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The Hobbit : Belles images, mauvais gameplay

Le grand retour de Peter Jackson aux commandes du prequel du Seigneur des Anneaux en a fait baver plus d’un. Succès annoncé pour les fêtes, la trilogie de Bilbon peut-elle autant émerveiller que celle de Frodon ?

Les années faisant, Bilbon Sacquet (Bilbo Baggins pour les puristes anglophones) a vécu de nombreuses aventures, qu’il décide de rassembler sur papier dans ses mémoires. L’oncle de Frodon y explique, entre autres, comment l’Anneau de Sauron est entré en sa possession, alors qu’il aidait le peuple des nains à reconquérir leur royaume, envahi par un dragon.

Enlevons tout comportement groupie à l’approche de la sortie du Hobbit. Laissons le teeshirt à l’effigie de Gandalf dans son placard pour apprécier avec des yeux neufs le dernier-né. Avant toute chose, une différence flagrante apparaît avec le matériau d’origine : sa tonalité et sa longueur. Là où Tolkien avait développé une trilogie épique et fournie pour Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit ne présente qu’un seul tome. Il a de plus été écrit en tant que conte pour enfants, où le fantastique prend légèrement le dessus sur les batailles (j’ai dit légèrement).

The Hobbit (Peter Jackson)

De plus, le problème paradoxal d’un mauvais film, c’est le surplus de budget. Peter Jackson était encore inconnu avant son pari Tolkienesque, qui a permis aujourd’hui à la Nouvelle-Zélande et à la littérature fantasy d’être dans le top 5 des activités à la mode. Ses projets n’ont eu d’égaux que son imagination. Que l’on apprécie ou pas, il fallait quand même oser faire un remake de King-Kong (2005), la référence du cinéma de genre, et enchaîner en produisant une adaptation de Tintin (2011) en performance-capture par le maître du rayon : Steven Spielberg.

Jackson n’a pas eu de problèmes pour financer son Hobbit : le premier épisode dure 2h40. Rien ne justifie une telle durée, si ce n’est pour endormir le spectateur. L’usage du fameux 48 HFR (qui double le nombre d’images projetées par seconde, un aperçu de la nouvelle haute définition qui lave plus blanc que blanc) ne donne qu’une étrange impression d’animations de jeux vidéos. Certes, les images sont magnifiques et les personnages sont charismatiques (spéciale dédicace Radagast le Brun). Mais, du fait de sa grande liberté d’action, le montage est mou.

Pourquoi la magie ne prend pas ? Tout le monde est là. Les acteurs de la première trilogie font des apparitions-clins d’oeil. Les scènes de bataille sont encore plus épiques. Et pourtant. Jackson a eu les yeux plus gros que le ventre, son Seigneur des Anneaux version 2.0 ne fait qu’entretenir la fan-mania sans la renouveler ou lui donner un nouveau regard. Un non-accroc ne verra qu’une machine de guerre à divertissement, grande bande-annonce boursouflée d’un deuxième épisode dont la moitié aurait pu se contenter du DVD bonus.

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Crédit photo : Warner Bros.

Valtari Film Experiment : Sigur Rós au cinéma

Dernière folie du groupe islandais pour leur ultime album : prendre rendez-vous avec le monde entier. Plus d’un an après le lancement d’un projet de courts, Valtari a été projeté ce dimanche 9 décembre 2012 en simultané sur les 7 continents.

«Si-grou-quoi ?», s’écrient les plus dubitatifs. Sigur Rós. En deux mots (prononcez «Si-gourre-Ross», en roulant les «R» et en louchant (facultatif) pour plus d’authenticité Islandaise). Essayons d’en dire plus de deux mots, pour les plus récalcitrants : rock alternatif, archet pour guitare électrique, voix de fausset sur envolées dissonantes, orchestre classique et cuivré… La musique de Sigur Rós est aussi expérimentale que puissante, libérée de tout calibrage radio ou d’émotion pré-définie. Le succès du groupe (basé principalement sur le bouche-à-oreille d’un public averti et l’aide de Thom Yorke, leader de Radiohead) a été aussi soudain qu’inattendu : leurs chansons sont en Islandais, voire en Vonlenska (dialecte inventé par le chanteur Jónsi). Sigur Rós a connu un succès alternatif quasi-international : certaines de leurs chansons ont été utilisées pour quelques bandes-sons de films.

