wildside

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai-faux blockbuster ?

Suite des aventures de Katniss et Peeta, pour lesquelles la machine commerciale hollywoodienne a été mise en branle. Le tout pour un message plutôt… anti-capitaliste.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?Autre cas de succès de librairie qui passe à l’écran, Hunger Games tente de s’imposer comme franchise cinématographique. Au risque d’être très (voire trop) fidèle, et afin de se réserver pour les suites à venir (sans surprise, le troisième volet sortira en deux parties en 2014 et 2015), ce deuxième épisode s’appuie un peu trop sur l’originalité du premier avant de décoller aux 3/4 du film. Et contre toute attente, son discours sur la société de consommation est assez engagé.

Conformément à la tradition, Katniss et Peeta, les vainqueurs des 74ème Hunger Games ou Jeux de l’Expiation, se soumettent à une tournée de gala dans les 12 districts de Panem, et feignent de s’aimer. Katniss tait ainsi sa relation avec Gale à contre-cœur. Où qu’ils passent, le peuple les associe à un espoir révolutionnaire, ce qui accentue la répression de la milice. Pour calmer ces émeutes, le président de Panem annonce une édition spéciale des Jeux réservée aux anciens vainqueurs, dans l’espoir de se débarrasser de ‘la fille en feu’.

Bien peu d’éléments ont changé entre les deux épisodes : mêmes acteurs, mêmes styles vestimentaires, même triangle amoureux. Mais ce n’est plus Gary Ross, le réalisateur à l’origine de l’univers en noir et blanc et en couleurs de Pleasantville (1998), mais Francis Lawrence qui est aux commandes de cet opus. Il a réalisé entre autres le clip Bad Romance de Lady Gaga (2009), qui fait partie des 10 vidéos les plus vues sur YouTube. Là où Ross avait préféré donner une couleur ambrée à sa photographie, l’Embrasement de Lawrence est plus bleuté et froid, plus conventionnel. Cet écho Twilightesque enlève un peu à l’intérêt de l’opposition entre monde rural et la Capitale qui fonctionnait dans le premier opus. Ici, on suppose qu’il fallait accentuer les styles néo-baroques des nantis face aux haillons des pauvres districts. Le choix n’est pas révolutionnaire, en soi.

CINEMA : «Hunger Games 2, L’Embrasement» Vrai faux blockbuster ?La lumière du film est cependant faite sur l’actrice qui incarne Katniss Everdeen à l’écran, et qui emprunte son nom de famille au réalisateur (mais avec aucun lien de parenté) : Jennifer Lawrence. En effet, depuis son oscarisation pour Happiness Therapy (2012), la jeune héroïne envahit totalement l’écran, quitte à l’occuper un peu trop. Dans le premier épisode, la dureté de Katniss était moins dissonante, car elle contre-balançait avec une certaine diplomatie maladroite de Peeta (Josh Hutcherson). L’héroïsme de la grande brune face au petit blond s’exprimait alors par un mutisme singulier (celui-là même qui lui a permis de décrocher l’Oscar face à Bradley Cooper, blond lui aussi). Ici, la jeune continue de se morfondre, tout en se trouvant un don pour la comédie et l’anticonformisme. L’auto-caricature n’est pas loin.

Et pourtant, quand on pense savoir d’avance l’issue de ce 75ème Jeu d’Expiation, on y découvre non plus une lutte animale, mais des alliances, des stratagèmes, entre coups de bluff et lutte contre un système qui rappelle étrangement Hollywood. Plus précisément ses méthodes de sélection et de rentabilité. La fidélité au texte (l’adaptation en scénario a été assurée par l’auteur Suzanne Collins elle-même) aura au moins l’intérêt de proposer une réflexion sur l’économie du cinéma et ses déboires. Car au fond, la dernière image de cet Embrasement, le cliff-hanger qui vous fera peut-être languir pendant un an, ce n’est qu’un seul visage, qu’un seul regard de braise. Il n’est pas inconnu, comme celui qui clôt Matrix Reloaded (2003), mais il présage le même danger.

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Crédits photos : Metropolitan Filmexport

CINEMA : «Malavita», la mafia de Besson est bon-enfant

Adapté du best-seller de Tonino Benacquista, le dernier film de Luc Besson se repose sur son casting de rêve pour faire fonctionner tout le comique de cet anti-thriller pas vraiment inoubliable, mais pas déplaisant non plus.

«Combien vaut un homme ? Quel est le prix d’une vie humaine ? Savoir ce qu’on vaut, c’est comme connaître le jour de sa mort. Je vaux vingt millions de dollars. C’est énorme. Et bien moins que ce que je croyais. Je suis peut-être un des hommes les plus chers du monde. Valoir aussi cher et vivre une vie aussi merdique que la mienne, c’est le comble de la misère.»

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonLe ton se veut comique et impertinent, car l’histoire n’est pas toute rose : Giovanni est un ancien mafieux de la Little Italy. Depuis qu’il a balancé tous ses amis, le FBI l’a mis sous protection et sous surveillance rapprochée. Balloté en Europe avec sa famille, il se cache sous le nom de Fred Blake, et débarque dans une bourgade normande : Cholong-sur-Avre.

Sur RTL, Benacquista s’est étonné de la fidélité du réalisateur, ce n’est pourtant pas bien difficile. Il n’en fallait pas plus pour que le Besson des films d’actions explosifs se régale, et ici, il semble être dans son élément. Les relations entre Américano-Italiens névrosés et Français moyens font des étincelles : Maggie (Michelle Pfeiffer), innocente, demande à l’épicier du coin, dans un français approximatif mais attendrissant, s’ils ont du beurre de cacahuète. Devant le rejet violent du commerçant et du regard noir des autres clientes, Maggie finit ses courses avec dignité, et quitte le bâtiment… Juste avant que la bouteille de gaz qu’elle a volontairement ouverte n’explose. Le rythme de cette adaptation prend une accélération à la moitié du film, qui se transforme en course-poursuite improbable, et en une destruction massive, apothéose de ce qui pourrait être une fan-fiction du Parrain avec un budget colossal.

CINEMA : «Malavita», la mafia bon enfant de BessonMalgré tout, Malavita reste une adaptation, et paradoxalement, son plus grand défaut réside dans le choix de ses acteurs. En effet, Fred/Giovanni est un pauvre type. Un mafieux qui balance tous ses amis n’a pas la même carrure qu’un Don Corleone. Or, Robert De Niro a déjà un lourd passé avec les films de mafia. Le voir gesticuler et grimacer ne nous enlève que difficilement son historique de la tête. Tout comme Michelle Pfeiffer semble être plus crédible en femme fatale qu’en mamma protectrice et cuisinière à l’italienne. Le maître mot est plutôt la rigolade, la survie, mais aussi les combats sanglants. À la manière d’un jeu vidéo, ce film aborde la mort comme une passade et une technique d’accès au calme aussi efficace qu’une séance de yoga.

Mais Besson joue avec son casting. Particulièrement avec ses têtes d’affiche :Tommy Lee Jones (qui interprète le rôle de l’agent Stansfield). En guise d’apothéose, Stansfield et Fred se retrouvent à une séance d’un club-cinéma qui change au dernier moment sa programmation pour projeter… Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese. Si l’instant est déjà comique dans le livre, il n’est que plus délectable sur grand écran, car De Niro y tient le rôle principal (et celui d’un wannabe mafieux Américano-Italien).

Même les enfants de la famille Warren (John D’Leo) et Belle (Dianna Agron) participent au détournement, les deux avec des comportements légèrement névrotiques en milieu scolaire français moyen. Ne serait-ce que pour la critique de la France chauvine, cette comédie noire vaut son pesant de pop-corn, avant de se plonger dans la suite, Malavita encore, en espérant qu’elle soit plus subtile que cette version dynamitée de Besson.

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Crédits photos : EuropaCorp

CINEMA : Turbo, tout feu tout flasque

Sans sortir des sentiers battus du film d’animation à la Pixar, Turbo apporte quelques coups d’accélérateur et ose franchir le cap de l’humour noir, au risque d’être légèrement polémique, comme son prédécesseur de chez Dreamworks, Shrek.

turbo-au-cinema-le-16-octobreThéo vit dans un paisible potager de tomates à Venice (Californie) avec son frère Chet. Il a pourtant un rêve : devenir un grand pilote de voiture comme son héros : Guy LaGagne, dont il suit tous les exploits. Raillé par ses collègues, Théo se retrouve dans le moteur d’une voiture de course sauvage, et aspergé d’un carburant fluorescent qui transforme son ADN…

Au milieu de la bataille des franchises de films d’animation, certains opus uniques et assez atypiques peuvent voir le jour. Ce fut le cas de Là-Haut, qui assumait son côté apologie, ou bien L’Étrange pouvoir de Norman, film fantastique et inventif réalisé en stop motion. La genèse de Turbo est bien plus simple : Dreamworks Animation a lancé un concours d’histoire courte au sein de son entreprise, remporté par David Soren. Son idée est partie de Fast and Furious qu’il a décidé d’associer avec un opposé total : les escargots.