Même les geysers ont le blues

Cependant, le succès a été difficile à gérer, même dans les sphères underground du show-business. Après 5 albums, le groupe bat de l’aile. Les projets du chanteur principal entravent l’ambiance générale. En 2009, une gigantesque tournée mondiale semble marquer la fin de l’ère Sigur Rós. Et pourtant, en Mars 2012, au détour d’une interview à Q magazine, le nouvel album Valtari est annoncé, doublé d’un projet artistique inédit. Le groupe a fait appel à une douzaine de réalisateurs pour réaliser des vidéos à partir d’une des 10 nouvelles chansons. Ils imposent deux conditions sine qua non : un budget de 5 000$ (ce qui est très peu, même pour un clip vidéo) par projet, et une totale liberté de création.

Valtari

Des fans assidus ont rendu l’événement mondial

L’engouement sur la toile a été sans précédents. Les fans se sont arrachés une édition limitée à 300 exemplaires de l’album doublé d’une couette fabriquée en 6 mois par une entreprise artisanale d’Islande (cocasse, mais véridique). Le projet cinématographique a été étendu à 16 courts métrages, dont deux qui ont été choisis suite à un concours via Talent House. Régulièrement depuis le 25 Mai, le groupe a révélé au compte-goutte ces 16 interprétations sur une chaîne Vimeo dédiée.

The Valtari Mystery Film Experiment sur grand écran

Afin de célébrer la sortie du dernier d’entre eux le 6 décembre, et en accord avec Cinema Purgatorio, le groupe a organisé une projection simultanée de ce film sur les sept continents, de l’Antarctique à l’Australie, en passant par Sheffield (Angleterre), Miami Beach (Californie) ou encore Jérusalem. Notons, au passage, que le seul lieu de projection en France était dans l’arrière-boutique de chez «Job le Quincaillier», à Queyssel (Côtes d’Armor). Les quelques heureux spectateurs ont également eu l’occasion de s’inscrire à un mystérieux système de tirage au sort pour obtenir un cadeau spécial de la part du groupe. Sachant qu’une personne par continent est choisie, c’est le seul moment où tu regrettes de ne pas vivre en Antarctique.

Énième gadget pour fan ou projection impressionnante ?

ValtariQuid de la projection, après tout, nous n’étions venus que pour ça. Comme tout grand film (qui dure tout de même 2h) fait à partir de petits, l’inégalité est omniprésente. L’écueil le plus significatif est celui de la contemplation. Certes, on ne comprend pas ce que gémit le chanteur sur de longues plages musicales. Pas besoin pour autant d’endormir le spectateur. Cependant, le soin apporté à l’image est magnifique. Aux gros plans très détaillés sur des animaux (ég anda de Ramin Barhani) répondent des paysages brouillés par une caméra endommagée (varúð d’Inga Birgisdóttir). Et les interprétations de parfaits inconnus (notamment dauðalogn de Ruslan Fedotow qui a été retenu par le public) tiennent autant la route que celles de Shia Labeouf (fjögur píanó d’Alma Har’el), Elle Fanning ou John Hawks (Leaning toward Solace de Flora Sigismondi). Et malgré toute la liberté dont les réalisateurs ont été doté, tous les courts se rapprochent autour du thème de la nature. Que ce soit la nature humaine ou le rapport de l’homme avec son environnement. Le voyage, bien que mouvementé, en vaut la peine.

Sigur Rós est en tournée aux Etats-Unis et en Europe pour 2013, et aurait déjà enregistré un nouvel album, totalement différent de l’introspectif et minimaliste Valtari, qui a été le plus difficile à aboutir. C’est un peu comme le volcan Eyjafjöll, il ne faut jamais le sous-estimer.

S’il ne fallait en choisir qu’un seul, voici Ekki múkk de Nick Abrahams, d’une beauté esthétique saisissante, et qui part d’un postulat plutôt innocent : un homme converse avec un escargot.

Crédits photos : Stig Nylgaard (Flickr) ; captures d’écran ; Tumblr officiel du groupe.

Retrouvez également le site officiel du Valtari Film Experiment

Publié sur Radio VL.

Clark à la demande : «J’ai envie de dire fuck à Hollywood»

Pas de sortie en salle pour le dernier opus de Larry Clark, Marfa Girl, qui sera disponible à la demande mercredi sur son site personnel. Un pas de plus dans la provoc’ pour le roi de l’anticonformisme.