414855-turbo-3dBien que très comique, ce postulat de départ peine à s’imposer : Théo, le petit escargot rêveur trempé dans un dangereux liquide fluorescent, se transforme en véritable voiture. Il ne laisse plus de bave derrière lui, mais une trace de pneu de voiture. Ses yeux font d’ailleurs office de phares, de poste radio, etc… Pourquoi ne pas lui avoir laissé ses attributs de gastéropode afin d’appuyer la différence entre voitures et escargots une fois transformé ? Malgré cette question fondamentale, le film garde un bon rythme. Les seconds rôles sont bien soignés, aussi bien du côté humain (la clique d’immigrés d’une vieille station-service) que des mollusques (L’Ombre Blanche, Cool Raoul…).

Quelques touches d’humour noir (les escargots enlevés quotidiennement par des corbeaux ; les blagues récurrentes sur l’identité sexuelle des mollusques hermaphrodites) viennent ajouter à ce film une légère ironie à la morale «Aucun rêve n’est trop grand, aucun rêveur n’est trop petit.» Et lorsqu’on retrouve le nom du rappeur Snoop Dogg parmi les voix originales de cette vraie-fausse défense du dopage, ce n’est qu’avec peu de surprise.

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Crédits photos : 20th Century Fox

Opium, le premier essai enfumé d’Arielle Dombasle

Histoire fantasmée de la liaison entre Jean Cocteau et Raymond Radiguet, la vision d’Arielle Dombasle se veut aussi grandiose que son maître, en respectant à la lettre ses chansons. L’effet final, assez lourd et volontairement décousu, est plutôt grandiloquent.

opiumJean Cocteau, est en cure de désintoxication de l’opium. Dans ses délires, il revoit le corps d’un jeune homme. Ce même homme lui arrache sa lecture des mains pour la jeter à la mer un après-midi. Plus tard, il se présente comme étant Raymond Radiguet, avec son manuscrit des Diables au corps. Cocteau décide de l’emmener avec lui à Paris.

Sur un fond noir, le pinceau couleur d’étoile du peintre croque un visage d’homme, avant de signer ‘Jean’, et de dessiner une étoile. Aborder Jean Cocteau, l’artiste anticonformiste par le biais de son œuvre, voilà un bien beau défi. Si la démarche de Cocteau avait pour but d’exploser les codes de la société du XXème siècle, elle peut paraître bien sage pour un spectateur post-bug de l’an 2000. Arielle Dombasle a toutefois choisi la voix de la romance, quitte à aborder le suranné et le kitsch.

opium1Sorti de sa torpeur due à la prise d’opium, Cocteau se remémore le souvenir du jeune Raymond Radiguet, rencontré lors d’une de ses cures de désintoxication sur la plage. Sa vivacité l’intéresse, il lui fait connaître le gratin Parisien guindé, tout en entretenant une relation avec lui, un peu trop libre au goût du poète. Entre les tableaux noir et blanc, sortes de rêveries symboliques, et les scènes de fête foraine ou de soirée mondaine, il n’y a que très peu de différences : les costumes et les effets sont bariolés, recherchés, voire encombrants.

À partir d’une belle histoire d’amitié entre les deux écrivains, Dombasle a transformé la relation des deux hommes en une passion digne de Rimbaud et Verlaine, bien trop exagérée pour être touchante. Et si Philippe Katerine, Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Julie Depardieu et Ariel Wizman y font de courtes apparitions, ce n’est que pour souligner cette nouvelle définition du tout-Paris dans lequel Arielle Dombasle se rêve en figure centrale, mystérieuse faucheuse qui chante. À l’oreille, les chansons, écrites par Cocteau lui-même, sonnent le glas de cette fausse adaptation en trompe-l’œil.

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Crédits photos : Margo Films

Super Trash, ordures bien gores

Plus haute que les montagnes environnantes, la décharge publique de Villeneuve-Loubet cache de moins en moins bien les déchets de la Côte d’Azur. Reportage à chaud d’un documentariste, perdu au milieu des bennes à ordures et des pots-de-vins.

supertrashSous un soleil de plomb, Marc Esposito prépare sa caméra à filmer l’horreur : les poubelles. En tant que Villeneuvois pure souche, il pensait connaître tout de ce monticule pestilentiel qui embaume toute la communauté. Son journal intime chronologico-thématique suit sa plongée dans la déchèterie, qui se révèlera bien plus choquante qu’elle ne paraît.

Au départ, Marc Esposito choisit de s’installer dans un cabanon, esseulé, le même cabanon dans lequel il jouait quand il était enfant. À peine accepté en tant que visiteur de la décharge, il manque de se faire écraser par la chaîne des camions. L’odeur est insupportable, il porte un masque bien peu efficace pour se protéger. Le tournage est minimaliste : en plus de sa petite caméra portative, une GoPro permet de voir en contre-champ le visage du réalisateur, malmené par cette expérience de plus d’un an. L’observation de ces bennes donne des images choc : des denrées encore comestibles côtoient des objets encore neufs, des défécations, des liquides suspects qui ressemblent à des hydrocarbures, des cercueils en fin de bail… Les images s’amoncellent jusqu’à la nausée. Esposito expérimente quelques uns de ces produits, avec plus ou moins de succès. Il arrive même à trouver plusieurs tapis rouges, en pleine période de festival de Cannes.

Sa route croise celle de Raymond, fervent défenseur de la forêt. Son discours est simple. Il pencherait presque vers le chamanisme lorsqu’il se met à écouter le tronc d’un arbre. Sa révolte est pourtant bien vive : pour lui, la décharge de Villeneuve a détruit l’éco-système. Lorsque Esposito réussit à interroger un conducteur de camion, c’est avec le visage caché. Ce dernier n’hésite pas, cependant, à évoquer des pratiques peu orthodoxes. Parmi elles, le fait d’éparpiller des bidons de produits chimiques un peu partout dans la décharge, pour qu’ils ne soient pas concentrés en un seul lieu. Un extrait du discours du maire révèle que la décharge aurait dû être fermée bien plus tôt. Raymond montre au réalisateur l’ancienne décharge : là où les ordures ont été enterrées il y a une trentaine d’années, certains objets ne se sont pas détériorés. La végétation n’a d’ailleurs pas repoussé depuis. Mais le pire arrive avec la pluie : le jus de la décharge qui s’écoule est bien sombre…

super-trash-le-film-surf_the_trash_martin_esposito_01Le réalisateur dans son cabanon prend une posture du vagabond à la Into the Wild, sans prendre la parole en off comme Michael Moore. Les images choquent, ici un jouet encore emballé, là un surf. Le montage est efficace, mais il manquerait peut-être de nuance : la décharge azuréenne est inacceptable, cependant, elle n’est que le symptôme d’une région qui doit gérer une démultiplication de ses habitants en été.

Un an plus tard, le réalisateur trouve encore des tapis rouges dans les ordures. Cette fois-ci, sa recherche Cannoise aboutit : le tapis est changé après chaque montée, soit un équivalent de 3000€, trois fois par jour… Son observation prend fin lors de la fermeture de la décharge. Avec un bandeau du tapis rouge autour du front, Esposito chasse les camions de ce qui n’est plus qu’un no man’s land, avant qu’une autre décharge soit ouverte.

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Crédits photos : Kanibal Films Distribution

CINÉMA : L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Jeunet à rallonge

Pour son nouveau pot-pourri, Jean-Pierre Jeunet a exhumé ses albums d’enfance. Si les péripéties de T. S. et sa bouille émeuvent, elles cachent difficilement d’énormes lacunes scénaristiques.

Quatre ans après Micmacs à tire-larigot, ode à la médiocrité occulté par les grimaces de Dany Boon juste après son succès Ch’ti, Jean-Pierre Jeunet a choisi d’adapter un livre pour enfants, mettant en scène un bien curieux personnage : le jeune T. S. Spivet, et ses talents d’analyste scientifique.