Larry Clark

En ce lundi 19 novembre 2012, la vita est loin d’être dolce à Rome. Le festival international du film vient de dévoiler son palmarès. Contre toute attente, le Marc-Aurèle du meilleur film a été attribué à Marfa Girl, qui ne sortira pas en salles, comme l’a confirmé Clark lors de sa conférence de presse (avancez à 24’45 pour entendre LA phrase qui a choqué les festivaliers).

Marfa Girl se déroule à Marfa, Texas, petite ville de 1800 habitants à 50km de la frontière mexicaine. Les adolescents ont un couvre-feu à 11h et subissent toujours des châtiments corporels à l’école. Parmi eux, Adam, métisse de 16 ans, essaie juste de se démerder («just trying to figure shit out», extrait du synopsis officiel) entre sa mère Mary obsédée par sa collection d’oiseaux et sa voisine Anna, 23 ans, jeune mère libidineuse. Il expérimente le sexe, les drogues, le rock and roll, l’art, la violence et le racisme.

Ken Park

Coup de publicité ou entreprise artistique ? Clark n’est pas un habitué des sentiers battus de la création cinématographique : la plupart de ses films abordent l’émoi sexuel, les expérimentations adolescentes, avec des acteurs non professionnels, mais surtout, de manière très explicite. Sa réputation est quasiment construite sur son penchant provocant : Ken Park (2002), le plus acclamé par la critique de sa filmo, a été classé en France «interdit aux moins de 18 ans», alors que ce n’est pas (seulement) un film pornographique. En octobre 2010, une rétrospective de son œuvre organisée par le musée d’art moderne de Paris a subi le même type de censure.

Larry Clark est évidemment contre ces blocages. S’il filme l’adolescence, c’est pour un public adolescent. Ce n’est certainement pas pour le présenter à des quadras. L’outil d’Internet reste donc le moyen le plus simple pour atteindre sa cible. À compter de mardi 20 novembre minuit, et ce pendant 24h, Marfa Girl sera disponible sur le site officiel de Larry Clarke, avec sous-titres français ou italiens en option pour la modique somme de 5,99$ (environ 4,5€).

La nouveauté excitante présente tout de même un danger : ce film n’aura aucune visibilité, voire crédibilité en tant qu’objet cinématographique classique. De plus, les frais seront reversés directement à Clark, qui se détourne du système de financement des producteurs une bonne fois pour toutes, d’où son cinglant « fuck you ». Moins cher qu’une place de cinéma, Marfa Girl saura-t-il séduire enfin cette tranche d’âge des moins de 20 ans connectés ? Pas sûr qu’il supplante l’abonnement premium à PornHub.

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Crédits photos : TIZIANA FABI/AFP/Getty Images ; Morgan Jenkins ; RDM Shopping

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Publicité et cinéma : l’épineux débat des «Paradis Artificiels»

Mercredi 31 octobre 2012, le film indépendant de Marcos Prado devait sortir dans 15 salles françaises. 12 d’entre elles ont annulé leur projection devant le non-respect de la chronologie des médias.

http://www.dailymotion.com/video/xtpkcv

Qu’a pu bien faire ce film libertin et électro-dub pour être retiré des salles de projection ? Ce n’est pas son sujet licencieux qui a été puni, mais la politique de communication de son distributeur : deux jours avant sa sortie officielle, Les Paradis Artificiels était diffusé gratuitement sur la chaîne Damned de Dailymotion, pour attirer son public underground et connecté.

Que les choses soient claires : le cinéma indépendant n’a jamais été florissant. Il n’a jamais présenté un chiffre d’affaire monstrueusement lucratif. Cependant, il arrivait à survivre. Le cas des Paradis Artificiels semble sonner l’alarme d’une période révolue. L’écart se creuse entre producteurs de majors et indépendants.

Au-delà des considérations financières, ce fait-divers éclabousse la grande question de la chronologie des médias. Qu’est-ce que la chronologie des médias ? Instauré par le Conseil National Cinématographique (CNC pour les intimes), il s’agit d’une règle qui régit l’ordre et les délais de diffusion d’une œuvre cinématographique. Ceci explique pourquoi, entre autres, vous devez attendre Noël avant d’acheter fébrilement l’édition Blu-ray-couscous-collector de La Vérité si je Mens 5, si le destin veut qu’il sorte en septembre.

À l’époque, cette règle devait assurer l’exclusivité des salles de cinéma face à la télévision, fraîchement arrivée dans les foyers français. Aujourd’hui, avec Internet et le téléchargement illégal qui ne faiblit pas, elle paraît obsolète. Preuve est que ce texte n’a pas pu être réformé en 2009, faute d’accord entre les parties.

Affiche-les-paradis-artificielsQue doit-on faire, donc, du modèle français ? L’intention initiale de sauver les projectionnistes est louable, mais quel intérêt y a-t-il à bloquer tout système de publicité ? Si Dailymotion assume ce coup publicitaire pour Les Paradis Artificiels et Nuit #1 (diffusé mardi 5 novembre de 18h à 6h), il n’est pas le seul.

Par exemple, Christophe Honoré a contourné cette règle avec La Belle Personne. Sorti en salles le 17 septembre 2008, il a été diffusé intégralement sur Arte le 12 septembre. Arte France Cinéma, coproducteur de l’adaptation de La Princesse de Clèves, a profité du fait que ce projet était au départ un téléfilm pour l’ajouter à sa grille de programmes et servir sa communication.

Les majors ont également trouvé la faille de ce système avec l’exploitation du placement de produit. À la base, il s’agissait seulement d’équiper les personnages principaux d’une certaine marque, avec ou sans compensation de cette-dernière. Ce type de publicité a beaucoup profité à Apple, entre autres. Aujourd’hui, non seulement James Bond siffle des Heineken à longueur de journée dans Skyfall, mais il est également la star du spot publicitaire de la bière. Les publicités passent à travers les mailles du filet de la censure, et réussissent à attirer le public dans les salles et les supermarchés.

Reste que les attachés de presse s’arrachent les cheveux pour respecter une exception française qui a besoin de se connecter à nouveau avec le monde culturel, un peu trop foisonnant et beaucoup trop rapide. En attendant, Nuit #1 a réuni pour l’instant 92 participants sur son événement Facebook. Côté politique, Pierre Lescure, ex-président de Canal +, a été chargé du dossier de la chronologie des médias avec plusieurs autres dont… le dossier HADOPI. Bon courage, Pierre.

Matière à réflexion :
Le texte original de la chronologie des médias (site officiel du gouvernement français)
Le communiqué du diffuseur Damned, suite au retrait des Paradis Artificiels

Crédit photo : Damned Diffusion

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Looper : Bruce Willis dans un abîme temporel en papier mâché

Film punchy et rythmé sur le voyage temporel, Looper veut se donner des airs de référence cinématographique. N’est pas philosophe qui veut.

En période de vacances, Looper est attendu au tournant comme la grosse machine à succès de la Toussaint. Joseph Gordon-Levitt, déjà aperçu dans Inception (Christopher Nolan, 2010), donne la réplique à Bruce Willis, icône de la fin des années 1980 huileuses (la série Die Hard), acteur habitué aux films pop-corn (Armageddon, Michael Bay, 1998) et d’anticipation (Le Cinquième Élément, Luc Besson, 1997). Malgré toute sa bonne volonté esthétique et narrative, la mayonnaise ne prend pas. Ou plutôt, la mayoonnaise.

Joe est un junkie du futur. Pas par choix, mais par nécessité : dans le Kansas City de 2044, mieux vaut être un ‘Looper’ qu’un raté. Un Looper (de l’anglais loop, la boucle), c’est un tueur à gages 2.0. En 2074, le voyage temporel existe, mais a été interdit aussitôt. La pègre l’utilise pour se débarrasser des indésirables, envoyés 30 ans plus tôt et exécutés par les loopers sans distinction de leur identité. Une rumeur de fermeture des boucles s’amplifie : les loopers deviennent-ils les bourreaux d’eux-mêmes ?

Selon Rian Johnson, le futur est sale. Il oscille entre nouveauté technologique et garde-robe poussiéreuse. Le monde est désabusé, sa dépression est semblable à celle des Fils de l’Homme (Alfonson Cuaron, 2006). Les rêves de ces hommes du futur paraissent pourtant contemporains : le héros veut s’installer en France, on lui conseille la Chine.