Au beau milieu du Montana, le quotidien de T.S. n’est pas comme celui des autres garçons de son âge : sa grande passion, ce sont les analyses scientifiques. Il passe ses journées à étudier tout ce qui entoure le ranch familial. Comme toujours, sa sœur Gracie, en pleine crise ado-artistique, le méprise. Sa mère (Dr. Clair), spécialiste dans l’étude d’insectes l’encourage, tandis que son frère et son père s’occupent des chèvres et autres, en véritables cow-boys. Un jour, T.S. reçoit un appel : l’institut Smithsonian, académie scientifique de Washington D.C., lui annonce qu’il est le lauréat de leur prix grâce à son projet de machine à mouvement perpétuel…

2013-08-27_16-43-37_TS_SPIVET_TeaserPoster_FrenchL’erreur la plus visible de ce conte tient dans cet unique coup de téléphone. En véritable amoureux de l’image, Jeunet prend le temps d’installer ses plans. Pas de monochromie ici comme dans Amélie Poulain, les couleurs sont chaleureuses, comme dorées et figées sur papier glacé. Le caractère hautement scientifique de T.S. nous est présenté par accident, au détour d’une unique scène d’école, lorsque ce-dernier exhibe fièrement un de ses articles publiés dans la revue Discovery.

Les questions affluent : pourquoi décide-t-il de cacher ce prix à sa famille ? Pourquoi choisit-il de se déclarer orphelin ? Pourquoi décide-t-il de fuguer pour traverser les Etats-Unis ? L’amoncellement de ce type de réflexion nous pousse donc à nous éloigner de cette histoire surréaliste, aux belles promesses, mais totalement illogique.

Le style de Jeunet est toujours là : le rythme des séquences, le goût pour les mêmes têtes (Dominique Pinon) et noms (le chien s’appelle Tapioca, comme les Tapioca de Delicatessen, ou sa boîte de production : Tapioca Films), la créativité des plans, l’illustration comique du cheminement de la pensée des personnages… L’outil de la 3D semble pourtant l’avoir freiné : l’image n’est pas distordue ou hachée, comme elle l’a été dans Amélie Poulain. Ces quelques éléments rassureraient presque, d’autant que l’acteur principal est attendrissant.

Mais le choix de l’histoire laisse à désirer : le format de road-trip à la Into the Wild a été associé à un univers d’album des années 1960. Le patriarche de la maisonnée est tout droit sorti d’un western, de par son physique, son salon-museum rempli d’animaux empaillés et son mutisme. De plus, lorsqu’il s’avachit dans son canapé avec son whisky, c’est pour regarder… un western en noir et blanc.

"The Selected Works of T.S.Spivet" Day 42 Photo: Jan Thijs 2012Les bons sentiments affluent, comme l’étude de ce fleuve dont le barrage ne tient pas, la critique est plutôt molle. Jean-Pierre Jeunet a voulu se faire plaisir, donner des images à ses rêves d’enfant, de célébrité peut-être ; il aborde légèrement les revers du succès (l’exposition médiatique, la solitude) avant de choisir le rail de la fin heureuse. Malheureusement, la virtuosité qu’il a déployé pour filmer l’horreur extraterrestre ou la normalité banale devient stéréotypée lorsqu’il veut célébrer une prodigieuse extravagance. Une impasse scénaristique ou un petit exercice de style d’un grand réalisateur ?

Pour échapper au contrôle du train de marchandises qu’il emprunte, T.S. se cache dans un camping-car témoin, et pose à côté des mannequins en papier, attablés devant des steaks en plastique. Ce miroir inversé de La Cité des enfants perdus est lumineux, chaleureux, mais est-ce un confort véritable ou faussé ? Secoué par la situation, T.S. vomit dans l’évier du camping-car une fois seul, avant de se rendre compte que l’eau ne fonctionne pas. Illusion du cont(r)e-plaqué qui évoque Arthur et les Minimoys ou Dorothy et Toto, l’étincelle en moins.

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L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet (2013, France-Canada).
Scénario : Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après le roman éponyme de Reif Larsen.
Avec : Helena Bonham Carter, Judy Davis, Callum Keith Rennie, Kyle Catlett, Niamh Wilson.
Durée : 1h45
Sortie en salles et en 3D le 16 Octobre 2013

Crédit photos : Gaumont Presse