Comme toute intrigue temporelle, difficile d’expliquer les différentes lignes narratives du film sans révéler le nœud central. Elle gagne cependant en complexité à mesure que le film s’enroule sur lui-même. A-t-il rêvé cette séquence ? Est-ce prémonitoire ? L’arrivé du garçon aux pouvoirs mystérieux, qui serait à l’origine des exécutions par voyage temporel dynamise les enjeux autant qu’elle suscite de nombreuses questions. Le film se veut pourtant ouvert, et laisse les enchevêtrements théoriques aux forums des nerds.

looper-posterDans la poursuite de Joe contre lui-même vieilli de trente ans, les références littéraires et cinématographiques s’accumulent. Thomas Sotinel, journaliste au Monde, a évoqué dans sa critique des références esthétiques évidentes au Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939). Par exemple, le jeune garçon et sa mère (Emily Blunt) vit au beau milieu d’un champ de blé au Kansas, le pays de Dorothy. En réalité, toute oeuvre qui a évoqué les complexités morales et éthiques du voyage temporel est citée. Cartographier ces références semble aussi abyssal et obsolète que le dénouement du film. Pas par paresse académique, mais surtout parce que Looper n’arrive pas à s’en démarquer.

Johnson joue d’ailleurs à ce jeu d’inter-référencialité autant avec le spectateur que ses personnages : le Joe vieilli de trente ans est lié à son autre par l’accumulation de souvenirs, qui peuvent changer sa perception et son apparence physique. Il semble se perdre à son propre jeu et lâcher son intrigue comme une machine infernale.

Le seul véritable héros serait donc Bruce Willis, qui revient encore une fois sauver l’humanité. Gordon-Levitt a changé son apparence physique pour ressembler trait pour trait à l’icône des années 1990. Après des années de loyaux services hollywoodiens, l’acteur, aujourd’hui vieux, vient encore hanter les intrigues apocalyptiques. Looper agit comme un passage de relai à la nouvelle génération bankable. Willis est chauve, poilu, barraqué. Gordon-Levitt est chevelu, imberbe et mince. Nouvelle époque, nouvelles références.

En matière de voyage temporel, on conseille plutôt de revoir L’Armée des 12 singes de Terry Gilliam (1995), ou si on en a soupé de Bruce Willis en ce jour d’Halloween, Donnie Darko de Richard Kelly (2001), qui fait une meilleure utilisation des traits de lumière.

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Crédit photo : SND

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Skyfall : Pourquoi le dernier James Bond n’est pas un film d’auteur

L’agent secret au service de sa majesté fête ses cinquante ans au cinéma. Contre toute attente, Sam Mendes, réalisateur à succès de films personnels (American Beauty, 1999), supervise ce 23ème opus.

007 doit sa longévité à quelques changements : sa transformation huée sous les traits de Daniel Craig a choqué autant qu’elle a séduit le public du reboot de Casino Royale (2006).  Avec l’arrivée de Mendes aux commandes, on aurait pu s’attendre à de grands changements de la légende. Peut-on parler pour autant d’un Bond-film d’auteur?

Au premier plan, une silhouette floue apparaît au fond d’un couloir éclairé. À mesure que l’homme s’approche, son pistolet en garde, ses yeux puis son corps tout entier nous permettent de l’identifier comme l’agent au smoking, avant qu’il s’engage dans une course-poursuite haletante.

Suite à une bavure du MI6, un disque dur contenant toutes les données confidentielles des agents secrets britanniques est tombé entre de mauvaises mains. Bond, en mission pour récupérer cet objet, se fait tirer dessus par sa coéquipière, et tombe inanimé dans l’eau. Au QG de Londres, M (Judi Dench) subit les attaques virales et terroristes du méchant (excellent Javier Bardem), qui lui voue une mystérieuse haine personnelle.

L’attente était palpable. Le public, impatient, a été préparé depuis la cérémonie des JO de Londres en Juillet dernier, et a subi un tapage médiatique sans précédent (entre Sony, Coca-Cola, Omega et Heineken, 007 est partout).

Sam Mendes l’a admis, il est un grand fan de James Bond. Plus précisément de la période des belles voitures pas trop discrètes, des accessoires tape-à-l’oeil pas trop technologiques, et des filles faciles pas trop innocentes. Mais il est également adepte des intrigues psychologisantes (Les Noces Rebelles (2008), pour n’en citer qu’un). James Bond n’a pas échappé à ce traitement : tué avant même le générique d’ouverture, l’agent entame une descente dans les ténèbres qui l’emmène jusqu’aux terres de son enfance, et interroge son rapport avec M, qui éclipse toutes les autres James Bond girls.

Peut-on cependant parler de film d’auteur ? En comparaison avec la trilogie Batman de Christopher Nolan ou le reboot de Spider-Man de Marc Webb sorti cet été, les deux «nouveaux» thèmes sont semblables : le rapport à l’enfance meurtrie et la peur d’un monde technologique en constant changement. De plus, Mendes ne déroge pas aux règles de la franchise : scènes d’action rythmées, humour britannique (qui avait manqué à Quantum of Solace en 2008), explosions en tout genre et le fameux gun-barrel (dont les enjeux sont très bien expliqués par la rédaction du Monde ici).

Mendes ne s’est donc permis de personnel que la séquence finale, dont la haute teneur symbolique est ridiculisée par Silva (Javier Bardem, méchant à humour grinçant aussi jubilatoire que dans No Country for Old Men (2007) des frères Coen). Irradié par les flammes de la demeure Bond, comme une référence à sa scène apocalyptique de Jarhead (2005), 007 tire un trait sur son passé et tire sans ciller sur ce qui est une parenthèse-hommage à lui-même. Un très bon reboot de blockbuster, donc.

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Crédit photo : Sony Pictures

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On the road : Les bobos d’Amérique

Cinéaste du voyage, Walter Salles a concocté une sage adaptation de Kerouac, accompagné de deux acteurs ex-héros de teen-movies : Kristen Stewart (Twilight) et Garret Hedlund (Tron: Legacy). Berline sexy et racée ou vieux capot capricieux ? Gare aux dérapages.

routeSal Paradise ne veut plus de sa vie. Le groupe de jeunes artistes new-yorkais dont il fait partie ne l’attire plus. Il pense avoir perdu le goût de vivre, et surtout l’inspiration depuis la mort de son père, jusqu’à ce que son quotidien douillet soit bouleversé par l’arrivée en ville de Dean Moriarty, homme aux mille talents, et de sa sulfureuse compagne, Marylou. Intenable, le couple emmène l’écrivain sur la route, qui va progressivement se transformer en muse.

route2Ça devrait sentir bon les paysages désertiques de la route 66 et le jazz fiévreux des années de libération sexuelle. Tout est là, comme un carnet de route poussiéreux de Kerouac lui-même. Le tout-Hollywood a été convié à l’adaptation : Viggo Mortensen (Le Seigneur des anneaux) se cache dans le rôle d’un mystérieux Old Bull Lee, Kirsten Dunst (Spiderman) se ternit dans le rôle d’une Camille sérieuse et studieuse. Car il s’agit de la véritable lecture de Walter Salles : être dans la norme, c’est passé. Il suit donc une jeunesse de tous les excès, qu’ils soient sexuels, médicamenteux ou tout simplement de vitesse, et qui se confronte à la société de la norme. En conséquence, la fièvre sexuelle dont font preuve Moriarty et Marylou trouve un écho dans la soif de voyages de Paradise.

route3De tous ces paysages, un seul obsède l’auteur : Dean Moriarty. Il est tout le film, à la fois le modèle à suivre et l’électron libre à fuir. Il volerait presque la vedette à cette fameuse route, qui trimballe le héros-narrateur entre la chaleur étouffante du Mexique et les forêts enneigées de Denver. On pourrait juste regretter l’académisme de l’adaptation, qui ne retransmettrait pas tout à fait la véritable fièvre des années 1950, et la violence de ses rapports. Les personnages tentent de le changer en vain, Moriarty reste un supertramp, le premier vagabond des temps modernes, ou bobo. Un bobo aux pupilles dilatées.

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-Sur la route (On the Road), Walter Salles, 2012

-À voir : Exposition «Sur la route de Jack Kerouac : l’épopée de l’écrit à l’écran», du 16 mai au 19 août au musée des lettres et manuscrits (Paris 7e)

Crédits photos : MK2 Diffusion

Présentation

Parallèlement à mon travail de critique journalistique, je suis également en constitution d’un book, ou portfolio artistique en tant que comédien.

Vous trouverez ainsi rangés dans la section Cinéma les courts-métrages dans lesquels j’ai obtenu un rôle, et dans la section Théâtre des photographies de représentations.

En attendant, vous pouvez visionner ma bande-démo :